Sortir des chiffres rouges et devenir «une Eglise de témoins»

Suisse: Le nouveau président de l’Eglise protestante de Genève évoque les défis qui l’attendent

Genève, 11 août 2014 (Apic) L’Eglise protestante de Genève (EPG) est dans les chiffres rouges et le nombre de fidèles ne cesse de diminuer. Emmanuel Fuchs, président de l’EPG depuis le 1er juillet 2014, revient dans le quotidien genevois «Le Courrier» sur les défis qui l’attendent dans sa nouvelle fonction. Avant tout, «L’EPG doit faire entendre la parole de Dieu», affirme-t-il.

Dans le même temps, Emmanuel Fuchs doit mener à terme un plan de redressement drastique mis en œuvre par la présidence sortante de l’EPG, Charlotte Kuffer, qui prévoit notamment une diminution importante des postes de travail: d’ici 2019, seuls 40 postes (à temps pleins) des 52 actuels seront conservés – sans licenciements.

Un déficit de plusieurs millions

L’Eglise protestante de la cité de Calvin est dans les chiffres rouges depuis 2008. Alors que ses revenus ont été de 9,2 millions de francs pour le budget 2013-14, ses dépenses ont atteint 13, 6 millions. Un tel bilan s’explique en partie par le fait que l’Eglise ne reçoit aucun soutien de l’Etat, mais aussi parce que, sur 50’000 foyers protestants, seuls 8’000 soutiennent activement l’EPG.

«En septembre dernier, une grande décision a été prise. Ne pas faire la même chose avec moins, mais placer d’autre priorité: en l’occurrence, devenir une Eglise de témoins.» Selon Emmanuel Fuchs, le redressement budgétaire implique également une réforme de la mission de l’Eglise elle-même. «On ne peut plus se contenter que les gens viennent à nous, nous devons aller à leur rencontre. Notre Eglise est certes une Eglise de minorités, mais elle est vivante et moderne», a confié le nouveau président au quotidien «La Tribune de Genève» alors qu’il prenait ses nouvelles fonctions début juillet. Il s’agit «d’inventer de nouveaux modèles», à l’instar du temple de Plainpalais qui, au-delà du lieu de culte, fait également office de café et de lieu de rencontre, ou de celui de la Fusterie qui allie culture et foi.

Une réorganisation qui touche à l’identité de l’Eglise

Sur un plan plus concret, la réorganisation qu’entend mener à bien l’EPG implique des regroupements. «Il n’est pas indispensable que chaque paroisse ait son propre secrétariat, son propre conseil etc. des regroupements sont possibles», poursuit le nouveau président dans «Le Courrier» du 9 août. «L’EPG s’est aussi fixé comme but d’augmenter les dons, affirme-t-il également. Une tâche ambitieuse, alors même que les familles contributrices historiques ne répondent plus pareillement à l’appel. Les grandes familles protestantes continuent à soutenir l’EPG, mais moins naturellement, il est vrai.»

Une recherche de fonds qui interroge l’identité réformée: «Qui se reconnaît aujourd’hui comme membre de l’EPG, s’interroge Emmanuel Fuchs. Ceux que l’on nomme les protestants sociologiques ont le droit d’en être sans se reconnaître dans la définition d’une Eglise de témoins, par exemple. Faut-il alors imaginer de nouvelles catégories de membres – sympathisants, confessants, etc.? Cette question va beaucoup nous occuper, d’autant que nous connaissons moins bien notre «public» puisque nous recevons toujours moins d’informations de la part de l’Etat, par exemple sur les naissances ou les arrivées protestantes. J’ajoute que l’accueil restera inconditionnel, mais nous devons préciser notre identité et notre communication.»

Foi en l’avenir

«Une Eglise qui n’embauche pas ne se renouvelle pas». Un fonds «Jeune ministres» a donc été créé pour engager quelques nouveaux théologiens qui sortiront ces prochaines années de la Faculté de théologie de Genève. Si cette décision constitue une espérance dans le sens de la devise qu’il s’est choisie – «L’avenir de la foi, c’est la foi en l’avenir» –, le nouveau président reste réaliste: «A terme, la Suisse romande sera plutôt en manque de vocations». (apic/courrier/tbg/com/pp)

11 août 2014 | 11:05
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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