Avec l’accord du Saint-Siège et de Pékin: controverse

Shanghai: Un évêque auxiliaire a été ordonné pour succéder à Mgr Jin Luxian

Shanghai, 29 juin 2005 (Apic) Un prêtre chinois, âgé de 42 ans, a été ordonné mardi évêque auxiliaire de Shanghai avec l’accord conjoint du Vatican et du gouvernement de Pékin, a annoncé mardi l’agence Asianews. Une version démentie par Pékin, qui assure avoir donné seul son accord.

Controverse. Mgr Joseph Xing Wenshi, 42 ans, qui devient évêque auxiliaire de Shanghai dans l’Eglise officielle chinoise, a annoncé pendant la cérémonie d’ordination qu’il avait reçu sa nomination du Saint-Siège.

Une version que dément pourtant Pékin. La Chine a en effet affirmé mercredi qu’elle et elle seule avait nommé un prêtre chinois nouvel évêque auxiliaire de Shanghai, sans l’accord du Vatican. «Il a été choisi par notre communauté catholique à Shanghai et sa nomination a été approuvée par le collège des évêques de l’Eglise catholique chinoise. Cela n’a rien à voir avec le Vatican», a déclaré à l’Agence France presse un responsable du Bureau des affaires religieuses de Shanghai.

Mgr Joseph Xing Wenshi aurait annoncé pendant la cérémonie d’ordination, mardi, qu’il avait reçu sa nomination du Saint-Siège, indique Asianews. Une information également relayée par Eglises d’Asie (EdA).

Le 28 juin dernier, à 9 h. du matin, par une chaleur de 36C, environ 2’500 catholiques et des représentants des autorités chinoises avaient pris place dans la cathédrale Saint Ignace, dans le quartier de Xujiahui, à Shanghai, écrit EdA. Ils étaient venus assister à la cérémonie d’ordination de Mgr Joseph Xing Wenzhi, le nouvel évêque auxiliaire de Shanghai. Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque «officiel» du diocèse de Shanghai, présidait la cérémonie et était assisté par deux évêques, Mgr Matthew Hu Xiande, du diocèse de Ningbo, dans la province voisine du Zhejiang, et Mgr Joseph Ma Xuesheng, du diocèse de Zhoucun, ville de la province du Shandong dont est originaire Mgr Joseph Xing.

Elu le 17 mai dernier

Agé de 89 ans, Mgr Jin Luxian a présidé la cérémonie jusqu’à l’ordination proprement dite, pour ensuite passer le relais à Mgr Joseph Xing. Agé de 42 ans, le jeune évêque auxiliaire est appelé à succéder à Mgr Jin. Affaibli par la maladie, Mgr Jin a dû être hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers temps. Récemment, l’évêque «officiel» de Shanghai a dit de Joseph Xing qu’il fera «un bon évêque, afin de prendre ma succession».

Selon les informations données par le diocèse de Shanghai, le nouvel évêque auxiliaire a été élu le 17 mai dernier par les représentants de l’Eglise de Shanghai, soit les prêtres du diocèse (au nombre de presque 130), les religieuses qui ont prononcé des voeux définitifs et des représentants des fidèles. Selon Mgr Jin Luxian, le nouvel évêque a aussi reçu l’assentiment de Rome et la présence de représentants des autorités chinoises à la cérémonie d’ordination indique que le pouvoir chinois n’a pas émis d’objection à cette ordination.

A l’issue de la cérémonie d’ordination, Mgr Jin Luxian est apparu fatigué. Il a quitté la cathédrale en fauteuil roulant et n’a pas pris part au banquet préparé pour fêter l’événement. Avec cette ordination se joue non seulement la question de la succession de Mgr Jin, évêque «officiel» de Shanghai dont la qualité épiscopale n’a pas été – jusqu’ici – reconnue par Rome, mais aussi celle des rapports entre les évêques «officiel» et «clandestin» de ce diocèse. En effet, si Mgr Jin a été ordonné évêque auxiliaire «officiel» de Shanghai en 1985 et installé évêque en titre en 1998, Mgr Joseph Fan Zhongliang en est l’évêque «clandestin». Reconnu par Rome et étroitement surveillé par la police, Mgr Fan souffre de la maladie d’Alzheimer. Selon Mgr Jin Luxian, qui s’est exprimé à ce sujet dans une interview à Associated Press, un accord tacite est intervenu entre Rome et Pékin. Aux termes de celui-ci, Mgr Joseph Xing prendra la succession de Mgr Jin Luxian le temps venu et il ne sera pas nommé de successeur à Mgr Fan. «Rome a dit qu’après la mort de l’évêque clandestin, il n’y aura plus de division», a précisé Mgr Jin Luxian.

Trajectoire

Mgr Joseph Xing est né le 17 avril 1963 dans le diocèse de Zhoucun, au sein d’une famille de quatre enfants. Il est entré au séminaire de Sheshan, séminaire régional, en 1983. Selon la brochure publiée à l’occasion de l’ordination, le préfet des études de l’époque, le P. Yao Jingxing, le décrit comme un séminariste «simple et honnête», assidu à la prière. Ordonné à la prêtrise le 2 juin 1990, le P. Joseph Xing a ensuite enseigné la liturgie et l’histoire de l’Eglise au séminaire, avant d’en devenir le directeur spirituel. C’est en 1996 que le jeune prêtre rejoint le diocèse de Shanghai, avec l’accord de son évêque, Mgr Ma Xuesheng et, à la fin 1997, il est nommé curé de Songjiang, une paroisse de Shanghai. Un an plus tard, il est vicaire général du diocèse et recteur du séminaire de Sheshan. Il est par ailleurs nommé à la présidence de la Commission pour les affaires de l’Eglise catholique de la ville de Shanghai.

En 2003-2004, il part aux Etats-Unis, pour une année d’études auprès de la société missionnaire des Maryknoll, à New York. Il a accompagné Mgr Jin à l’étranger à l’occasion de plusieurs voyages, en 1990 en Australie, en 1999 en Europe, et a suivi deux formations de courte durée, l’une à Hongkong en 1994 et l’autre aux Philippines en 1995. Selon le P. Larry Lewis, des Maryknoll, qui a côtoyé de près le nouvel évêque, Joseph Xing est «un homme de prière, à la foi profonde et au jugement sûr». APIC

Encadré

Difficultés pas insurmontables

Le secrétaire du Saint-Siège pour les rapports avec les Etats estime que les difficultés pour parvenir à établir des relations diplomatiques avec la Chine «ne sont pas insurmontables».

En voyage du 11 au 21 juin dernier dans quatre pays d’Asie du Sud- Est, Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les rapports avec les Etats, a évoqué la question des «relations entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine». Lors d’une table ronde organisée à Singapour le 17 juin, celui dont la fonction est souvent présentée comme étant celle de «ministre des Affaires étrangères» du Vatican a déclaré que «le Vatican [était] prêt à établir des relations diplomatiques avec la Chine» et que, «si, naturellement, il y a des difficultés», celles-ci «ne sont pas insurmontables». Ces propos ont été rapportés le jour même par le service en langue allemande de Radio Vatican.

Citant à titre d’exemple deux des pays visités lors de son voyage en Asie du Sud-Est, la Malaisie et Brunei, où sont accrédités non pas un nonce apostolique mais seulement un délégué apostolique, Mgr Lajolo a expliqué qu’il était important de distinguer la reconnaissance d’un pays de l’établissement de relations diplomatiques proprement dites avec ce pays. «Comment ne pourrions-nous pas reconnaître un pays où vivent 1,3 milliards de personnes comme la Chine, avec sa tradition de culture, de poésie et de pensée ?», s’est-il interrogé.

Procéder avec prudence

Toutefois, s’»il est évident que le Saint-Siège reconnaît l’Etat chinois sans avoir cependant avec lui de relations diplomatiques», a poursuivi Mgr Lajolo, «il faut procéder avec prudence et vérifier quelques conditions incontournables de part et d’autre». Sans s’étendre sur ces conditions, le secrétaire du Saint-Siège a posé comme préalable à l’établissement de liens diplomatiques la reconnaissance par Pékin de «la liberté de culte», tout en précisant: «Je suis certain qu’avec de la bonne volonté et l’esprit d’amitié dont les deux parties veulent être indubitablement animées, on pourra arriver à bon port».

Deux jours avant les déclarations de Mgr Lajolo à Singapour, le South China Morning Post, à Hongkong, avait publié un article faisant part des évolutions intervenues au sein de la direction chinoise sur le sujet des relations avec le Vatican. Dans un article daté du 15 juin, le journal anglophone faisait état de la prochaine mise sur pied d’un «groupe de travail sur les affaires religieuses» chargé de coordonner le travail des différentes instances gouvernementales impliquées dans le dossier. Ce groupe de travail comprendrait l’Administration d’Etat (ex-Bureau) pour les Affaires religieuses, le ministère des Affaires étrangères, le ministère de la Sécurité publique et le Front uni du Parti communiste.

Pour les observateurs, les déclarations de Mgr Lajolo comme les très discrets signaux venus de Pékin laissent penser que le contact a bien été rétabli entre les deux parties. Après l’ordination de cinq évêques au sein de l’Eglise «officielle», en janvier 2000 à Pékin (2), puis la canonisation de 120 martyrs de l’Eglise en Chine, en octobre 2000 à Rome (3), les contacts avaient été rompus. Pour EdA, un nouveau climat semble avoir été établi, même si les questions de fond, telles l’exercice de la liberté religieuse et le mode de nomination des évêques, n’ont pas encore reçu de réponse. (apic/eda/pr)

29 juin 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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