Le rapporteur de l’ONU dénonce l’instrumentalisation de la religion

Sénégal: Séminaire ouest-africain sur «le dialogue interreligieux et les traditions spirituelles»

Dakar, 9 juin 2009 (Apic) Le sénégalais, Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance, a dénoncé lundi 8 juin à Dakar, l’usage des religions à des fins politiques au Sénégal. Il intervenait à l’occasion d’un séminaire ouest-africain de l’UNESCO de deux jours (8 et 9 juin 2009) sur «le dialogue interreligieux et les traditions spirituelles».

Selon Diène, il existe une «instrumentalisation» des cercles religieux par le pouvoir politique au Sénégal. «Certains dirigeants religieux, dans l’histoire de ce pays, ont une responsabilité très grave dans la manière dont la religion a été instrumentalisée par la politique» pour «des enjeux de pouvoir», a-t-il dit. Selon lui, il y a eu à l’intérieur de «chacune des traditions spirituelles du Sénégal des tentatives de résistance à l’influence du politique».

«Cette instrumentalisation des religieux est le fait du pouvoir politique certes, mais aussi de certaines parties du pouvoir religieux parce certains de leurs dirigeants ont accepté les manipulations pour des raisons matérielles, entre autres», a-t-il fait remarquer.

Le diplomate onusien a plaidé en faveur de la nécessité de revoir le dialogue interreligieux au Sénégal, du fait que dans ce pays, la religion a été «soumise au pouvoir politique dans l’histoire politique ancienne et récente».

Il a cependant reconnu la «forte» tradition de dialogue interreligieux au Sénégal, soulignant que la réunion sur «le dialogue interreligieux et les traditions spirituelles» est une «reconnaissance» de cette forte tradition.

Pour sa part, l’imam Mamadou Dosso, directeur de cabinet du président du Conseil national islamique de Côte-d’Ivoire a déclaré que l’utilisation des hommes religieux au Sénégal, comme dans plusieurs pays africains, est le résultat «de la mendicité des faveurs par certains chefs religieux». C’est aussi le «prolongement du militantisme politique» dans la «sphère» religieuse, a-t-il fait observer.

Experts multiconfessionnels

La réunion de Dakar regroupe des experts en religion et des chefs religieux (musulmans, juifs, chrétiens, bahaïs, animistes) du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la Gambie, du Ghana, du Nigeria et du Sénégal. Elle a pour but d’aider les religieux à contribuer à la recherche de la paix, la prévention des conflits, l’instauration d’une coexistence harmonieuse entre les communautés, respecter les libertés fondamentales. Il s’agit aussi d’accepter la diversité des cultures du monde, de lutter contre l’intolérance, le rejet de l’autre et l’obscurantisme. (apic/ibc/pr)

9 juin 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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