Il décidera aussitôt également les mesures canoniques nécessaires

Sion: Abus sexuels commis par des prêtres, Mgr Brunner appelle à saisir la justice civile

Sion, 10 février 2008 (Apic) L’évêque de Sion estime que les victimes d’abus sexuels commis par des prêtres doivent saisir la justice civile. Dans une interview publiée samedi 9 février par le quotidien valaisan «Le Nouvelliste», Mgr Norbert Brunner réagit au témoignage d’un père de famille de 35 ans, qui a été victime d’attouchements sexuels de la part d’un prêtre valaisan lorsqu’il avait 12 ans. Ce prêtre n’est plus en fonctions.

L’évêque de Sion a eu connaissance de ce cas dix ans après les faits, le 21 avril 1996, lorsque la victime lui a envoyé une lettre décrivant ce qui lui était arrivé. Mgr Brunner était évêque depuis moins d’un an et à l’époque, il ne disposait pas des mêmes structures qu’aujourd’hui, notamment du groupe d’experts suisse et des groupes d’experts que le diocèse a mis sur pied pour les deux régions linguistiques.

«En règle générale, si une victime d’abus sexuels – en cas de pédophilie, les parents – devait s’adresser à moi aujourd’hui, je l’inviterais expressément à s’adresser au juge civil. Je veillerais également, après m’être forgé une certitude morale sur l’authenticité des faits, à prendre immédiatement les mesures canoniques nécessaires envers l’abuseur qu’il soit prêtre, diacre ou agent pastoral laïc», déclare Mgr Brunner au quotidien valaisan.

La victime en question a été abusée lors d’un week-end avec sa patrouille scout. Il qualifie ce qu’il a vécu d’»affreux moment, le pire de ma vie» et cela l’a marqué durablement. Au «Nouvelliste», Mgr Brunner affirme que depuis qu’il est évêque, c’est la seule affaire qui ait été portée à sa connaissance. «L’annonce de ce cas douloureux et grave m’est parvenue quelques mois seulement après le début de mon ministère épiscopal. J’ai fait savoir tout de suite par écrit à la victime que j’étais déterminé à faire toute la clarté sur cette affaire. J’ai d’ailleurs eu une rencontre avec le prêtre en question. Lors de celle-ci, je suis arrivé à la conclusion qu’une rencontre avec la victime était nécessaire pour examiner les faits de manière plus approfondie, pour l’inviter éventuellement à aviser le juge civil et pour envisager les conséquences canoniques que cela pouvait impliquer pour le prêtre», poursuit Mgr Brunner.

La victime a refusé de rencontrer l’évêque, elle n’était pas prête psychologiquement

A l’époque l’évêque de Sion avait proposé une rencontre avec la victime qui résidait alors aux Etats-Unis. La victime déclare qu’à l’époque, il ne ressentait pas le besoin d’alerter la justice ou les médias. «Je croyais simplement que ma lettre suffirait à faire bouger l’Eglise». Mais il prend tout de même contact avec un prêtre en charge d’une paroisse dans le Valais romand «pour qu’il parle à l’évêché vu que j’étais aux Etats-Unis». Ce prêtre prend contact avec l’abuseur qui a semblé vouloir assumer ce qui est arrivé.

Après avoir rencontré le prêtre en question, Mgr Brunner écrit une deuxième fois à la victime, soulignant que «le résultat de notre discussion me confirme dans la conviction que seule une rencontre personnelle avec vous peut me donner la possibilité de poursuivre le dialogue avec notre confrère afin de vous soutenir efficacement dans votre désir profond de retrouver la paix intérieure et une vie de chrétien dans la sérénité et la joie». Il lui a proposé de le rencontrer dès son retour des Etats-Unis, et il a réitéré sa demande en novembre 1996.

Aujourd’hui, la victime explique pourquoi il n’a pas pu, en 1996, rencontrer l’évêque: il n’était pas prêt psychologiquement. «Je ne prenais pas cette invitation comme une rencontre, mais comme une confrontation (.) il me manquait de la force pour le faire. J’avais également encore trop de haine en moi». Il avait alors décidé d’arrêter ses démarches.

«Lorsque je vois le temps qu’il m’a fallu pour oser entreprendre une démarche à ce sujet, je ne comprends pas la prescription de quinze ans de la justice pour ce genre de cas.» (apic/nv/be)

10 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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