Division nationale à trois mois d’un sommet Islamique mondial

Sénégal: Trois dates différentes dans le pays pour l’Aïd el Adha

Dakar, 19 décembre 2007 (Apic) Le Sénégal, qui sera en mars la capitale mondiale de l’islam, ne parvient pas à assurer l’unité nationale au sujet de l’Aïd el Adha. Cette fête du mouton, appelée aussi Aïd el Fitr, sera célébrée trois jours différents, selon les communautés. Un cas unique au monde.

Mercredi, jeudi ou vendredi? Les musulmans sénégalais qui aimeraient fêter trois fois l’Aïd el Adha n’auront qu’à se déplacer d’une communauté à l’autre. Un paradoxe pour un pays qui sera en mars 2008, et pour quelques jours, la capitale du monde musulman, avec la tenue d’un sommet des souverains, chefs d’Etat ou leurs représentants des pays entièrement ou partiellement musulmans du monde entier.

La divergence de dates a tourné en vaste polémique entre dignitaires musulmans. Au fil des jours, elle s’est enflée, se transformant parfois en empoignades entre guides musulmans, par médias interposés.

A l’origine, se trouve le choix du président de la Commission de concertation sur le croissant lunaire (CONACOC), Ahmed Iyane Thiam, de célébrer l’Aïd el Adha, vendredi 21 décembre. Composée de représentants de toutes les familles et marabouts du pays, et d’islamologues indépendants, la CONACOC a été mise en place, avec le soutien de l’Etat, pour harmoniser les positions sur les dates de fêtes musulmanes.

Deux jours plus tard que La Mecque

Le hic, c’est que la décision d’Ahmed Iyane Thiam a été rejetée par l’influent imam Rawane Mbaye qui, se référant au calendrier lunaire, a choisi la date de jeudi 20 décembre. Il a été rejoint dans cette décision par d’autres familles religieuses de Louga (nord) et Kaolack (centre-sud). «Il est inconcevable que la fête soit célébrée à la Mecque mercredi et que le Sénégal ne le fasse que 48 heures plus tard», a déclaré aux fidèles, l’imam Assane Cissé de la famille maraboutique des Niasse de Kaolack. Il a évoqué le Coran et la Sunnah (tradition) pour étayer son point de vue. Les dirigeants des deux grandes confréries du pays (Tidjane et mourides) se sont ralliés à la décision du président de la CONACOC.

Quant aux intégristes, ainsi que de nombreux musulmans modérés dépités par la polémique sur les dates, ils se sont ralliés à l’Arabie saoudite et fêtent l’Aïd el Adha mercredi 19 décembre.

L’Etat se refuse d’intervenir dans cette polémique purement religieuse. Du fait de son caractère laïc, il ne peut qu’en tirer les conséquences, en décrétant férié chaque fois qu’une fête religieuse tombe sur un jour ouvrable. «En dehors de sa contribution à la création de la CONACOC, il ne peut imposer une date pour une fête religieuse musulmane ou chrétienne», a précisé à l’Apic un haut responsable de l’Etat qui a requis l’anonymat.

Ces nombreux jours de fête musulmane auront des conséquences négatives sur l’économie nationale. Le manque à gagner sera de 10 milliards de francs CFA (25,2 millions de frs), selon les estimations des entreprises. (apic/ibc/bb)

19 décembre 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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