Vent de protestations dans le pays

Slovénie: Restitution des terres à l’Eglise catholique

Ljubljana, 11 octobre 2001 (APIC) Le projet de redonner certaines parties du seul parc national de Slovénie à l’Eglise catholique romaine a soulevé les protestations de partis politiques qui affirment que ces terres doivent rester dans le domaine public. Le Parti nationaliste de l’opposition, tout comme la Liste unie des sociaux-démocrates, membre du gouvernement de coalition slovène, ont critiqué la décision de restituer à l’Eglise la Forêt de Pokljuka, qui couvre plus de 200 kilomètres carrés du Parc national de Triglav.

Un demi-siècle après que ces terres eurent été confisquées, le ministre de l’Agriculture slovène, Franci But, a décrété que l’Eglise avait le droit de les reprendre. Il était alors soutenu par le Premier ministre, Janez Drnovsek, qui a déclaré que cette décision était valide sur le plan constitutionnel.

Plusieurs représentants de l’Etat et une large partie de l’opinion publique se sont depuis mobilisés contre cette décision. Les premiers ont fait remarquer que le décret du ministre de l’Agriculture enfreignait la loi sur la protection de la nature, et ils ont demandé au Tribunal administratif de prendre une décision à ce sujet d’ici le début de l’année 2002.

Un sondage effectué par le quotidien slovène «Delo» a révélé que 62 % des citoyens s’opposaient également à la restitution. Un autre journal, «Dnevnik», est allé même jusqu’à accuser le gouvernement d’avoir «conclu un marché avec le Vatican». Le responsable de la Conférence épiscopale slovène, l’archevêque Franc Rodé, a défendu la restitution des terres, en soulignant que le parc national serait ouvert au public. Il a aussi précisé que cette mesure était nécessaire pour donner à l’Eglise «une ressource financière stable».

«A ce jour, nous n’avons pu compter que sur les donations des fidèles, aussi ce serait notre première et notre seule ressource financière stable», a fait remarquer Mgr Rodé à l’agence œcuménique ENI. «L’argent obtenu, dit-il, sera utilisé à des fins éducatives et sociales, et permettra de conserver l’héritage culturel de la Slovénie, dont 80 % sont la propriété de l’Eglise».

La loi de 1991

La forêt de Pokljuka a été vendue par l’Eglise catholique romaine au 19e siècle pour couvrir des dettes de l’Eglise, puis elle a été restituée à l’Eglise par le Royaume de Yougoslavie en 1939, même si certains historiens se demandent si l’Eglise a reçu les titres de propriété.

Après la seconde guerre mondiale, la forêt a été confisquée à l’Eglise par le régime communiste yougoslave. L’archidiocèse catholique de Ljubljana a par la suite réclamé la restitution de la forêt conformément à la loi sur la dénationalisation de 1991. Mais les restitutions ont été reportées avec l’arrivée au pouvoir en 1992 du gouvernement de centre-gauche du premier ministre Janez Drnovsek. Dans une déclaration confirmant le droit de l’Eglise à reprendre ces terres, le Premier ministre Drnovsek a souligné que les autorités de l’Union européenne – que la Slovénie espère rejoindre en 2003 – avaient critiqué «les retards excessivement longs» apportés au traitement des cas de dénationalisation.

Critiques

L’Eglise catholique romaine comprend trois quarts des deux millions d’habitants de ce pays très montagneux. La Slovénie, qui était gouvernée par la Yougoslavie communiste, est devenue indépendante en 1991. Les dirigeants de Slovénie sont «simplement passés du communisme au libéralisme anticlérical», a fait remarquer Mgr Rodé, pour qui la «décision personnelle» du ministre de l’Agriculture de donner la forêt à l’Eglise n’indique pas un changement plus général dans l’attitude du gouvernement.

Les conflits portant sur la restitution de terres et autres biens de l’Eglise catholique saisis par les gouvernements communistes sont nombreux en Europe orientale, où la majorité des gouvernements résistent aux appels concernant la privatisation de biens publics. (apic/eni/pr)

11 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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