Les catholiques constituent 6,7% de la population singapourienne | photo: église catholique St-Alphonse de Singapour © Flickr/Choo Yut Shing/CC BY-NC-SA 2.0
International

Singapour, un carrefour asiatique pour l'Église catholique

Du 11 au 13 septembre 2024, le pape François se rendra à Singapour, dernière étape de son périple en Asie et en Océanie. Dans cette ville d’échanges, charnière essentielle du sud-est asiatique, le pontife pourra souligner l’importance de ses racines missionnaires – mais aussi chinoises – et de son «harmonie» dans le domaine interreligieux.

En 2020, le pape François avait renoncé à un projet de voyage en Asie du Sud-Est et en Océanie en raison de la pandémie de Covid-19. À l’époque, un seul des quatre pays que visitera le pontife en septembre n’était pas cité: Singapour. S’il est possible que cette étape ait déjà été envisagée par Rome – la Cité-État avait fait parvenir une invitation officielle au pontife peu de temps auparavant – il n’en reste pas moins qu’elle se distingue des trois autres.

Contrairement à ces pays – l’Indonésie, la Papouasie Nouvelle-Guinée, le Timor oriental – Singapour est un des États les plus riches du monde (8e PIB/habitant le plus élevé selon le FMI en 2021). Celle qu’on surnomme aussi la «Suisse asiatique», en raison de sa neutralité, est un État principalement urbain, avec une économie fondée sur la finance et pauvre de toute matière première. Enfin, Singapour représente, pour la région, une petite communauté catholique, avec moins de 400’000 fidèles, contre plus de deux millions en Papouasie Nouvelle-Guinée, plus d’un million au Timor oriental et près de huit millions en Indonésie.

Un carrefour stratégique

Pour autant, l’escale singapourienne du pape n’est en rien secondaire dans ce voyage, le Saint-Siège connaissant l’importance de cette puissante enclave en Asie. Au XIXe siècle, Singapour s’est imposée comme la nouvelle place forte stratégique pour l’Église catholique dans le détroit de Malacca – tenu pendant tout le XVIIIe siècle par les protestants hollandais – entre les bastions catholiques de Goa (Inde) et de Macao (Chine).

Les Missions étrangères de Paris, en la personne du Père Jean-Marie Beurel (1813-1872), ont les premiers compris l’importance pour l’Église de cette île située entre le détroit de Malacca et la mer de Chine orientale, achetée par les Britanniques en 1819. De nombreux catholiques chinois, tamouls et européens vont s’installer et participer à la croissance et à la prospérité de cette ville dont ils constituent aujourd’hui 6,7% de la population.

Les catholiques engagés dans les soins et l’éducation

Baptisée à sa naissance par un prêtre des Missions étrangères de Paris, Sylvia Kooh, aujourd’hui 71 ans, souligne combien les missionnaires ont joué un rôle déterminant pour sa ville, notamment les Maristes, les Lasalliens ou les Picpuciens. «Ils n’ont pas seulement bâti des églises, mais aussi des écoles, des hôpitaux», explique celle qui est depuis sept ans guide bénévole dans la cathédrale du Bon Pasteur à Singapour. «De nombreux fonctionnaires et autorités du gouvernement sont issus de ces écoles missionnaires et sont redevables de l’éducation qu’ils ont reçue», abonde pour sa part un responsable d’un ordre religieux à Singapour.

Aujourd’hui, les catholiques singapouriens sont souvent engagés dans des services missionnaires, notamment dans les pays voisins plus pauvres d’Asie du Sud-Est, affirme Sylvia Kooh. Ces liens des catholiques avec leurs voisins sont aussi vécus à l’intérieur de Singapour, où résident aujourd’hui plus d’un million de travailleurs détachés venant principalement d’Inde, du Bangladesh, d’Indonésie et des Philippines, auxquels les organisations caritatives catholiques apportent une aide précieuse.

Une importante identité chinoise

En se rendant à Singapour, le pontife a aussi choisi de visiter une des plus grandes communautés de la diaspora chinoise. Près de 75% de la population du pays est d’origine chinoise, fruit d’une importante vague de migration dans la première moitié du XXe siècle. Le chinois – dans sa variante de Singapour – est d’ailleurs une des quatre langues officielles du pays, et il est possible d’assister à la messe en mandarin et en cantonais dans de nombreuses paroisses.

«Nos racines chinoises sont très éloignées, et ceux qui vivent ici n’ont aucun lien avec la Chine», nuance cependant un responsable d’un des nombreux ordres religieux présents à Singapour. Il assure notamment que les échanges des catholiques singapouriens avec l’Église catholique en Chine sont «limités», même si une délégation de Hong Kong est attendue à Singapour lors de la venue de François. «Je ne pense pas qu’il mentionnera la Chine à Singapour», assure encore le religieux.

Un terrain neutre idéal

Il n’en reste pas moins que ce terreau de culture chinoise peut jouer un rôle important pour l’Église catholique, comme l’illustre le cas du Père Emmanuel Lim, un jésuite de Singapour. Surnommé le «Panda» par ses proches, il a longtemps travaillé pour Zhonglian – un réseau catholique de langue chinoise – avant de prendre la tête de la section mandarin de Radio Vatican en 2007. Et depuis 2019, cet expert discret de l’Église en Chine œuvre au sein de la section diplomatique de la Secrétairerie d’État, rouage essentiel du rapprochement avec Pékin.

Bien qu’orientale, Singapour a aussi des racines occidentales importantes, ce qui en fait un terrain neutre idéal pour favoriser les rencontres avec le monde chinois. Pour le Saint-Siège, cela s’exprime principalement dans le domaine interreligieux, comme ce fut le cas lors d’une rencontre avec les représentants du taoïsme en 2018.

Singapour, modèle harmonieux

La spécificité de Singapour est son paysage religieux particulièrement atypique: 31% de ses citoyens sont bouddhistes, 20% athées ou agnostiques, 19% chrétiens (6,7% catholiques), 16% musulmans, 9% taoïstes et 5% hindous (recensement de 2020). Cette grande diversité religieuse se distingue aussi par le «niveau élevé de tolérance religieuse», assure un prêtre singapourien.

La raison de cette cohabitation pacifique des différentes croyances orientales et occidentales vient principalement de l’action du gouvernement de Singapour, qui a mis en place une politique très stricte. Elle combat tout extrémisme religieux, notamment en interdisant de «parler mal d’autres religions», souligne le prêtre. Les catholiques, se réjouit Sylvia Kooh, sont «très actifs» dans le domaine interreligieux, se trouvant souvent à l’initiative de rencontres entre responsables.

Cette harmonie se fait au prix d’un «contrôle» strict des églises par le gouvernement, notamment en ce qui concerne la venue de représentants religieux de l’étranger. Cependant, elle permet un cadre de cohabitation apaisée, et devrait être mise en valeur par le pape François, promoteur de la fraternité entre les religions. Le pontife, qui avait particulièrement salué le concept d’harmonie lors de ses deux précédents voyages en Asie – en Mongolie et au Kazakhstan – a récemment confessé préférer cette notion typiquement asiatique à celle plus occidentale d’unité. (cath.ch/imedia/cd/rz)

Les catholiques constituent 6,7% de la population singapourienne | photo: église catholique St-Alphonse de Singapour © Flickr/Choo Yut Shing/CC BY-NC-SA 2.0
26 août 2024 | 10:21
par I.MEDIA
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