«Si le phénomène perdure, les effets seront désastreux ici»
Islande: L’évêque de Reykjavik, Mgr Pierre Bürcher, inquiet pour l’avenir du pays
Reykjavik, 19 avril 2010 (Apic) «Si l’éruption volcanique perdure, les effets seront désastreux ici», s’inquiète l’évêque catholique de Reykjavik, Mgr Pierre Bürcher. Dans un message envoyé lundi à l’Apic, l’évêque suisse à la tête des quelque 10’000 catholiques d’Islande depuis fin 2007, rappelle la grande dépendance de l’île située entre le Groenland et l’Ecosse, en plein Atlantique Nord.
«On ne peut déjà plus recevoir par avion des pièces de rechange qu’on ne trouve pas dans le pays et qu’on ne peut importer que de l’Europe… Et cela touche tous les secteurs vitaux comme par exemple les hôpitaux et les transports. Et qu’en sera-t-il de la faune et de la flore qui vont être touchées par les retombées des particules toxiques du nuage de cendres?», demande l’évêque originaire de Fieschertal, dans le Haut-Valais.
A Reykjavik, la situation est «normale»
«Je viens de revenir d’une tournée de Confirmation dans notre paroisse de St. Thorlak, à l’Est de l’Islande. Elle fait plus de 600 km de long… Et cela, heureusement, suffisamment tôt, car maintenant l’unique route (la N 1) est totalement coupée en raison de l’éruption volcanique de l’Eyjafjallajokull, qui se situe à environ 130 km à l’est de Reykjavik, la capitale du pays», poursuit-il.
«Notre situation à ce jour se présente ainsi: aujourd’hui, si par exemple les habitants de Vik, qui se situe à environ 200 km de Reykjavik, veulent venir à la capitale, ils doivent faire le tour de l’île par le Nord, ce qui leur fait faire environ 1200 km à une vitesse maximale de 90 km à l’heure!… Et de nouveau la même chose pour le retour… En effet, l’unique route existante a été totalement emportée dans cette région… De plus, il n’y a pas de possibilité ni de vol ni de navigation… Je suis préoccupé pour les habitants de cette région heureusement peu peuplée et spécialement bien sûr pour nos fidèles catholiques qui s’y trouvent comme coupés du monde… On a maintenant essayé de les ravitailler en nourriture depuis l’Est du pays. Et il a fallu à nouveau évacuer plusieurs centaines de personnes».
Les touristes vont-ils revenir cet été?
A Reykjavik, par contre, note Mgr Bürcher, la situation est actuellement «normale», du fait que, ces jours au moins, le vent ne souffle pas en direction de la capitale et n’y amène pas le nuage de cendres du volcan. «Les Islandais en ont déjà vu d’autres… mais ce sont surtout les étrangers vivant dans le pays qui sont actuellement les plus touchés. Les habitants sont cependant inquiets par rapport au futur immédiat: un autre volcan, plus grand et plus dangereux, même s’il ne montre maintenant aucun signe d’activité, le Katla, voisin de celui qui crache depuis mercredi des cendres, s’est souvent réveillé par le passé un an ou deux après. Qu’en sera-t-il? Et les touristes pourront-ils venir en Islande cet été? Le tourisme est en effet une des ressources vitales pour le pays.»
L’évêque suisse relève aussi un autre inconvénient: «Le facteur ne fait pas sa tournée pour le moment, car le courrier devant venir d’Europe n’arrive plus actuellement, en raison de la suppression des vols dans de nombreux pays (…) A titre personnel, j’ai beaucoup apprécié ce que vient de dire une jeune Européenne à la télévision: ’ce nuage islandais me fait mieux comprendre aujourd’hui ce qu’est la mondialisation: aucun événement, aussi petit et éloigné soit-il, ne peut laisser une personne indifférente dans le reste du monde’. Mais fallait-il ce nuage pour nous le rappeler? Malgré tout, le Seigneur veille sur nous. Ce dimanche, j’ai célébré ici la Confirmation de 26 jeunes à la cathédrale de Reykjavik. Dans notre obscurité, n’est-ce pas là une lumineuse source d’espérance?» JB
Encadré
Mgr Bürcher, originaire de Fieschertal, dans le Haut-Valais, est né le 20 décembre 1945 à Fiesch. Il fait son école primaire en Suisse romande, à Nyon, où sa famille s’est installée. Après des études gymnasiales au Collège St-Louis, à Genève, il passe sa maturité au Collège d’Einsiedeln en 1966. Après le cursus au Grand Séminaire diocésain et des études à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, il obtient sa licence en théologie en 1971. Ordonné prêtre à Genève le 27 mars 1971, il travaille en paroisse pendant 18 ans avant de devenir directeur du Grand Séminaire à Villars-sur-Glâne pendant 5 ans. Il est nommé évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) par le pape Jean Paul II le 3 février 1994, et ordonné évêque le 12 mars de la même année. Il est transféré par le pape Benoît XVI sur le siège épiscopal de Reykjavik le 30 octobre 2007.
Ce spécialiste des Eglises catholiques du Moyen-Orient, notamment des Eglises de Terre Sainte, est membre de la Congrégation romaine pour les Eglises orientales. Il a été chargé par la Conférence des évêques des pays scandinaves des relations avec les Eglises orientales. Le diocèse de Reykjavik est jeune puisqu’il a fêté en 2008 son 40e anniversaire. L’évêque d’Islande fait partie de la Conférence des évêques de Scandinavie qui compte sept membres et regroupe le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède. Mgr Bürcher est à la tête de ce diocèse grand comme deux fois et demi la Suisse. Il est le pasteur de quelque 10’000 catholiques disséminés sur tout le territoire de l’Islande. Cette île d’une superficie de 103’000 km2 compte plus de 300’000 habitants. La première évangélisation de l’Islande remonte à la fin du 10e siècle. (apic/be)



