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Sénégal: un élu accusé d'inciter à la discorde religieuse

Barthélémy Dias, politicien catholique du Sénégal, a suscité une vague d’indignation dans le pays en déclarant que l’emprisonnement d’un activiste local était lié à son appartenance chrétienne. Il est accusé de fomenter la discorde entre musulmans et chrétiens.

Guy Marius Sagna, un fonctionnaire de l’Etat lancé dans une démarche de contestation, avait bravé, le 26 novembre 2019, une interdiction de manifestation émise par le Préfet de Dakar devant la présidence de la République, considérée comme un domaine militaire. A la tête d’un groupe de huit personnes, il s’était agrippé aux grilles entourant le Palais, créant un précédent dans le pays. La manifestation dénonçait une hausse du prix de l’électricité, décidée par l’Etat quelques jours auparavant.

La France ciblée

Au moment de cette manifestation, Guy Marius Sagna était en liberté conditionnelle depuis le 19 août 2019, après une première interpellation le 19 juillet pour «fausse alerte au terrorisme». Il avait publié un communiqué accusant la France de «préparer psychologiquement les populations à vivre avec l’idée de la menace terroriste». L’activiste dirige un mouvement de contestation nommé le «Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine» (FRAPP), qui prend la France pour principale cible.

Les partisans de Guy Marius Sagna ont organisé en vain plusieurs manifestations pour réclamer sa liberté. Alors que ses co-détenus ont tous été libérés.

Une instrumentalisation de la religion?

Dans ce contexte, Barthélémy Dias, qui a eu lui-même maille à partir avec la justice dans une affaire de meurtre en 2012, a déclaré le 21 février 2020 à la télévision, que «c’est parce qu’il (Guy Marius Sagna) est catholique qu’on le garde». Face à cette situation jugée «injuste», l’ancien député et maire de la commune de Fann-Mermoz, à Dakar, a annoncé que dans les prochains jours, les partisans de Guy Marius Sagna passeraient «aux actes».

Dans un pays où les relations interconfessionnelles sont pacifiques, ces propos ont été considérés comme malvenus. Ils ont suscité une levée de bouclier, tant chez les musulmans que chez les catholiques.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les réactions ont été virulentes. De nombreux Sénégalais condamnant l’amalgame entre religion et société. Barthélémy Dias est notamment accusé d’instrumentaliser la religion, une manœuvre jugée dangereuse pour la cohésion sociale.

Pour l’abbé Jacques Seck, prêtre à la retraite engagé dans le dialogue islamo-chrétien au Sénégal, les déclarations de Barthélemy Diaz sont «une bêtise qui n’engage que lui».

Une minorité sans soutien

Visiblement surpris par le ton des réactions, le politicien catholique est toutefois revenu sur ces propos, en assurant, le 25 février 2020, qu’il n’avait jamais été question pour lui de mettre à mal les relations entre musulmans et chrétiens dans le pays. Il ne voulait pas, selon lui, insinuer que Guy Marius Sagna avait été arrêté et gardé en prison à cause de son appartenance religieuse en tant que telle, mais parce qu’en tant que membre de la minorité catholique, il ne bénéficiait pas de soutiens puissants que peuvent apporter les confréries musulmanes. Barthélémy Dias a toutefois réitéré sa demande de libération de Guy Marius Sagna, appelant l’Eglise catholique à lui apporter son aide dans cette démarche.

Le 26 février, le cardinal Théodore Sarr, archevêque émérite de Dakar, a reçu des membres du comité de soutien à Guy Marius Sagna. Le prélat s’est déclaré «inquiet» de la situation du militant.

Au Sénégal, les musulmans constituent 94% de la population. Les catholiques seraient environ 5%.

(cath.ch/ibc/ag/rz)

Le politicien catholique Barthélémy Dias est controversé au Sénégal | capture écran YouTube
28 février 2020 | 10:32
par Ibrahima Cisse
Afrique (163), Dialogue interreligieux (181), Islam (329), Sénégal (137)
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