Ils invitent l’Occident à ne pas imposer sa façon de voir
Sida et préservatif: Des prélats africains saluent les propos de Benoît XVI
De notre envoyé spécial au Cameroun, Antoine-Marie Izoard, I.Media
Yaoundé, 18 mars 2009 (Apic) Plusieurs prélats africains ont salué les propos tenus par Benoît XVI dans l’avion qui le menait à Yaoundé, au Cameroun, le 17 mars, sur le fait que la distribution de préservatifs aggraverait le problème du sida.
Interrogés par la chaîne catholique française KTO et I.Media le 18 mars dans la capitale camerounaise, ces évêques ont aussi invité les Occidentaux à ne pas imposer leur façon de voir les choses en la matière. Les déclarations du pape ont également soulevé une vaste réprobation dans le monde.
«Je demande aux Occidentaux de ne pas nous imposer leur unique et seule façon de voir», a ainsi martelé le cardinal sénégalais Théodore-Adrien Sarr. «Dans des pays comme les nôtres, a alors expliqué l’archevêque de Dakar, l’abstinence et la fidélité sont des valeurs qui sont encore vécues et, avec leur promotion, nous contribuons à la prévention contre le sida».
«Nous ne pouvons pas promouvoir l’utilisation du préservatif, a encore souligné le cardinal sénégalais, mais prêcher les valeurs morales qui, pour nous, demeurent valables, afin d’aider nos populations à se prémunir du sida: l’abstinence et la fidélité». Ces valeurs, a enfin expliqué le cardinal Sarr, sont «des réalités» pour les Africains et «il ne faut vraiment pas nous dire que nous n’avons pas à prêcher ces valeurs».
Dans le même sens, Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Gitega au Burundi, a dénoncé «le glissement de pensée» de l’Occident, et son «hédonisme sexuel devenu comme un chemin incontournable». «Ce n’est pas le préservatif, a-t-il soutenu, qui va diminuer le nombre d’infections du sida, mais certainement une discipline que chacun doit s’imposer pour pouvoir changer d’attitude, une attitude qui va l’aider à échapper à un hédonisme qu’il ne peut plus contrôler».
«Pour moi, la façon la plus sûre (de lutter contre le sida, ndlr), c’est ma volonté», a encore expliqué Mgr Simon Ntamwana. «Vous démissionnez de votre volonté, de l’engagement de l’effort, et je ne sais pas vers où vous allez», a enfin prévenu l’évêque burundais à l’intention des Occidentaux.
Le préservatif «aggrave le problème car il donne une fausse sécurité, une sécurité qui n’en est pas toujours une», a expliqué pour sa part Mgr Laurent Monsengwo Pasinya en reprenant les propos de Benoît XVI dans l’avion qui le menait au Cameroun. Ainsi, pour l’archevêque de Kinshasa (République démocratique du Congo), «le préservatif n’est pas le moyen le plus sûr car il peut être de mauvaise qualité». Apic
Encadré
Le porte-parole du Saint-Siège précise les propos du pape
Rencontrant la presse à Yaoundé le 18 mars en milieu de journée, le père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a souhaité apporter des précisions au lendemain des propos tenus par Benoît XVI sur le rôle du préservatif dans la lutte contre le Sida. Il a ainsi expliqué que l’Eglise estimait que «développer une idéologie de confiance dans le préservatif» n’était pas «une position correcte» car elle ne mettait pas l’accent sur «le sens des responsabilités». «Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l’Eglise catholique envers le problème du sida», a encore précisé le père Lombardi à la presse. Apic
Encadré
Le Saint-Siège publie une version «allégée» des propos de Benoît XVI
Le Bureau de presse du Saint-Siège a publié le 18 mars l’ensemble des réponses du pape aux journalistes lors de la conférence de presse organisée la veille dans l’avion qui le menait de Rome à Yaoundé. Dans cette version officielle, quelques mots ont été ajoutés aux propos de Benoît XVI sur la lutte contre le sida.
Voici un passage de la version officielle comparé par I.Media avec, entre parenthèses, l’intervention réelle du pape et, en gras, les mots rajoutés : «Je dirai que l’on ne peut pas dépasser ce problème du sida avec seulement des slogans publicitaires (de l’argent, qui est nécessaire), mais s’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut pas dépasser le fléau avec la distribution de préservatifs. Au contraire, ils risquent d’augmenter (ils augmentent) le problème».
Déjà, en mai 2007, L’Osservatore Romano et le Bureau de presse du Saint-Siège avaient publié un texte corrigé de l’intervention de Benoît XVI dans l’avion qui le menait au Brésil. Les corrections essentielles portaient alors sur trois points délicats : le processus de béatification de Mgr Romero, la théologie de la libération et la question de l’avortement au Mexique. (apic/imedia/ami/pr)



