Elle épingle des pays fournisseurs d’armes
Soudan: Amnesty International demande à l’Onu un embargo sur les armes
Nairobi/Londres, 16 novembre 2004 (Apic) L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International a appelé mardi l’ONU à imposer un embargo sur les armes au Soudan. Un embargo étendu aux « forces gouvernementales », afin de « mettre un terme aux livraisons d’armes » au Darfour, région de l’ouest du pays, en proie à une guerre civile depuis près de deux ans.
Dans un rapport de 48 pages intitulé « Soudan, armer les auteurs de graves abus au Darfour », paru mardi, AI explique comment les armes vendues au Soudan sont « utilisées » par les forces gouvernementales soudanaises et les milices pour « commettre de graves violations des droits de l’Homme, notamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».
AI demande spécifiquement au Conseil de sécurité de l’ONU d’imposer un embargo obligatoire, indique l’organisation dans un communiqué publié mardi à Nairobi. Selon l’organisation des droits de l’homme, cet embargo devrait rester en vigueur « le temps que soient mises en place des garanties efficaces pour protéger les civils de graves violations des droits de l’Homme ».
La requête d’AI intervient alors qu’une réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité de l’ONU se penchera sur le Soudan jeudi et vendredi à Nairobi.
Marchands de canons et fabricants de morts
Dans son communiqué, Amnesty identifie les principaux pays fournisseurs d’armes du Soudan et les appelle « à suspendre immédiatement tous les transferts » d’armes vers ce pays, « qui sont probablement utilisées par les forces armées ou les milices pour commettre de graves violations des droits de l’Homme ». L’organisation cite notamment la Russie, la Chine et le Belarus, dont des entreprises ont vendu au Soudan des avions militaires et des hélicoptères « malgré l’utilisation répétée de cette aviation pour bombarder des villages » au Darfour.
La Pologne pour avoir « transféré » des chars, des véhicules militaires et de l’artillerie, est aussi épinglée. Comme la France, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Chine, accusés d’avoir, « au cours des dernières années », exporté notamment « des grenades, des fusils, des pistolets et des munitions » vers le Soudan, ajoute l’organisation.
Malgré l’embargo de l’UE en 1994
La Grande-Bretagne et l’Irlande ne sont pas épargnés, montrées du doigt qu’ils sont par l’organisation qui relève : « Des sociétés de ventes d’armes basées en Grande-Bretagne et en Irlande ont tenté récemment de fournir aux forces armées soudanaises un grand nombre d’avions Antonov et de véhicules militaires provenant d’Ukraine et des pistolets du Brésil ».
L’organisation cite encore l’Inde, le Belarus, la Malaisie et la Russie qui « ont offert un entraînement militaire et des programme de coopération » au Soudan. « Des gouvernements comme ceux de la Bulgarie, de la France, de la Lituanie et de la Grande-Bretagne ont commencé à prendre des actions pour cesser d’envoyer des armes au Soudan et l’embargo de l’Union européenne sur les armes, qui date de 1994, est encore en place. Cependant, d’autres gouvernements ne montrent aucun signe de vouloir mettre un terme aux livraisons d’armes au Soudan ».
Fin juillet, le Conseil de sécurité avait décidé d’un embargo sur les armes à destination des groupes non-gouvernementaux au Soudan, mais cet embargo n’est pas respecté, selon HRW et Amnesty. Ce conflit a fait entre 70’000 et 100’000 morts selon les sources. On compte en outre entre 1,5 et 2 millions de personnes déplacées. (apic/com/ag/pr)



