Des églises baroques menacées par un consortium pétrolier
Sicile: L’Italie se mobilise pour la cité de Noto, patrimoine mondial de l’Unesco
Valérie Bory, Apic
Milan, 14 juin 2007 (Apic) A Milan et à Rome, le quotidien La Repubblica a entrepris une campagne de sauvegarde d’un patrimoine mondial. L’un des chefs-d’oeuvre de l’architecture baroque sicilienne, avec ses églises et sa cathédrale, ses palais anciens, ses nombreux escaliers, est menacé par une société américaine d’hydrocarbures, qui a obtenu l’aval de la région pour forer.
«C’est comme si les Romains voyaient débarquer des engins de forage devant le Colisée, ou les Milanais devant le Dôme», s’insurge le quotidien italien La Repubblica, qui publie régulièrement des articles alarmant l’opinion, sous la houlette de l’écrivain Andrea Camilleri, qui a pris fait et cause pour la cité de Noto au sud de la Sicile, patrimoine de l’Unesco.
«Baroque jewel facing a new threat» (joyau du baroque devant une nouvelle menace), titrait le Times au début juin. Les journaux anglo-saxons comme le Guardian relaient le SOS.. La Repubblica du 14 juin fait le point de la situation. Sur le site internet du quotidien, on en est presque à 70’000 signatures pour «sauver le val de Noto des perforatrices», comme s’intitule l’appel de l’écrivain Andrea Camilleri.
Le consortium Panther Eureka cherche du pétrole sous le baroque
A peine croyable: une société pétrolière texane a débarqué parmi les palais, la piazza, les églises de la fin du XVIIè siècle pour chercher des hydrocarbures. Cette entreprise porte le nom de Panther Eureka. Encore plus fort, les édiles régionaux ont donné tous les permis pour autoriser les prospections nécessaires à la recherche d’hydrocarbures dans le sous-sol. En cas de gisement, une concession serait déjà prévue pour faire fructifier l’or noir. Et pendant ce temps, les nécessaires restaurations de ces beautés architecturales traînent, traînent, tandis que la mise en valeur agricole et architectonique reçoit 400 millions d’euros mis à disposition par l’Union Européenne.
Manoeuvres politiques souterraines, recours et contre-recours.
L’entreprise texane a reçu en 2003 du gouverneur Cuffaro l’autorisation de commencer les travaux. Depuis, un «ballet typiquement italien», constate La Repubblica du 12 juin a commencé, entre les recours, les rejets, les suspensions temporaires, les votes secrets, les vices de forme, et des manoeuvres politiques souterraines.
L’appel de La Repubblica se réclame de «la dignité des Italiens» pour «révoquer de manière irréversible cette concession contestée». «Faisons en sorte qu’il soit à jamais impossible que dans le futur, une initiative puisse faire violence, détruire, où que ce soit en Italie, nos petits et splendides paradis! Ils sont inaliénables». Suit un formulaire de signature sur internet (www.republica.it). VB
Encadré
Un tremblement de terre à l’origine du renouveau du baroque sicilien
En 1693, un tremblement de terre, dont les effets furent aggravés par l’entassement des maisons et des rues, avait conduit à un écroulement quasi général de Noto. Le baroque sicilien allait naître de ce puissant tremblement de terre, puisque une bonne partie de la ville fut reconstruite. A la suite du tremblement qui ravagea le sud-est de l’île, les villes de Caltagirone, Catane, Modica, Noto, Palazzolo Acréide, Ragusa et Scicli furent aussi reconstruites. En plus exhubérant. Car avant ce séisme, le genre baroque sur l’île relevait plutôt d’un style hybride fait pour beaucoup de l’héritage culturel local. Le séisme donna l’occasion aux jeunes architectes siciliens, dont beaucoup avaient été formés à Rome, de reconstruire selon le baroque le plus sophistiqué qui était alors à la mode en Italie continentale. Leurs ouvrages, remplis d’innovations stylistiques, inspirèrent d’autres artistes et ce fut l’origine d’un courant architectural qui caractérisa la Sicile.
Dès 1730, les nouvelles constructions en Sicile étaient entièrement supervisées par ces architectes natifs de la région et parfaitement rompus à l’art baroque. Le baroque sicilien tomba en désuétude à partir des années 1780, pour céder la place au néoclassicisme
Le nouveau site, à 10 km de l’ancienne Noto, plus plane que le précédent, a permis l’application d’un plan géométrique. Les rues principales vont d’est en ouest en tenant compte de l’inclinaison du soleil. Cet exemple de planification urbaine est attribué à un aristocrate sicilien Giovanni Battista Landolina. Il aurait dressé lui-même les plans de la nouvelle Noto avec l’aide de trois architectes, dont Roberto Gagliardi. L’UNESCO a classé la ville et ses bâtiments baroques au patrimoine mondial de l’humanité en 2002. (apic/repubblica/vb)



