Démocratie et Eglise doivent se repositionner
Session de la COMECE à Bruxelles: les évêques réfléchissent sur la démocratie
Bruxelles, 23 novembre 1998 (APIC) La démocratie et l’Eglise doivent se repositionner dans la culture européenne: c’est l’une des conclusions d’un colloque organisé à Louvain par les épiscopats des pays membres de l’Union Européenne. Aux yeux des évêques, une démocratie «ne peut être forte que si elle parvient à protéger les membres les plus vulnérables de la société». Les évêques ont plaidé par ailleurs pour une intensification du dialogue entre l’Eglise et l’Union Européenne.
A l’occasion de leur session plénière d’automne, tenue du 19 et 20 novembre à Louvain, les évêques de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE), un organisme qui représente les quatorze Conférences Episcopales catholiques des Etats membres de l’Union Européenne (UE), ont invité des représentants politiques et des experts à s’exprimer sur le thème «L’avenir de la démocratie: un défi pour la Société et pour l’Eglise».
L’incapacité de procéder à des réformes nécessaires est devenue une caractéristique inquiétante de nombreuses démocraties, a conclu à l’issue du colloque Mgr Joseph Homeyer, président de la COMECE. «Il est de mon devoir, en tant qu’évêque, d’attirer l’attention sur cet état de fait, a-t-il insisté. Sans participation active des citoyens, les gouvernements et parlements des sociétés démocratiques sont réduits à l’impuissance. Une démocratie ne peut être forte que si elle parvient à protéger les membres les plus vulnérables de la société et si elle tient compte des préoccupations des générations à venir. Les évêques catholiques des Etats membres estiment que l’effort des hommes et des femmes à participer à la politique est une priorité. Les autorités politiques ont, quant à elles, le devoir de promouvoir le droit à la participation à tous les niveaux. Session de la COMECE à Bruxelles: les évêques réfléchissent sur la démocratie dans la culture européenne».«
A l’Ouest comme à l’Est
Deux représentants permanents auprès des institutions européennes, Johannes Dhomes (Allemagne) et Sir Stephen Wall (Grande-Bretagne), ont mis en avant le déficit démocratique dans l’Union européenne. L’Ambassadeur allemand auprès du Conseil de l’Europe a souligné que les Eglises ont un rôle à jouer dans l’éducation à la démocratie. Le représentant permanent du Royaume-Uni auprès de l’UE a considéré que l’Eglise doit s’engager en faveur du rapprochement entre l’Est et l’Ouest, avec pour mission, à l’Ouest de promouvoir la générosité, à l’Est d’appeler à la patience face aux processus d’adaptation nécessaires à l’élargissement.
L’économiste Stefano Zamagni, conseiller pour les questions sociales auprès de la Conférence épiscopale italienne, a souligné l’importance d’un bon fonctionnement d’une société civile au sein des démocraties.
Intensifier le dialogue entre l’Eglise et l’UE
Après le colloque, les évêques de la COMECE ont repris leurs travaux en session plénière pour se pencher sur plusieurs questions d’actualité européenne. Mgr Homeyer a relaté sa récente rencontre avec le président de la Commission européenne, Jacques Santer, lors de laquelle il a proposé d’intensifier et d’approfondir le dialogue entre les Eglises et les instances de l’UE Jacques Santer s’est dit ouvert à un tel partenariat, compte tenu de l’évolution de l’Union. Les évêques de la COMECE ont renouvelé leur engagement à poursuivre un dialogue à la fois constructif et critique avec la Commission européenne.
Le groupe de travail «Affaires Sociales» de la COMECE a salué les récentes propositions du Commissaire Monti pour l’introduction d’une fiscalité pour les entreprises et l’épargne. Le rapport du groupe a été présenté aux évêques lors de la session. Le paquet fiscal est «un pas important» pour baisser les coûts salariaux au niveau européen et donc «une contribution à la baisse du chômage». Le principe de subsidiarité en matière de fiscalité doit être respecté, estime la COMECE, qui ajoute que l’UE «doit garantir une concurrence loyale entre les Etats membres».
Les évêques ont critiqué l’intention de la Commission européenne et du Conseil européen, «malgré le vote contraire du Parlement européen», de financer la recherche sur l’embryon humain via le budget du 5e programme-cadre de recherche, même si cette recherche entraînait la destruction des embryons.
Migrations en Europe
Par l’intermédiaire du groupe de travail «Migration en Europe», la COMECE travaille sur le document de stratégie proposé par la présidence autrichienne et visant à restreindre la politique de migration et d’asile. A cet égard, l’organisation d’une rencontre importante est prévue pour 1999.
Les évêques ont pris note d’un rapport sur les conséquences possibles de l’article 13 du Traité d’Amsterdam, qui a pour objectif de combattre toutes les formes de discrimination dans les Etats membres. Il faut cependant rester vigilant, a souligné le président de la COMECE, aux mesures de lutte contre la discrimination fondée sur des motifs religieux. Un autre groupe de travail se penchera sur les aspects juridiques, politiques et sociaux de la présence des musulmans en Europe et préparera un document à ce sujet. (apic/cip/ba)



