Fribourg: L’Association APAX soutient l’éducation aux valeurs de la paix au Rwanda

Sœur Marie Spéciose Donata témoigne de la situation rwandaise à l’assemblée annuelle

Fribourg, 27 novembre 2009 (Apic) Une cinquantaine de membres et sympathisants de l’Association APAX – qui soutient au Rwanda des actions visant à résoudre les conflits sur la base du dialogue et de la non violence – se sont retrouvés jeudi soir pour leur assemblée annuelle à l’Africanum (*), la maison des Missionnaires d’Afrique à Fribourg. Fait rare: quelques Hutus et Tutsis – toujours mutuellement hostiles dans la diaspora – étaient venus écouter le témoignage de la religieuse rwandaise Marie Spéciose Donata, directrice du Collège de Muramba, dans la campagne profonde du Rwanda.

«Malheureusement, les relations entre Hutus et Tutsis à l’extérieur du pays sont toujours plus tendues. A Fribourg, dans la rue, Hutus et Tutsis ne se parlent ni se saluent quand ils se croisent en ville», déplore Sœur Donata, qui est conseillère générale des religieuses Benebikira, la première congrégation fondée au Rwanda par Mgr Jean Joseph Hirth, missionnaire d’Afrique (»Père Blanc»). 18 d’entre elles ont trouvé la mort durant le génocide de 1994.

A Fribourg, dans la rue, Hutus et Tutsis ne se parlent ni se saluent

Des personnes de divers horizons, de la Coopération suisse au développement, des anciens coopérants et volontaires au Rwanda, des professionnels des milieux de la communication et de la mission étaient rassemblés jeudi à l’Africanum, ainsi que quelques Rwandais des deux ethnies principales. Tous étaient venus écouter et appuyer le programme de médiation de Sœur Donata. Ils ont visiblement apprécié son exposé montrant l’avancée de ce projet dont les racines plongent dans l’Institut de Psychologie de l’Université de Fribourg.

«Dans la diaspora, le fossé se creuse entre Hutus et Tutsis, au Rwanda, c’est plus facile!

«Dans la diaspora, le fossé se creuse entre les deux communautés très polarisées, les uns et les autres se rejetant des accusations sur le génocide ou sur l’assassinat du président Habyarimana…», confie la religieuse à l’Apic.

«Ce sont des intellectuels, qui s’affrontent avec les mots: «négationnistes, génocidaires»…, tandis qu’au Rwanda, c’est plus facile de se rassembler», argumente cette ancienne étudiante en psychologie de l’Université de Fribourg, qui a écrit un mémoire de licence intitulé «Entraînement à la médiation des conflits». De retour à Fribourg depuis juillet dernier, celle qui fut boursière de l’œuvre St-Justin s’attelle à écrire une thèse de doctorat, qu’elle devrait finir en janvier prochain, sur le «rôle de l’éducation à la paix dans le développement intégral de la personne».

Dans les écoles, changer petit à petit les mentalités

APAX, son association fondée en janvier 2001, a pour but de soutenir dans les écoles et dans les familles la médiation des conflits, une pratique à laquelle la religieuse rwandaise s’est initiée au cours d’un séjour de six mois aux Etats-Unis en 1999. Sur le terrain, au Rwanda, l’Association de Sœur Donata anime dans cet état d’esprit des communautés de base dans les paroisses de Janja, au nord, de Muramba, à l’ouest, de Kabgayi et de Kanyanza, dans le sud du pays. La religieuse organise également des sessions de «médiation mystique» pour apprendre la spiritualité de la paix, qui peuvent accueillir jusqu’à 150 personnes. Un des buts est de «réparer le tissu social brisé par la méfiance, la violence et la haine» par l’entraînement à la médiation des conflits, explique la religieuse, en proposant la non-violence et le dépassement des différences en se réunissant autour d’un projet d’intérêt commun.

Dans son collège de Muramba, confie la directrice, on a pour objectif de développer une vision universelle de l’homme, sans discrimination. Ce n’est pas tous les jours facile, car la situation économique difficile aiguise les contradictions: ainsi, les enfants rescapés du génocide disposent de soutiens matériels du gouvernement, ce que n’ont pas les enfants hutus ou les tutsis revenus de l’étranger. «Les enfants qui ne reçoivent rien leur disent: vous êtes choyés par l’Etat, ce n’est pas normal, nous, nous ne recevons rien!» Pour la religieuse, ce sont là bien plus des problèmes sociaux que des rivalités ethniques.

D’autres problèmes commencent également à se poser: depuis le début de cette année, la scolarisation en français a été stoppée, pour être remplacée par l’utilisation de l’anglais, devenue la langue d’enseignement, du primaire à l’Université! On s’aperçoit également que s’il y a un mélange des ethnies dans l’administration, par contre, dans les hautes sphères de l’armée, voire de la police, on ne trouve que des anciens du FPR, le Front patriotique rwandais du président Paul Kagamé. Cependant, souligne-t-elle, au niveau de l’enseignement, «je ne vois pas cette division, on travaille sur le terrain Hutus et Tutsis ensemble, ce n’est plus comme avant: on n’a plus l’appartenance ethnique inscrite sur la carte d’identité et les papiers officiels, et c’est là un progrès immense!» JB

(*) Rue de la Vignettaz 57 à Fribourg (apic/be)

27 novembre 2009 | 15:58
par webmaster@kath.ch
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