Bruxelles, 19 septembre 1994 (CIP)
Soudan: cinq crucifixions en deux mois
Depuis le début du mois de juillet, cinq chrétiens auraient été exécutés
par crucifixion, si l’on en croit une enquête menée par Barbara Baker,
correspondante de l’agence de presse américaine «News Network
International» (NNI) au Proche-Orient, que relaie le service de presse
«Eglisi» (Belgique).
Un évêque anglican soudanais, Daniel Zindo, de Yambiyo, a déclaré à la
correspondante avoir reçu confirmation qúun prêtre anglican et deux fidèles
d’une église non identifiée à ce jour sont morts par crucifixion dans les
montagnes de Nubie le 7 juillet. L’évêque a parlé avec un enquêteur digne
de foi qui a interrogé des témoins oculaires. Les suppliciés ont été
identifiés: il s’agit du Rév. Aron et de deux autres chrétiens de Akon.
L’informateur, dont l’évêque n’a pas révélé le nom, pour des raisons de
sécurité, aurait précisé que les exécuteurs avaient utilisé des clous de 15
cm de longueur.
«Il n’y a pas d’explication claire, si ce n’est que ce sont des chrétiens.
Le gouvernement persécute les dirigeants chrétiens parce qúils veulent que
tout le monde devienne musulman», a expliqué Mgr Zindo. Nouveau président
du Conseil des Eglises du Soudan, le prélat confirme des rumeurs récentes
en provenance de la région des montagnes de Nubie. Lors d’une interview
téléphonique à Nairobi, il a assuré que la crucifixion des anglicans était
«un fait avéré». «Il y a des gens qui sont en mesure de se rendre dans les
montagnes de Nubie pour interroger les gents et vérifier les faits
allégués», a-t-il déclaré.
Mgr Zindo a confirmé l’existence d’un vaste trafic d’esclaves dans la
région. Les victimes en sont les veuves et les enfants orphelins de
chrétiens massacrés. Ces esclaves sont vendus dans le nord du Spoudan et en
Lybie au prix de 15 dollars par tête. «Personne ne peut apporter de preuve,
mais ça se passe vraiment», a-t-il affirmé.
Selon l’évêque, l’obstacle majeur à une enquête approfondie et bien fondée
sur de tels événements est la peur des témoins d’être tués s’ils parlent
pour témoigner.
Musulmans apostats
Des représentants de l’Eglise catholique soudanaise ont remis à l’agence
NNI un document attestant que deux anciens du village de Nafia, en état de
siège, ont été arrêtés à leur domicile le 14 juillet par la police secrète.
Les policiers, qui ont déclaré être à la recherche d’apostats musulmans,
ont saisi des bibles et des certificats de baptême. Des huit personnes
placées en détention, deux ont été déférés devant le justice: Cheik
Abdulahi Yusif, le chef du clan, et Muhanna Muhammed.
Yusif est le premier habitant de Nafia à s’être converti au christianisme.
Au cours des vingt dernières années, 1.200 musulmans arabes de la tribu
Hawaraby l’ont imité. Selon le témoignage du prêtre de la paroisse, Wad
Medani, et deux membres de la famille de Yusif, un ultimatum d’exécution a
été remis aux convertis le 18 juillet, lors de leur procès. Toutefois, des
dirigeants religieux à l’extérieur du Soudan n’ont pu vérifier si la
sentence avait été appliquée. «Ils sont plusieurs à l’avoir affirmé, mais
nous essayons de trouver des gens qui l’ont vraiment vu ou qui peuvent le
vérifier», a déclaré à la NNI Roger Schrock, du Conseil des Eglises du
Soudan.
Les deux hommes, qui étaient accusés d’apostasie, ont été condamnés à
recevoir cent coups de fouet et invités à renier la foi chrétienne sous
peine d’être crucifiés le 10 août. La flagellation a été administrée sur
place, sous les yeux des familles et des autres villageois. Alors que le
jeune Muhammad a enduré les cent coups de fouet, Yusif, 65 ans, s’est
effondré après quatre coups seulement. Son fils s’est alors emparé du fouet
des policiers et a poussé les spectateurs à la révolte. Des policiers en
armes sont alors intervenus et ont arrêté 28 personnes.



