Bienne: Des «vêpres islamo-chrétiennes» sur fond de rituel soufi à la Semaine des religions

«Si tu es bien avec toi-même, les autres le ressentent»

Bienne, 8 novembre 2014 (Apic) A Bienne, la semaine des religions fait la part belle au soufisme, le week-end du 8-9 novembre 2014, avec une manifestation culturelle originale: des «vêpres islamo-chrétiennes» sur fond de rituel soufi de l’ordre Mevlevi. Représentant de cette tradition au sein de la Table ronde des religions, institution biennoise qui regroupe toutes les confessions de la cité, Tuncay Kaptan évoque son itinéraire de vie. Portrait.

«La tolérance, la souplesse, l’amour qu’irradiait le soufisme m’ont d’emblée séduit». C’est avec une voix sereine que Tuncay Kaptan, 37 ans, décrit son adhésion au courant mystique de l’islam, advenue en 2002. Loin de se perdre en sabir théologique, ce Biennois né dans une famille musulmane peu pratiquante, «marquée par la Turquie laïque du XXe siècle», a les pieds sur terre: depuis deux ans, il est assistant social au Service pour la jeunesse de la Ville de Bienne, un poste qu’il occupe à 80%. Les 20% restants, il les consacre au Centre bernois de formation professionnelle, dans la capitale seelandaise également, où il épaule, en sa qualité de coach, les écoliers de 10e année en quête d’un apprentissage.

Un enfant terrible

A l’image de nombre d’adolescents en difficulté qu’il côtoie, Tuncay Kaptan a été un enfant terrible, selon ses propres termes. Il a connu un parcours tourmenté avant de trouver la quiétude dans les valeurs soufies: «Entre 14 et 21 ans, c’est la règle bien connue des cycles de 7 ans, j’ai goûté à une période de grandes libertés que je compare à un feu d’artifice. Puis, d’un coup, la spiritualité est devenue une nécessité. L’heure du questionnement et de la remise en question a sonné».

C’est en répondant à l’invitation d’une communauté soufie de Bienne que Tuncay Kaptan choisit de s’engager sur cette voie. «J’avais le sentiment d’être un Suisse qui se convertissait à l’islam», glisse-t-il en référence à la foi un peu superficielle et désincarnée qu’il avait connue dans une famille où cette religion se résumait souvent à des visites épisodiques à la mosquée.

«Le soufisme vise une relation privilégiée avec Dieu»

Le soufisme, tout le monde en a entendu parler, mais peu savent de quoi il en retourne. «Il s’agit en fait d’une méthode qui permet de mieux vivre l’islam en se détachant du monde matériel pour accueillir le Créateur dans son cœur. J’évoquerais une école de la sainteté dans la mesure où le soufisme vise une relation privilégiée avec Dieu», explique Tuncay Kaptan. Et de poursuivre: «L’adepte s’en remet à un guide, à une sorte de curateur éducatif, chez qui il va puiser des connaissances approfondies des lois spirituelles et mystiques islamiques».

Cette branche de l’islam implique également un travail sur soi-même, un travail d’humilité destiné à maîtriser l’ego, à reconnaître sa vulnérabilité, à cultiver patience et tolérance. Elle permet de mieux se connaître. Elle constitue, en l’espèce, une véritable richesse en milieu professionnel. «Cette part invisible de nous-mêmes que nous mettons au jour, cette sincérité dans notre intention, cette honnêteté par rapport à soi, cette implication que nourrit le soufisme se répercutent sur les activités professionnelles et déteignent, dans la foulée, sur nos interlocuteurs, qui en tirent profit. Si tu es bien avec toi-même, les autres le ressentent tout naturellement», argumente Tuncay Kaptan.

Le soufisme ne fournit pas des solutions ou des recettes sociétales clés en main

Evidemment, si elle permet d’alimenter la compréhension, la tolérance, l’empathie, dans les cas de crises d’adolescence notamment, si elle favorise une meilleure compréhension du monde, la foi soufie n’a pas vocation à fournir des solutions ou des recettes sociétales clés en main.

«Dans mon travail d’assistant social, il y a toujours le risque de se sentir envahi par les responsabilités, d’éprouver le sentiment d’être démuni face aux problèmes. A ce stade, je me dis que je ne peux pas tout changer, que je ne suis pas Dieu et qu’il faut, en conséquence, laisser une part au cours des choses», argumente le Biennois. Et le responsable, au sein de la Table ronde des religions de Bienne, des activités helvétiques du réseau social des soufis européens Shems (soleil en arabe et en persan) de citer un poème du maître des derviches tourneurs, Djalāl ad-Dīn Muḥammad Rūmī: «On verra ce que destinera le Créateur, ce qu’il destinera sera la bonne chose». (apic/eudal/be)

8 novembre 2014 | 12:10
par webmaster@kath.ch
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