Sion: prière pour les victimes de Crans-Montana, entre silence et lumière
Un peu plus d’une heure a permis aux catholiques et protestants réunis à la cathédrale de Sion de se recueillir à la mémoire des victimes de Crans-Montana ce 1er février 2026. Un instant hors du temps marqué par le silence et la lumière.
Rarement la cathédrale de Sion avait connu pareil silence. Profond. A tel point qu’on entendit le moindre mouvement des fidèles sur les bancs. Il parut bien plus long que les cinq minutes qu’il dura en réalité, sans doute accentué par la pénombre dans laquelle était plongée la cathédrale.
Un peu plus tôt, l’abbé Pablo Pico, le curé de la paroisse de Lens, a partagé quelques impressions sur les quatre jours qu’il a passés à la cellule de crise ouverte au centre des congrès de Crans-Montana. Lu sobrement, son témoignage d’accompagnant spirituel auprès des proches des victimes a saisi les centaines de personnes présentes. Spontanément, un recueillement a suivi la description des moments dramatiques de l’attente, de la douleur des proches et «de ce long vendredi saint sans la lumière de Pâques» que le prêtre a confié à cath.ch il y a quelques semaines.
Une pause dans le déroulé de cette célébration œcuménique organisée un mois, jour pour jour, après l’incendie du bar «Le Constellation» qui a fait sa 41ème victime ce 1er février.

Aux dires des fidèles restés partager un vin chaud au pied de la cathédrale après la célébration, ces deux moments ont marqué ce temps de prière œcuménique. Ils ont voulu par leur présence incarner «cette solidarité» et «être ensemble dans la prière» qu’avait évoqué Mgr Jean-Marie Lovey au moment du drame.
«Vous savez, dans notre Valais, on a les ressources de la foi», lance Odette, émue. Hélène a demandé l’esprit de consolation pour les familles des victimes: «Ils avaient l’âge de mes petits enfants!» «On se sent si démuni dans de telles circonstances, qu’on ne peut que partager la douleur dans la prière, confie Anne, navrée. «Et puis il y a eu ce silence assourdissant!»
Tous unis dans la prière
«Et de le vivre avec les protestants était un plus. Nous étions ainsi tous unis dans la prière». Accompagné de Mgr Josef Stubi, évêque auxiliaire de Bâle, et de l’abbé de Saint-Maurice, Alexandre Ineichen, Jean-Marie Lovey a accueilli dans le chœur de la cathédrale Sara Schulthess, pasteure de la paroisse protestante de Sion, et Gilles Cavin, président du synode de l’Eglise évangélique réformée de Suisse ainsi que le président du Conseil synodal Stephan Kronbichler.
Ouvrant la célébration, Mgr Lovey a lu un message du pape Léon XIV spécialement adressé aux fidèles et, au-delà, aux proches des victimes décédées et blessées.

«(…) Comme il en va souvent pour les défunts, après un ensevelissement, la communauté se retrouve, parfois 7 jours parfois 30 jours plus tard», a indiqué Mgr Lovey en ouvrant la célébration. «Tout cela veut manifester à la fois le besoin que nous ressentons tous de vérifier que nous ne sommes pas seuls face au deuil, à la souffrance et la consolation d’expérimenter qu’on peut compter les uns sur les autres dans ces situations si éprouvantes.»
«Au nom de l’Eglise évangélique réformée (EREV), je souhaite également vous saluer, tout en exprimant ma gratitude de pouvoir vivre ce moment en commun, dans la prière, dans les larmes, dans l’espoir», a répondu en écho Sara Schulthess qui s’est également exprimée en Allemand.
Un acte d’espérance, de foi et de charité
A travers la présence des fidèles des deux Eglises, Mgr Lovey a exprimé un acte de fois, car «Dieu nous convie et c’est vers lui que nous nous tournons», un acte d’espérance: «Notre regard s’efforce de se porter au-delà de la ruine de l’incendie , plus loin que ce premier jour de l’an. Notre regard veut scruter par-delà les nuées, une présence aimante, réconfortante bien que voilée par tant de nuages.» L’évêque de Sion a évoqué également un acte de charité: la présence de l’assemblée «pour celles et ceux qui ne peuvent pas être là, éloignés géographiquement ou dans l’impossibilité de partager une telle démarche».
«Parents, familles, amis des défunts ou des blessés, nous sommes là avec vous, pour vous; vous êtes présents dans cette cathédrale et nous vous remercions», a assuré Mgr Lovey.
«Cela signifie beaucoup que nous puissions aujourd’hui prier, pleurer et espérer ensemble. Oui, dans la tristesse comme dans l’espérance du Christ, nous sommes confrères et consœurs», a souligné pour sa part Sara Schulthess en allemand.
La célébration s’est ouverte par un geste symbolique des célébrants présents dans le chœur de la cathédrale: chacun est venu allumer un lumignon et l’a déposé au pied de l’autel. Ces petites lumières ont été l’autre symbole marquant de cette célébration.
Une constellation de lumignons
A l’issue de ce temps de prière, le drap orange déroulé sur les marches menant au chœur de la cathédrale était constellé de lumignons que les fidèles sont venus déposer avec attention pendant que le chœur de la cathédrale reprenait le «Christe lux mundi» de Taizé.

Côte à côte, Mgr Lovey et Sara Schulthess ont prononcé en alternance, la prière de bénédiction. Les chants «Christe lux mundi», «La ténèbre n’est pas ténèbre» et «Aber du weisst den Weg», ont accompagné les fidèles dans leur démarche vers l’autel. (cath.ch/bh)





