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Sénégal : Profanation d’une église en banlieue dakaroise

Le gouvernement du Sénégal a condamné le 4 février 2018 la profanation par des inconnus de l’église saint Abraham de Guédiawaye, grande ville de la banlieue Nord de Dakar. Cet acte a été perpétré dans la nuit du 2 au 3 février dernier.

Joint au téléphone par le correspondant de cath-ch à Dakar, l’abbé Eric Tonduangu a précisé que des inconnus s’en sont pris à la grotte mariale et à la statue de la Vierge Marie.  Les responsables de la paroisse ont porté plainte, et des policiers se sont rendus sur les lieux pour constat.

Selon les médias sénégalais, les vandales se sont introduits dans l’église puis ont détruit la statue de la Vierge Marie dans la cour de la paroisse. Elle était scellée et placée sous verre,  que le ou les profanateurs ont brisé.  Les fidèles se sont dits «surpris» par ce vandalisme, appelant les auteurs à «revenir à de meilleurs sentiments».

Le quotidien sénégalais «En Quête» a rapporté le 5 février que lors de la messe dominicale du dimanche 4 février, le prêtre belge Herman De Vriendt qui dirigeait la prière, a réussi à calmer la colère des paroissiens, en les invitant à «s’abstenir de toute action vindicative et de laisser la police faire son travail».

Les profanations, un phénomène nouveau

La profanation des lieux de culte et lieux de sépulture est un phénomène nouveau qui inquiète au Sénégal, pays considéré comme un havre de paix pour les religions. Depuis 2012, de nombreux cas de profanation de lieux de culte ou de lieux de sépultures musulmans et catholiques ont été enregistrés dans le pays.

En mai 2017, une église catholique de Mbao, dans la banlieue Est de Dakar, avait été profanée par des inconnus. En mars 2016, des cimetières musulmans et catholiques ont été profanés à Rufisque, ville historique en banlieue Est de Dakar, et à Pikine, une grande ville de la banlieue Nord-Est dakaroise.

Des pratiques occultes

En 2014, une série d’actes de vandalisme et de cambriolages a été enregistré, en l’espace d’un mois, du 15 mars au 15 avril, dans plusieurs lieux de cultes et cimetière chrétiens du diocèse de Ziguinchor, chef-lieu de la Casamance, au Sud.

En 2013, l’église Marie Immaculée des Parcelles-Assainies, dans le même département de Guédiawaye, au Nord-Ouest de Dakar, avait également été profanée. En octobre 2012, plus de 160 tombes ont été profanées et des objets de piété volés, au cimetière catholique saint-Lazare de Dakar. Deux mois plus tard, en décembre, des statues de la Vierge Marie et du Christ ont brisées dans une église catholique du quartier des Parcelles Assainies, à Dakar.

A ces actes de vandalismes s’ajoutaient, jusque dans un passé récent, des pratiques mystiques dans les cimetières, telles que des bains nocturnes sur des tombes ou à leurs côtés, l’enterrement de gris-gris dans des tombes. A l’intérieur du pays aussi, il arrivait que des tombeaux de musulmans soient ouverts pour des activités occultes.

Atteinte à la liberté religieuse

Dans un communiqué diffusé à la télévision nationale, le ministère de l’Intérieur, en charge des cultes, a estimé, au nom du gouvernement, que cet acte est de «nature à perturber la paix sociale» et à «porter atteinte à la liberté religieuse».

Le gouvernement a appelé les populations à «la tolérance et au respect des convictions religieuses de chaque citoyen».

Organisation musulmane indignée

Pour sa part, Jamra, une organisation islamique modérée, a exprimé «sa sympathie» à l’Eglise catholique du Sénégal, suite à cet acte, qualifiant ceux qui l’ont commis, «d’ennemis du bon voisinage interconfessionnel» dans le pays. Le Sénégal  a souvent cité en exemple à travers le monde, pour sa tolérance religieuse.

Jamra a aussi évoqué la «solidarité interreligieuse et agissante» qui a toujours eu lieu au Sénégal. Il a cité, à ce sujet, la prise de position «admirable des catholiques du pays, qui,  par la voix du cardinal Théodore Adrien Sarr, à l’époque archevêque de Dakar, la capitale, avait fermement condamné, en septembre 2012, une «inqualifiable agression contre l’islam», à travers le film blasphématoire «Innocence of Muslims» du cinéaste américano-israélien, Sam Bacile. Cet «intégriste laïc» y assimilait l’islam à un «cancer social».

Défense de la fraternité interconfessionnelle

Pour Jamra, «la fraternité interconfessionnelle, qui avait spontanément rejailli à l’occasion de cette épreuve, a pu témoigner combien les élites de ces deux religions monothéistes ont toujours su vibrer à l’unisson, en terre sénégalaise». «Elles partagent mutuellement leurs joies et leurs peines, à travers le brassage culturel et ethnique dont nos ancêtres avaient fait leur credo, pour mieux consolider les liens familiaux multiformes qui ont toujours caractérisé la société sénégalaise». L’organisation islamique a exigé que les auteurs de ces actes de «lâcheté» qui veulent «vraisemblablement déstabiliser le Sénégal, en compromettant sa convivialité interreligieuse, gage de stabilité sociale», soient «pourchassés et sévèrement sanctionnés», conformément à la loi. (cath.ch/ibc/be)

 

 

Dakar, capitale du Sénégal
5 février 2018 | 18:19
par Jacques Berset
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