Pour avoir imprimé un livre critique contre le président Wade

Sénégal : Tentative d’intimidation et menaces contre l’imprimerie Saint- Paul de Dakar

Dakar, 14 août 2003 (Apic) Des partisans du président Abdoulaye Wade tentent d’intimider l’imprimerie Saint-Paul de Dakar. Celle-ci s’est rendue « coupable » d’avoir imprimé un livre très critique à l’encontre du chef de l’Etat sénégalais, Wade. L’imprimerie Saint-Paul à Dakar est propriété de l’Oeuvre St-Paul à Fribourg.

«Wade, un opposant au pouvoir: l’alternance piégée?», titre de l’ouvrage, a été publié aux Editions « Sentinelles » le mois dernier par un journaliste sénégalais, Abdou Latif Coulibaly. Il suscite depuis, des débats passionnés dans le pays, du fait de ses révélations inédites sur la manière dont le président Wade dirige le pays, et les implications de sa famille dans les affaires de l’Etat.

Les Editions St-Paul à Fribourg confirment que le livre a bien été imprimé sur les presses de l’Imprimerie St-Paul à Dakar. Même si, précise-t-on, le nom n’apparaît pas comme tel sur la couverture du livre. « Sans doute prévoyait-on déjà les difficultés qui allaient surgir ». Pour l’heure, relève Albert Noth, directeur de l’Imprimerie et Librairies St-Paul SA à Fribourg, « nous n’envisageons pas d’intervenir dans cette affaire ».

Le Cercle des Intellectuels de l’Alternance (Cia), se réclamant proche du régime du président Wade, a adressé vendredi 8 août 2003 une sommation à l’imprimerie, lui demandant si c’est bien elle qui a imprimé le livre et qui en a payé la facture? La note a été remise à l’imprimerie par voie d’huissier. La direction de l’imprimerie à Dakar n’a pas jugé utile de utile de confirmer ou d’infirmer à l’Apic la sommation adressée à St-Paul et annoncée à la presse par Ousmane Sèye, avocat du journaliste Abdou Latif Coulibaly.

Selon lui, «en droit, l’imprimerie n’a pas à répondre, car le Cercle en question n’a nullement qualité pour ce type de démarche». Sèye a mis cette action «sur le compte de la menace et de l’intimidation». Il a demandé à l’imprimerie Saint-Paul, de porter plainte pour délit de voie de faits.

Appel au meurtre

A la suite de la parution du livre, un appel au meurtre a été lancé contre son auteur. Celui-ci, à son tour, a porté plainte contre X pour menace de mort. Il a été entendu par la Division des Investigation Criminelle (Dic), une unité spécialisé de la police sénégalaise.

La semaine dernière, un membre du gouvernement, le ministre de l’Agriculture et de l’Elevage a appelé à «briser la plume satanique» du journaliste qui l’a écrit. Une «fatwa post-Khomeiny inacceptable», ont répondu des intellectuels sénégalais.

Ces propos sont interprétés comme des dérives inquiétantes pour la société civile sénégalaise, qui se mobilise. Elle entend mettre en place un observatoire des libertés. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et de la société civile ont affirmé leur intention de tout mettre en oeuvre pour barrer la route «aux dérives graves et aux appels au meurtre».

Procédé largement condamné

Alioune Tine, secrétaire général de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (Raddho), Mame Adama Guèye, président du Forum Civil, Demba Ciré Bathly, secrétaire général de la section sénégalaise d’Amnesty International ont élevé ensemble leurs voix contre ces réactions «graves». Lors d’une conférence de presse commune, organisée en présence de représentants de syndicats de travailleurs, ils ont condamné le procédé ainsi que les appels au meurtre et les réactions passionnelles qui ont fait suite à la publication du livre d’Abdou Latif Coulibaly». Elles ont enfin tiré la sonnette d’alarme face à ce qu’ils considèrent comme «un recul pour la démocratie». (apic/ibc/pr)

15 août 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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