Meetings politiques truffés de références à l’islam
Sénégal: Menaces contre la laïcité inscrite dans la Constitution?
Dakar, 24 mai (APIC) Coup dur et menace pour la Constitution sénégalaise. Habituellement à l’abri des débats et des querelles politiques, la laïcité de l’Etat a subi des assauts répétés lors de la récente campagne pour les élections législatives. L’irruption du discours religieux dans l’arène politique dans ce pays – qui compte 90% de musulmans – semble en effet en contradiction avec l’article 3 de la Constitution qui stipule clairement que le «Sénégal est un Etat laïc «. Réactions de personnalités sénégalaises.
L’article 3 interdit aussi la création de partis politiques sur la base de la religion. Les dirigeants des 23 partis politiques sont d’accord sur cette mesure, d’autant plus qu’ils redoutent les troubles politico-religieux qui existent dans d’autres pays musulmans autorisant des partis politiques islamistes.
La campagne électorale qui a précédé les élections législatives du 24 mai a permis à un certain islamisme de donner de la voix, ce qui viole, pour de nombreux observateurs, la neutralité religieuse observée jusqu’ici dans la vie politique du pays. Beaucoup de politiciens ont dénoncé «cette propagande», estimant que la référence fréquente à l’islam dans le discours politique ouvre une brèche pour les intégristes musulmans de plus en plus actifs dans le pays.
Cela n’a cependant pas empêché plusieurs candidats de mener leur campagne en se référant à l’islam, pratiqué par plus de 90% des quelque 9 millions d’habitants du pays. Préoccupés de séduire marabouts et électeurs sensibles à la religion, ils se sont exprimés a coups de versets du Coran, créant un précédent vis-à-vis de la laïcité du pays.
Le Cheikh Abdoulaye Dieye, chef de file d’une nouvelle formation politique dont c’était la première participation à une élection législative, s’est particulièrement illustré dans ses discours émaillés de références explicites à l’islam. Spécialiste en aménagement dans les pays pauvres et expert agréé à la Fondation des sciences et technologies d’Arabie Saoudite, il a semé sa campagne de discours islamisants lors des rassemblements de ses militants. Pour rétablir un semblant d’équilibre envers les autres religions et respecter la laïcité en vigueur dans le pays, il a invoqué la Bible lors de son passage en Casamance, région sud du pays, en proie a une tentation séparatiste, à l’initiative, entre autres, du prêtre catholique Augustin Diamacoune Senghor.
Vers une nouvelle définition de la laïcité?
Mettant en cause la neutralité religieuse de l’Etat, il a plaidé en faveur d’une «nouvelle définition de la laïcité»: Faisant allusion à la prestation de serment du président de la République, il a regretté le manque d’une allusion explicite au Coran et à la Bible. «Demain, a-t-il dit lors d’un de ses nombreux rassemblements populaires, si un musulman ou un chrétien est élu à la tête de ce pays, il ne faudrait pas qu’il ait honte de jurer par sa foi, avec ses convictions religieuses, au moment de prêter serment».
La laïcité au Sénégal, selon Abdoulaye Dieye, est d’ailleurs «hypocrite», car chaque vendredi, l’Etat envoie «une délégation officielle auprès des marabouts qui organisent des veillées religieuses faites de chants à la gloire du prophète Mahomet, tout en omettant de le faire chaque dimanche pour les messes dans les églises».
L’avis de l’évêque de Kaolack
Mgr Théodore-Adrien Sarr, évêque de Kaolack et président de la Conférence des évêques du Sénégal, de Mauritanie, de Guinée-Bissao et du Cap-Vert, a appelé à la «vigilance». Dans une déclaration au correspondant de l’agence APIC à Dakar, il a souligné qu’aucun «équilibre n’est jamais parfait, l’histoire ayant démontré que tout équilibre est fait de brisures qui se recollent après coup». Mgr Sarr a cependant estimé qu’il faut «attendre encore l’issue du scrutin pour savoir la profondeur et l’impact du discours islamique pour savoir ce que ce phénomène représente dans la société». (apic/ibc/ba)



