«Servir la Vie» pour briser les solitudes (230993)

L’initiative de Caritas Vaud au service d’une philosophie de vie

Lausanne, 23septembre(APIC) Briser les solitudes, aller au devant de

l’autre et lui communiquer des signes de vie: tels sont les principaux

fruits recueillis par les participantes du groupe «Servir la Vie». Depuis

1990, cette initiative lancée par Lucie Egger semble répondre à un besoin

de notre époque «d’entrer plus conscienmment dans le sens de sa vie». Regard à l’intérieur d’un groupe né de Caritas-Vaud.

La vie est belle! Tel pourrait être le credo de ces huit femmes qui

viennent de vivre dans un groupe «Servir la Vie». Utopistes ces femmes qui

ont pris le temps d’aimer la vie? Sans doute pas. Les difficultés de la vie

ne les ont pas épargnées. Et les problèmes sont toujours là, devant leur

porte. Alors d’où vient cette foi intense et confiante dans la vie?

Pour Brigitte, laborantine, mère de famille, c’est son regard sur les

autres qui a changé. «J’ai appris à être plus présente dans les relations,

à m’y engager. Mon regard est devenu amoureux des petites choses comme par

exemple ce sourire de l’enfant dans le bus ce matin… ou cet échange avec

la caissière tout à l’heure».

Pour Nadia, Tunisienne, qui garde la nostalgie du climat chaud, du ciel

et des plages de son pays, ce qui l’attira un jour fut le titre de ces rencontres «Servir la Vie». Elle avait compris au début «Sourire à la Vie».

Beau lapsus! «Progressivement, dit-elle, j’ai appris la patience».

Dominique, mère de famille avec deux enfants, travaille comme infirmière

auprès des mourants. «J’ai appris, témoigne-t-elle, à ne plus me responsabiliser du malheur des autres… au point de ne plus vivre. J’ai compris

qu’il fallait que j’aide la vie, en prenant le temps de m’arrêter sur ce

qui est beau, bon, savoureux».

Pour Lucie Egger, organisatrice de ces groupes, assistante sociale ayant

travaillé auprès des mourants, «la vie attend qu’on la prenne». Progressivement, par les nombreux contacts humains liés à sa vie professionnelle,

elle s’est rendue compte que beaucoup de gens traversent leur existence

comme des «aveugles».

Apprendre à aimer

Le rythme stressant, le souci de la performance, les difficultés d’éducation poussent parfois certaines femmes à descendre insidieusement les

marches qui mènent à la dépression. Que faire? Peut-être tout simplement

«apprendre à honorer et aimer la vie pour sa propre joie et celle de ceux

que l’on côtoie, souligne Lucie Egger. Pour que cela ne devienne pas de

pieuses paroles, elle invite, chaque quinzaine, le groupe à observer les

signes de vie et les valeurs qu’il vit au quotidien. Signes reçus par les

autres, la nature, son propre corps; signes donnés à son entourage. «L’important est de commencer à nommer ces instants de vie. Servir la vie exige

un vouloir attentif et réceptif à soi-même, aux autres, à l’environnement.

Cela nécessite un entraînement, un recommencement de chaque jour. Ces rencontres régulières favorisent le travail de conscientisation».

Ce qui frappe dans cette approche positive de la vie, c’est que ces femmes n’apprennent pas de recettes de cuisine pour mieux vivre. Dès le départ, leur motivation pour mieux vivre se forge par une rééducation motrice

du regard. Le mérite de cette méthode est de responsabiliser chacune. Le

groupe n’est pas un cercle amical où l’on viendrait prendre une tasse de

thé, mais un espace où chacune s’engage en partageant son expérience des

signes de vie.

Cela n’empêche pas l’amitié de grandir. Le ciment qui lie les participantes? Sans doute une farouche détermination à être des chercheuses de

vie… pour vivre heureuses. Cette manière, cette philosophie de vie plutôt, terriblement simple, rappelle les paroles d’un autre serviteur de la

Vie, d’un poète Indien, Tagore, qui écrivait: «J’aime la vie parce que

j’adore la lumière du ciel qui est toute en moi». (apic/François Le Rouxpr)

23 septembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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