Sénégal: Mobilisation contre les chants islamiques à la télévision
Les gens sont fatigués des «meetings (politiques) islamisés»
Dakar, 14 janvier 2001 (APIC) La diffusion à la télévision nationale sénégalaise d’interminables programmes musulmans qui ont peu à voir avec la religion mais servent des intérêts politiques, suscite un vif débat dans la population. Les services de la télévision sont débordés par le nombre des cérémonies religieuses à diffuser chaque semaine la veille du vendredi, jour saint chez les musulmans.
Alors qu’elles donnent beaucoup de soucis au gouvernement et aux responsables de la télévision nationale, les islamologues et les téléspectateurs ne cessent de dénoncer les retransmissions de rassemblements religieux qui ont l’allure de «meetings (politiques) islamisés». Dans ce pays à 96% musulman, où règnent plusieurs confréries musulmanes, chaque famille de marabouts exige la prise en compte de ses spécificités. A chacune de leurs manifestations religieuses, ils réclament une couverture par la télévision nationale. En contrepartie, ils soutiennent le pouvoir, lors des consultations électorales.
Pour l’Etat, les reportages sur les chants et les veillées religieuses qui se suivent et se ressemblent, lui coûtent chaque année près de 2,5 millions de francs suisses. Lors d’un débat à l’assemblée nationale en décembre dernier, le ministre de la Communication, Mamadou Diop a déclaré qu’il y avait encore 600 reportages de manifestations religieuses attendant d’être diffusés sur le petit écran. Même en diffusion quotidienne, ils ne pourraient pas l’être durant les 365 jours de l’année, encore moins pendant les 52 semaines qui la composent, a-t-il estimé.
Propagande et flagornerie
Les téléspectateurs se détournent de ces programmes, dégoûtés par les discours de propagande des organisateurs. Ils font l’éloge du chef de l’Etat, de son premier ministre, des membres du gouvernement, ainsi que des responsables de la télévision et de leurs représentants à la cérémonie. A cela s’ajoute les séquences de récitation de la généalogie du marabout organisateur de la soirée…
En décembre 1998 déjà, le Haut Conseil de l’Audiovisuel (HCA), les délégués des chefs religieux et traditionnels, les représentants de la télévision nationale et du ministère la Communication s’étaient retrouvés pour discuter de solutions à apporter à ces «chants religieux», organisés officiellement pour parler d’islam. Le HCA, organe officiel chargé du contrôle des programmes dans les médias publics et privés au Sénégal, n’a jamais réussi à s’imposer face à la puissance du programme des chants religieux.
Pour l’un des plus célèbres islamologues du pays, M. Taïb Socé, si en soi, la diffusion des chants religieux à la télévision est une bonne chose, il reste qu’il s’agit davantage de «meetings (politiques) islamisés». T. Socé souhaite l’instauration d’un débat national autour de cette question, afin que tous les musulmans sénégalais puissent profiter de cet espace religieux du jeudi soir tout comme les chrétiens qui n’ont aucun problèmes avec leur émission hebdomadaire du dimanche. «Celle-ci, a-t-il souligné, n’est pas dévoyée au profit de la politique ou des louanges.» (apic/ibc/be)




