«Si nous sommes d’accord sur un point, c’est que sur aucun point nous ne sommes d’accord»
Rome: Bilan des discussions doctrinales entre le Vatican et les lefebvristes
Rome, 13 septembre 2011 (Apic) Le supérieur général des lefebvristes est attendu au Vatican pour un bilan de travail à huis clos, le 14 septembre 2011, deux ans après l’ouverture de discussions doctrinales entre l’Eglise catholique et la Fraternité Saint Pie X. Mgr Bernard Fellay sera reçu par le cardinal William Joseph Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il pourrait également rencontrer brièvement Benoît XVI, ont confié à I.MEDIA des sources vaticanes.
Le 14 septembre, le Supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X passera la porte du Palais du Saint-Office au Vatican, accompagné de ses deux assistants, l’abbé Niklaus Pfluger et l’abbé Alain-Marc Nély. Lors d’une rencontre avec le cardinal Levada et, très probablement avec Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale «Ecclesia Dei» en charge des communautés traditionalistes, le prélat suisse fera le bilan des discussions doctrinales, entamées en octobre 2009, entre théologiens catholiques et représentants de la Fraternité Saint Pie X.
Les discussions ont porté sur le concept de Tradition, le Missel de Paul VI, l’interprétation du Concile Vatican II (1962-1965), mais aussi sur l’unité de l’Eglise et les principes catholiques de l’œcuménisme, sur le rapport entre le christianisme et les religions non chrétiennes, et enfin sur la liberté religieuse.
Au rythme de rencontres régulières, ces discussions ont pris fin au printemps 2011. «La phase de la disputatio est bel et bien terminée», confiait à I.MEDIA une source proche du dossier, mais celle-ci nécessite encore une «évaluation des deux parties». Dans ce sens, «il est trop tôt pour dire qu’il s’agit d’un échec, comme il est trop tôt pour dire que ces discussions ont réussi», indiquait la même source. D’autres au Vatican évoquent deux années de dialogue de sourds. De son côté, Mgr Fellay y voit «la rencontre de deux mentalités qui s’entrechoquent. Si nous sommes d’accord sur un point, a récemment affirmé le supérieur de la fraternité, c’est que sur aucun point nous ne sommes d’accord».
Pourtant, malgré l’échec probable des discussions théologiques, un rapprochement a eu lieu à la demande de Benoît XVI, qui fera seul le choix d’ouvrir ou non une porte aux héritiers de Mgr Marcel Lefebvre.
Vers un accord Rome-Ecône?
Dans ce sens, les médias italiens ont évoqué la possibilité que Rome propose aux lefebvristes un protocole d’accord sur l’interprétation du Concile Vatican II, ou bien même l’institution d’une prélature ou d’un ordinariat. Au Vatican, les responsables d’»Ecclesia Dei» n’entendent pas communiquer avant la tenue de la rencontre du 14 septembre.
Au siège de la Fraternité Saint Pie X, on se contente d’indiquer que «ces hypothèses relèvent du virtuel et n’engagent que leurs auteurs». Mais on précise qu’en invitant Mgr Bernard Fellay au Vatican, le cardinal Levada avait dit qu’il serait question des «perspectives d’avenir».
A Castel Gandolfo depuis début juillet dernier, Benoît XVI se rendra au Vatican dans la matinée du 14 septembre pour l’audience générale, dans la salle des audiences, à deux pas du Palais du Saint-Office qui abrite les locaux de la Commission «Ecclesia Dei». De sources concordantes, une rencontre même brève entre Benoît XVI et Mgr Fellay n’est pas à exclure.
Mgr Fellay, dans une longue conférence tenue mi-août en France, a d’ores et déjà indiqué que la Fraternité Saint Pie X n’avait pas l’intention d’accepter le Concile Vatican II, relevant de nombreuses «contradictions» au sein de la curie romaine dans son attitude à l’égard des lefebvristes. Mais il n’a pas rejeté l’idée d’un éventuel protocole d’accord, souhaitant avant tout que Rome reconnaisse ses «erreurs», et ne cachant plus le dilemme qu’un tel accord représenterait au sein de l’institution séparée de Rome depuis 1988.
«Si Rome nous reconnaissait, ce serait encore plus dur que maintenant», a affirmé Mgr Fellay, avant d’ajouter: «Maintenant, nous bénéficions d’une certaine liberté. Il faudra bien qu’un jour l’Eglise nous reconnaisse comme catholiques, mais ce ne sera pas facile».
Assise, «une réunion des représentants de toutes les fausses religions»
Les désaccords avec Rome ne manquent pas et n’ont pas tous été évacués avec l’arrivée de Benoît XVI sur le trône de Pierre en 2005, à en croire le document publié par la fraternité lefebvriste deux jours avant la venue de Mgr Fellay au Vatican. Dans un commentaire ayant reçu officiellement l’approbation du supérieur général, le responsable français de l’institution évoque le «scandale» que représente la prochaine rencontre interreligieuse d’Assise (Italie), le 27 octobre, et y voit «une foire des religions et un effroyable blasphème envers Dieu».
Le Père Régis de Cacqueray présente la journée d’Assise comme «une réunion des représentants de toutes les fausses religions, appelés par le pape en personne». Le supérieur du district de France de la fraternité évoque également le «péché» de Benoît XVI. A ses yeux, le pape effectue «l’un des actes les plus graves de son pontificat» et voit dans la convocation de cette réunion «une perversion satanique de la mission de Pierre». Il signe son intervention le 12 septembre 2011, «jour anniversaire de la victoire des armées catholiques sur les troupes musulmanes à Vienne le 12 septembre 1683».
Récemment, la Fraternité Saint Pie X a qualifié les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), à Madrid en Espagne, de «journées d’enthousiasme sans lendemain». (apic/imedia/ami/ggc)



