«Sommes-nous encore en démocratie?»

Corée du Sud: L’Eglise catholique soutient les manifestants de Jeju

Jeju, 13 mars 2012 (Apic) Suite au dynamitage du littoral de l’île méridionale de Jeju en Corée du Sud pour construire une base navale controversée, L’Eglise catholique a apporté son soutien aux contestataires. Elle a dénoncé l’arrestation et l’emprisonnement de prêtres et responsables religieux, a rapporté Eglise d’Asie (EDA), l’agence d’information des missions étrangères de Paris (MEP), le 12 mars 2012.

Le 11 mars, Le Père Joseph Kim Jeong-uk, jésuite, et deux pasteurs protestants, Lee Jeong-hun et Kim Hong-sul, sont arrêtés pour avoir pénétré illégalement sur le site du chantier de la future base navale lors d’un mouvement de protestation, le 9 mars dernier, avec une trentaine d’autres manifestants.

Le Révérend Kim, relâché le 11 mars, est inquiet pour ses coreligionnaires qui «vont être transférés en prison dans les jours qui viennent», a-t-il déclaré à l’agence «Ucanews». Près de 60 contestataires – prêtres, militants, laïcs et religieux – ont été arrêtés lors des manifestations du 9 mars. Tous ont été relâchés peu après.

Le projet controversé, présenté aux habitants en 2007, veut installer une base militaire de 40 hectares dans le village côtier de Gangjeong. Il permettrait le mouillage de plus de 20 bâtiments de guerre sud-coréens, dont des sous-marins et des destroyers. Le gouvernement sud-coréen a annoncé que la base serait achevée avant 2015, arguant de l’absolue nécessité d’»assurer la sécurité en mer du Sud» (nom donné par la Corée à la mer de Chine orientale, ndlr).

Destruction d’un paradis naturel inscrit à l’UNESCO

L’île de Jeju (Cheju) jouit d’une réputation de paradis naturel préservé. Ses paysages sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Jeju est aussi un haut lieu de résistance à l’oppression. En 1948, alors que les Etats-Unis tentaient d’imposer le dictateur Singman Lee (Rhee), les habitants s’étaient révoltés, faisant 80’000 morts. De ce passé douloureux, Jeju a hérité la dénomination d’»île de la paix». Ses habitants, soutenus par l’Eglise, reprennent aujourd’hui cette appellation pour rejeter une implantation militaire. Avec Mgr Peter Kang U-il, évêque de Cheju, les Commissions ’Justice et Paix’ des 16 diocèses catholiques de Corée du Sud se sont opposées au projet. Une base militaire sur cette île stratégique serait ressentie comme une provocation par ses voisins nord-coréens et chinois, alors que la tension demeure forte entre les différents Etats de la péninsule.

Les contestataires dénoncent également les atteintes à l’environnement. Ce littoral protégé abrite un riche écosystème marin. Les explosifs et les pelleteuses ont commencé leur travail de terrassement, le 7 mars dernier, pour installer le caisson principal et les bases de construction des docks, provoquant la colère de la population.

Plus de 500 opposants ont manifesté devant le chantier, le 8 mars. Le gouverneur de l’île, Woo Keun-min, et le conseil municipal de Gangjeong ont appelé Seoul pour stopper les travaux et demander une consultation de la population.

’Coup de force’ condamné par l’Eglise

L’Eglise catholique a condamné le ’coup de force’ de Séoul, passant outre l’opposition des autorités et de la population locales. «Le gouvernement agit comme s’il n’entendait rien et poursuit ce qu’il appelle un ’projet national’, bien que le fait que ce projet ne soit justifié que par la volonté de l’Etat relève plutôt de ce que l’on serait en droit d’attendre d’un régime totalitaire», a déclaré le 9 mars Mgr Peter Kang U-il, évêque de Jeju et président de la Conférence des évêques de Corée du Sud. «Sommes-nous encore en démocratie? Dans une démocratie, il est toujours possible d’arrêter ou de revenir sur un projet s’il rencontre l’opposition des citoyens ou trop de critiques», a poursuivi le prélat. Et d’ajouter qu’il «était primordial que le projet de base navale soit abandonné, pour le bien des habitants de Jeju comme pour celui de toute la population sud-coréenne».

Mgr Matthew Lee Yong-hun, évêque de Suwon et président de la commission ›justice et paix’, a qualifié le dynamitage des rochers de Gangjeong de «grave erreur» du gouvernement. «En frappant les roches, il a aussi frappé les habitants» et «altéré la confiance de la population».

De nombreuses ONG et organisations des droits de l’homme ont condamné le dynamitage et cette politique du gouvernement sud-coréen. (apic/eda/ggc)

13 mars 2012 | 16:05
par webmaster@kath.ch
Partagez!