Une réponse pastorale de solidarité
Sorties d’Eglise: le point avec Mgr Bernard Genoud
Fribourg, 16 mai 2002 (APIC) Sortir de l’Eglise? Il en a été question, longuement, dans les médias ces dernières semaines. «Evangile et Mission», le bimensuel officiel des diocèses francophones de Suisse, s’est intéressé à faire connaître à la fois les démarches à entreprendre et leurs conséquences à la lumière du droit canonique et du statut de la Corporation ecclésiastique catholique fribourgeoise. Entretien avec l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud.
Q.: La question des sorties d’Eglise fait couler beaucoup d’encre, ces dernières semaines? Quel est votre premier sentiment?
Mgr Bernard Genoud: Je tiens tout d’abord à dire un grand merci à tous ces nombreux fidèles qui, fidèlement, soutiennent par la prière et par les contributions et les dons notre Eglise locale. En plus, et je le souligne avec force, par le biais des quêtes faites à la messe et des collectes ponctuelles, comme l’Action de Carême, ces fidèles expriment une nouvelle fois leur solidarité. Ils méritent vraiment un beau coup de chapeau.
Q.: Pour comprendre la problématique des sorties d’Eglise, il s’agit d’abord de savoir ce que signifie appartenir à l’Eglise?
Mgr Bernard Genoud: Par le baptême chaque fidèle est inséré d’une manière définitive dans la communion ecclésiale. Cette participation lui confère des droits et des devoirs précisés par le droit canonique, comme par exemple le droit à la vie spirituelle ecclésiale, à la vie sacramentelle. L’Assemblée diocésaine 2000 constitue un bel exemple de cette participation de tous les fidèles à la vie ecclésiale diocésaine.
Dans le canton de Fribourg, en vertu du statut de la Corporation ecclésiastique cantonale, chaque fidèle appartient à une paroisse (corporation ecclésiastique paroissiale). Le principe de la territorialité précise la corporation à laquelle j’appartiens. J’appartiens à la paroisse sur le territoire de laquelle j’habite. Cette appartenance engendre également des droits et des devoirs (droit d’élection, droit d’éligibilité, devoir de payer l’impôt paroissial).
Q.: Ces deux appartenances sont-elles vraiment à considérer d’une manière aussi distincte?
Mgr Bernard Genoud: Il est bon de bien clarifier cette double appartenance car l’une découle du droit de l’Eglise universelle, l’autre d’un statut ecclésiastique cantonal. Les deux appartenances déploient des effets qui sont au service de la même Eglise et de l’épanouissement dans la foi de tous les fidèles.
Q.: Lorsqu’un fidèle veut sortir, quelle entité quitte-t-il?
Mgr Bernard Genoud: Tout fidèle devient par le baptême membre de l’Eglise d’une manière définitive et indélébile. Si une sortie de la corporation ecclésiastique paroissiale intervient, le fidèle restera membre de l’Eglise du Christ. Il peut cependant, par un acte déterminé par le droit canonique, sortir également de la communion ecclésiale. Il s’agit là de ce que le droit canonique désigne par apostasie, hérésie ou schisme (cf. can. 1364 CIC).
Q.: Concrètement, s’il ne paie plus ses impôts à la corporation ecclésiastique paroissiale, que se passe-t-il ?
Mgr Bernard Genoud: Si un paroissien ne veut plus contribuer financièrement à la vie paroissiale, il perd théoriquement tous ses droits découlant du statut ecclésiastique (son droit d’élection, son droit d’éligibilité) et il n’est plus astreint à verser l’impôt paroissial. Rappelons au passage que les personnes qui sont en difficulté financière ont la possibilité d’une remise partielle ou totale de l’impôt. Donc une personne qui ne paie plus d’impôt, en principe, ne souhaite plus aucun service pastoral.
Q.: Et si cette personne désire tout de même une prestation pastorale ponctuelle, comme une première communion pour son enfant, un mariage, ou encore des obsèques?
Mgr Bernard Genoud: Il faut tout d’abord préciser qu’une personne sortie de la corporation reste membre de l’Eglise, elle a donc droit à un service pastoral. Mais elle a également le devoir de se montrer solidaire (matériellement) avec sa paroisse. On l’invitera donc à d’abord réintégrer la corporation ecclésiastique avant de pouvoir bénéficier d’un service pastoral. Si elle refuse de réintégrer la corporation ecclésiastique paroissiale alors on ne lui refusera pas un service pastoral. Cependant on lui demandera un versement significatif et proportionné à la caisse de la paroisse. Je souhaite que les paroisses imaginent une possible harmonisation de ces dons afin d’éviter l’arbitraire.
Q.: Comment agir lorsqu’un paroissien pratique régulièrement, mais ne veut plus payer son impôt à la paroisse, parce qu’il ne partage pas certaines options du curé, ou du conseil de paroisse?
Mgr Bernard Genoud: Il faut tout d’abord proposer un dialogue, une médiation pour essayer de trouver une réponse à ses difficultés. Si une conciliation n’est pas possible, la personne, en refusant de payer son impôt, déclarera à la paroisse sa sortie de la corporation ecclésiastique paroissiale. Mais comme elle continuera à pratiquer régulièrement, il est injuste de la laisser bénéficier «gratuitement» des services pastoraux. On l’invitera dès lors à verser sa contribution qui équivaudra au montant de son impôt paroissial à la Caisse des ministères (caisse cantonale) destinée à soutenir les paroisses financièrement faibles. Ce sera là un geste de solidarité qui s’exprimera au niveau cantonal. Je tiens cependant à préciser que cette forme de versement doit rester tout à fait exceptionnelle, le principe de la territorialité restant le principe général. Si cette personne qui paie à la caisse cantonale demande un service pastoral (par exemple un baptême), la paroisse pourrait demander le versement significatif et proportionné à la caisse cantonale.
Q.: Que se passe-t-il par exemple si une personne, sortie de l’Eglise il y a 20 ans, désire être enterrée à l’église?
Mgr Bernard Genoud: L’on ne peut refuser un enterrement à une personne baptisée et qui n’a pas rejeté la foi. Ce d’autant plus que l’enterrement sera principalement destiné à soutenir, par la prière, les membres de la famille du défunt. Mais on demandera également aux survivants de bien vouloir se rendre compte d’une certaine forme d’injustice. On ne saurait tolérer que toutes les personnes ayant fidèlement contribué financièrement à leur paroisse soient traitées sur un pied d’égalité avec une personne sortie de la corporation paroissiale. On invitera dès lors la famille du défunt à verser un montant proportionné à la paroisse. Par ailleurs, si le défunt avait clairement exprimé son refus d’une célébration ecclésiale et que la famille souhaite néanmoins un temps de prière voire une célébration eucharistique, on évitera, par exemple, d’emmener le corps du défunt dans l’église. Il reviendra au curé ou au responsable pastoral de décider, dans le dialogue avec la famille, la réponse pastorale à donner dans le respect de la volonté exprimée par le défunt.
Q.: Et les autres cantons du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, auront-ils les mêmes directives ?
Mgr Bernard Genoud: Non, les trois autres cantons vivent des régimes ecclésiastiques différents. Tandis que Genève et Neuchâtel ont une séparation entre l’Eglise et l’Etat (pas d’impôts ecclésiastiques obligatoires et donc pas de sortie de l’Eglise pour éviter l’impôt ecclésiastique. On leur demande cependant régulièrement s’ils ont versé leur contribution ecclésiastique libre et sinon de le faire ou de faire un don significatif), le canton de Vaud vit un régime concordataire qui s’apparente à la situation fribourgeoise. Il y a donc dans chaque canton une situation particulière qu’il convient de respecter. (apic/e+m/pr)




