Manque de moyens et de contrôle dénoncés

Sida en Guinée: Situation alarmante

Conakry, 5 août 2004 (Apic) Une équipe de chercheurs américains, de passage en Guinée pour étudier certaines maladies tropicales, a expliqué qu’environ un tiers des patients en phase terminale à l’hôpital étaient atteints par le Vih/sida. La nouvelle est rapportée par l’agence onusienne ’Irin’ dans son édition 2 août 2004.

L’un des scientifiques, sous couvert d’anonymat, a déploré la situation dramatique du pays en précisant que rien n’est fait pour aider les malades à supporter leur situation ou pour éviter qu’ils infectent leur entourage, rapporte l’agence africaine DIA.

La Guinée a accueilli des vagues de réfugiés et d’anciens migrants depuis 1990. Ces derniers ont fui les guerres civiles qui ont ravagé la Sierra Leone, le Liberia et la Côte d’Ivoire. Certains Guinéens accusent aujourd’hui les réfugiés d’avoir apporté le sida dans leur pays. «C’est la faute des réfugiés, le sida est venu avec eux», s’est exclamé un travailleur qui sert dans un petit restaurant de Nzérékoré. Il estime «que le sida reste l’affaire de réfugiés».

Les représentants du gouvernement soulignent pour leur part que la pauvreté a contraint beaucoup de femmes et de jeunes filles à recourir à la prostitution. En outre, les viols et les violences contre les femmes sont courants dans les camps. Selon des employés des agences des Nations Unies, 7% des femmes vivant dans les camps de réfugiés auraient été violées l’année dernière.

Les travailleurs humanitaires, comme le personnel médical, confirment que la maladie se propage sans contrôle dans le Sud-est du pays, où un afflux massif de réfugiés et des mouvements incessants de population ont compliqué la situation.

Le docteur Aissatou Dieng, collaborateur de l’agence de coopération technique allemande Gtz, s’étonne de la quantité de demandes qui submerge le centre de dépistage et de prise en charge de Mamou, ouvert en 2002.

Ce centre lancé par la Gtz a pour objectif de traiter une cinquantaine de personnes. Le docteur Dieng avoue que lui et son équipe sont au début de la lutte contre le virus. Ce projet risque de prendre fin à cause des problèmes de financement.

Absence de structures

La région forestière abrite le seul hôpital de Guékédou, ainsi que l’un des rares centres de dépistage de ce pays de 8,5 millions d’habitants. Le centre a été ouvert par Médecins sans frontière en septembre 2003.

Selon la première enquête nationale de séroprévalence conduite en 2002 par les autorités guinéennes à partir d’un échantillon de 8’900 personnes, 2,8% de la population a été infectée par le virus. Ce taux grimpe déjà à 7% dans les grandes villes de la Guinée forestière. Mais à en croire des sources hospitalières et gouvernementales, le taux pourrait en réalité être deux fois plus élevé compte tenu de l’absence de structures de dépistage, de prise en charge et de la faiblesse des campagnes de prévention auprès d’une population jeune et mobile. (apic/dia/pr)

5 août 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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