Soudan: Enlisement de la crise au Darfour
Le gouvernement n’acceptera aucun engagement «non africain»
Khartoum, 14 février 2005 (Apic) Le gouvernement soudanais a répété qu’il n’accepterait aucun engagement non africain sur le terrain pour résoudre la crise au Darfour. Dans cette région occidentale du Soudan sévit une guerre depuis deux ans, qui a de graves conséquences humanitaires.
Une intervention au Darfour est de la seule responsabilité de l’Union Africaine (UA) pour assurer une solution à la crise du Darfour, a déclaré le 13 février Najeeb el-Kheir, ministre d’Etat (sous-secrétaire) des affaires étrangères de Khartoum.
Dans les jours précédents, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan avait exhorté l’Union européenne et l’OTAN a faire des pas concrets pour stopper la violence contre les civils au Darfour. Ces violences n’ont jamais cessé, selon un récent rapport de la Commission d’enquête des Nations Unies. Najeeb el-Kheir affirme que le gouvernement soudanais est prêt à collaborer avec l’Union Africaine et souhaite un élargissement de son mandat de maintien de la paix, avec l’engagement d’environ 1800 militaires et observateurs.
L’un des deux groupes rebelles insurgé depuis mars 2003 contre le gouvernement de Khartoum a repoussé l’offre d’une force de paix mixte initiée par John Garang, chef «historique» du mouvement de libération populaire du Soudan (Spla), le mouvement indépendantiste du Sud Soudan qui a combattu pendant vingt ans contre Khartoum et qui a signé un accord de paix avec le gouvernement, en janvier de cette année.
Témoignage d’un missionnaire travaillant au Soudan
Pour sa part Christoph Harnisch, délégué du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) pour l’Afrique a déclaré: «Il n’y a pas de place pour l’optimisme. La crise politique au Darfour s’est aggravée. Je ne vois pas un changement imminent au conflit».
Ce responsable du CICR explique que dans les régions rurales, la situation humanitaire sera plus difficile encore cette année. Suite aux déplacements de population provoqués l’an dernier par le conflit entre les milices soutenues par Khartoum et les rebelles, la récolte sera inférieure de 25 à 50% par rapport aux années précédentes, a-t-il déclaré. «Les gens n’osent pas sortir pour aller cultiver les champs, et il faudra des aides alimentaires pour près de 3 millions de personnes».
De son côté, un missionnaire en poste au Darfour a déclaré à l’agence Fides que «le processus de paix en cours dans le sud du pays ne concerne malheureusement pas le Darfour». «Ici on espère toutefois», a-t-il poursuivi, «que la période de transition prévue par les accords déclenchera un courant qui amènera à un changement de mentalité pour aider à la naissance d’une véritable démocratie». C’est difficile, a-t-il encore ajouté, «dans un pays où s’entrecroisent les intérêts de nombreuses puissances, mais nous devons laisser une place à l’espérance», a-t-il conclu.
Pas de TPI au Soudan pour juger des crimes de guerre
En outre, le gouvernement du Soudan avait protesté contre la proposition des Nations-Unies de porter devant la Cour Pénale Internationale, les atrocités commises au Darfour. Il s’est engagé à créer un tribunal national pour les crimes de guerre. «Nous considérons que le système légal soudanais est suffisamment professionnel et capable de faire justice» avait déclaré début février aux journalistes de l’ONU le vice-président du Soudan, Ali Muhammad Taha, après une rencontre au Conseil de Sécurité.
Le rapport de la commission d’enquête de l’ONU, publié à fin janvier, avait suggéré la Cour Pénale Internationale comme tribunal pour le procès des crimes contre l’humanité commis par les milices arabes contre les civils dans la province du Soudan. (apic/misna/fides/vb)



