Une région marquée par près de 60% de chômage
Slovaquie : 100’000 fidèles accueillent le pape dans une prairie surplombant Roznava
Roznava, 14 septembre 2003 (Apic) Plus de 100’000 personnes ont accueilli Jean Paul II à Roznava, le 13 septembre. Au troisième jour de sa visite pontificale en Slovaquie, le pape a encouragé les habitants de cette région du sud-est du pays marquée par près de 60% de chômage à se reprendre en main.
La prairie de Pidrakos, en forme d’amphithéâtre, était recouverte d’une population visiblement pauvre. De nombreux Slovaques, mais aussi des voisins Polonais, ainsi qu’un grand nombre de Hongrois 500’000 d’entre eux vivent en Slovaquie -, se sont déplacés tôt dans la matinée pour participer à la messe qui devait être célébrée en fin de matinée par le souverain pontife.
Arrivé en papamobile depuis l’aéroport de Kosice, à près de 400 kilomètres à l’est de Bratislava, Jean Paul II a parcouru la cinquantaine de kilomètres le séparant de Roznava en papamobile. Dans chaque village traversé, il semblait que toute la population était descendue dans la rue pour le saluer à son passage. Ils ont ensuite pu suivre chez eux la cérémonie retransmise en direct sur plusieurs chaînes nationales.
Conscient du sentiment d’abandon de la part du reste du pays – que ressent la population locale depuis une dizaine d’années, le chef de l’Eglise catholique les a encouragés à aller au-delà des difficultés sociales et économiques. Même si Roznava a longtemps été considérée comme la capitale économique de la Slovaquie, exportant ses nombreuses richesses minières fer, mercure, argent et or depuis le Moyen Age aux pays d’Europe de l’est, aujourd’hui, cette exploitation a été abandonnée, laissant 60% de la population active au chômage. Entre Kosice et Roznava, il n’est plus rare de voir des usines délabrées ou rachetées par des compagnies privées.
Une région abandonnée par le reste du pays
«Nous nous sentons abandonnés par le reste du pays», a affirmé à l’Apic un prêtre du diocèse. «Nous sommes confrontés à de grandes difficultés, liées principalement aux conséquences du chômage, comme par exemple l’abus d’alcool qui devient vraiment dramatique». Pour lui, cette région souffre en outre non seulement socialement, mais aussi spirituellement. «J’espère que la visite du pape encouragera les habitants de la région à prendre leurs responsabilités dans son développement».
Dans son homélie, Jean Paul II a encouragé les agriculteurs, qui composent la majorité de la population. En survolant la région, «j’ai pu admirer les vastes étendues cultivées, témoin de votre travail et de votre fatigue», a-t-il lancé. Il en a profité pour appeler les fidèles à faire «fructifier» leur foi. Toutefois, a-t-il souligné, «le fruit ne dépend pas uniquement de la semence, mais aussi des diverses situations du terrain, c’est-à-dire de chacun de nous». «Les efforts humains sont inutiles quand ils ne sont pas bénis par Dieu», a-t-il conclu en reprenant un proverbe slovaque.
Un pays marqué par le débat sur l’avortement
Au cours de la messe, au moment de la présentation des offrandes, deux petites filles jumelles de 5 ans ont été portées au pape pour l’embrasser. Siamoises à la naissance, elles ont été séparées il y a deux ans. Leur présence n’est pas passée inaperçue aux yeux des journalistes slovaques, alors que le débat sur l’avortement travaille actuellement toute la classe politique et oppose au sein de la coalition gouvernementale formée des libéraux et chrétiens-démocrates. Le projet de loi vise à permettre les femmes attendant un enfant mal formé de pouvoir avorter avant 6 mois.
Le souverain pontife a présidé et célébré toute la messe, lisant toutes les prières d’une voix plus audibles que les jours précédents. Toutefois, comme il en a désormais pris l’habitude au cours de ce voyage, il n’a lu que les premier et dernier paragraphes de son discours, laissant le cardinal Jozef Tomko lire le reste.
A l’issue de la cérémonie, Jean Paul II s’est rendu à l’évêché de Roznava pour y déjeuner avec les évêques slovaques. Il devait quitter la région en fin d’après-midi, après plusieurs heures de repos, pour rejoindre Bratislava. C’est là qu’il célébrera la messe de béatification de deux martyrs slovaques, le 14 septembre, dernier jour de son 102e voyage international.
Le temps de la passion et de la croix
Dans la matinée du 13 septembre, les journaux slovaques traitaient principalement de la question de la santé du pape. «Jean Paul II trouve suffisamment de force pour visiter la Slovaquie», titrait un quotidien national, décrivant la satisfaction des Slovaques de voir le pape reprendre des forces. Un autre journal, dans un entrefilet, comparait les souffrances du pape aux souffrances du Christ sur la Croix. «Comme Jésus, il a parcouru le monde et enseigné aux nations au début de son ministère. Aujourd’hui, le temps de la passion et de la Croix est arrivé». (apic/imedia/bb)




