Le débat sur les réformes de l’Eglise envahit la place publique
Soleure: Cinq cents personnes ont réclamé l’abrogation du célibat obligatoire des prêtres
Soleure/Genève,
(APIC) Le débat sur l’obligation du célibat des prêtres et les conditions d’accès au sacerdoce est devenu public en Suisse. Il est même descendu dans la rue. Dimanche soir, 450 personnes sont venues manifester à Soleure leur appui au prêtre biennois Hans Erni, démis de son ministère en mai dernier pour avoir voulu fonder une famille. Les témoignage d’anciens prêtres mariés se multiplient dans la presse, et lundi soir, la première chaîne de la radio suisse romande a confronté dans l’émission «Forum» les positions de prêtres célibataires et mariés et de compagnes de prêtres.
Dimanche soir 3 décembre à Soleure, quelque 450 fidèles ont répondu à l’appel du groupement «Kirche in Not – wir bauen weiter» (Eglise en détresse – nous continuons de construire), formé de laïcs de la région de Berne et de Bienne. Portant des torches, des bougies et des briques, ils ont gagné en cortège le siège de l’évêché de Bâle où ils ont construit symboliquement les fondements d’une nouvelle Eglise. Dans un message d’accueil lu à la foule, le théologien Herbert Haag a qualifié d’»incommensurable» le mal que la loi du célibat des prêtres a déjà causé à des hommes, des femmes et des enfants.
Membre du Conseil synodal de l’Eglise catholique de Berne, Marietta Tschirren a remis une pétition demandant d’abroger l’obligation du célibat et de changer les critères d’accès au sacerdoce à Mgr Kurt Koch, évêque du diocèse de Bâle qui a reçu les manifestants aux côtés de Mgr Denis Theurillat et des membres du Conseil épiscopal.
Parole épiscopale mal accueillie par les manifestants
Mgr Kurt Koch a expliqué qu’il partageait la souffrance des manifestants face au manque de prêtres en Suisse: près de la moitié des paroisses en est dépourvue. A ses yeux, les revendications du groupement «Eglise en détresse» – «qui ne sont pas nouvelles pour la direction du diocèse et auxquelles les évêques précédents ont déjà tenté de répondre – ne sont crédibles que si elles vont de pair avec une revalorisation du choix de vie qu’est le célibat.» Mgr Koch a également précisé que toute modification des conditions d’accès au sacerdoce requérait l’assentiment de l’Eglise universelle et, partant, la convocation d’un nouveau concile. «Il n’est pas honnête d’exiger une réforme de l’accès au sacerdoce tout en soutenant la thèse de célébrations eucharistiques sans prêtres», a-t-il encore déclaré, s’adressant au théologien Herbert Haag, absent pour des raisons de santé.
«Nous ne voulons plus entendre cela» a alors lancé quelqu’un dans une foule mécontente où commençaient à fuser les huées. Après les appels au calme des organisateurs, certains sont rentrés chez eux, déçus. Mgr Koch a réitéré son offre de s’entretenir plus longuement avec une délégation du rassemblement. Mgr Denis Theurillat a quant à lui encouragé une construction de l’Eglise au-delà des frontières.
Débat ouvert malgré des positions cristallisées
Au lendemain du rassemblement de protestation contre le célibat des prêtres, largement relayé par les TV, les radios et la presse, Dominique Voinçon a donné la parole au prêtre marié Jean-Marie Krug et à son épouse Bernadette, au Père Vandrille, de la Congrégation de Saint-Jean à Genève, à l’abbé Claude Ducarroz, prêtre à Vevey et journaliste à l’Echo Romand ainsi qu’à Gabriella Loser-Friedli, présidente de l’Association des Femmes suisses touchées par le célibat des prêtres (ZöFra), qui regroupe 200 membres en Suisse alémanique. La Fribourgeoise – qui affirme que près d’un prêtre sur deux en Suisse aurait une «compagne secrète» – reproche à l’Eglise de se voiler la face. Elle souligne combien vivre dans le secret peut être destructeur pour les femmes et les enfants de prêtres en fonction. Elle demande à la hiérarchie de faire preuve de courage car il en va, selon elle, de la crédibilité de l’Eglise.
Jean-Marie Krug, ancien prêtre et père de famille, estime que si l’Eglise tenait vraiment compte de la base et des communautés, ses prêtres pourraient mieux fonctionner et être mieux en prise avec les réalités ecclésiales d’aujourd’hui. Il revendique d’être à la fois un prêtre et un «homme comme les autres». «Je ne me suis pas marié parce que je ne tenais plus le coup mais parce que j’ai rencontré quelqu’un», a-t-il répondu à une auditrice de l’émission. Pour Bernadette Krug, en exigeant des prêtres qu’ils choisissent entre exercer leur ministère et fonder une famille, l’Eglise oublie que refouler ses sentiments est source de déséquilibre.
Le sacerdoce n’est pas un «ornement personnel»
Pour le père Vandrille, le candidat au sacerdoce sait à quoi il s’engage et l’intimité d’amour avec le Christ ne se réalise vraiment que dans le célibat. Le religieux est en outre convaincu du caractère exclusivement masculin du sacerdoce, parce que Jésus lui-même était un homme et a choisi des hommes pour disciples.
L’abbé Claude Ducarroz rappelle en revanche que personne n’est prêtre pour lui-même et que le sacerdoce n’est pas un «ornement personnel». Le prêtre, qui n’est pas forcément «l’homme saint», se destine à une communauté qui le reçoit. Le sacerdoce n’est pas plus ou moins sacré que le mariage, qui sont tous deux des sacrements sanctifiant une vocation et une mystique et il serait faux d’opposer ces états de vie, a encore expliqué le prêtre-journaliste. Au téléphone, une femme pasteur de Suisse romande a mis au défi les prêtres catholiques de prouver qu’elle exerçait moins bien son ministère pastoral parce qu’elle était femme et mère de famille.
Dans un article publié samedi 2 décembre par le quotidien romand «Le Temps» sous le titre Prêtres défroqués, que sont-ils devenus?, la journaliste Patrica Briel souligne que la souffrance et la peur sont généralement le lot des prêtres qui ont misé sur la transparence. L’abbé Hans Erni, qui abandonnera ses fonctions à Bienne en janvier 2001, pour cause de paternité, juge «hypocrite» la position de l’Eglise: «Pour l’institution, le fait d’avoir une compagne ou un enfant n’est pas un problème si l’on accepte de se taire. Je ne veux pas lutter contre mes supérieurs, mais pour un changement dans l’Eglise catholique. Je ne souhaite pas la quitter, car j’aime cette Eglise». (apic/jm/gs/lt/mjp)



