Conférence de Carême de Suzana Murara-Thorne
Sion: un autre regard sur l’Afrique (210294)
Sion, 21février(APIC) Voulant sortir des images de misère que le public
européen a trop souvent à l’esprit en pensant à l’Afrique, Suzana MuraraThorne, journaliste à «Regards africains», a évoqué samedi à Sion, dans le
cadre de la campagne de l’Action de Carême, l’inventivité et le bon sens de
la femme africaine, tout en apportant sa féminité et sa douceur. Elle a
tenté de répondre aussi à la question lancée par le titre de sa conférence:
«L’Africaine, une femme soumise, exploitée, qui n’a pas droit au chapitre?».
Invitée par le centre missionnaire des paroisses de Sion, Suzana MuraraThorne a commencé par jeter un regard sur l’Afrique traditionnelle, une société structurée par la famille et dans laquelle l’enfant appartenait au
clan. La femme était d’abord mère, puis sa sagesse – née de l’expérience lui donnait le droit à la parole.
La colonisation a apporté un ordre nouveau, modifiant les rapports humains, a estimé la conférencière: l’homme est sorti de la cellule familiale
pour répondre au colon en échange d’un salaire; dès lors, cultivé et possédant de l’argent, il a considéré sa femme comme sa propriété. Il s’est comporté en patron à l’image du colonisateur. L’argent, venu avec la colonisation, a destructuré la famille traditionnelle. La femme pourtant a gardé ,
plus que l’homme, sa spécificité: gardienne des traditions, elle a exercé
une quantité de petits métiers, les «métiers de la débrouillardise» à la
ville comme à la campagne.
Agir sans reproduire le modèle colonial
«Face à l’écroulement de l’ordre colonial, les femmes vont-elles faire
comme les hommes? Ont-elles quelque chose de neuf à apporter?», s’est interrogée Suzana Murara-Thorne. Sans nier leur féminité et leur douceur, elles sont pourtant une force que l’homme doit reconnaître. C’est grâce aux
femmes que la société africaine reviendra aux intérêts de groupe, au partage, à la famille, aux valeurs traditionnelles et au sacré. La femme africaine doit prendre la parole mais sans reproduire le modèle colonial. En
luttant aussi contre les préjugés sur l’Afrique et démonter les mécanismes
qui les soutiennent», a conclu la conférencière.
Née au Rwanda, Suzana Murara-Thorne a grandi au Burundi. Epouse et mère,
elle est titulaire d’un diplôme d’études supérieures en relations internationales de l’Université de Paris. Elle est aujourd’hui journaliste à «Regards africains», édité à Paris. (apic/id/ba)



