Les évêques réclament des visites de solidarité
Soudan : L’oppression n’empêche pas la croissance de l’Eglise
Nairobi, 2 août 1999 (APIC) Malgré l’oppression de l’Etat islamique, l’Eglise catholique du Soudan connaît une croissance objective. Tel est le constat plutôt inattendu que les évêques du pays ont présenté lors de l’assemblée des Conférences épiscopales d’Afrique de l’Est (AMECEA), fin juillet à Nairobi.
Dans son rapport, Mgr Paulino Lukudu Loro, archevêque de Juba et président de la Conférence épiscopale soudanaise, a d’abord rappelé l’étendue de son pays (2,5 millions de km2, 82 fois la Belgique, 60 fois la Suisse) et le sous-développement de ses voies et moyens de communication. Ceci complique sérieusement les relations avec l’extérieur, a-t-il noté.
Or, es chrétiens ont grand besoin de relations, tant le régime islamique imposé depuis Khartoum signifie «l’oppression des non-musulmans». L’Eglise catholique paie un lourd tribut à ce régime totalitaire: non seulement de nombreux lieux de culte et centres spirituels ont été détruits, mais les chrétiens ont bien des difficultés à trouver de l’emploi et des moyens de subsistance, précise l’archevêque de Juba. Bon nombre des trois millions de personnes déplacées du Sud dans le Nord sont des catholiques. Les situations de famine sont fréquentes dans le Sud, mais surtout «la distribution des ressources à travers le pays n’est pas équitable».
Pour les chrétiens, l’oppression a d’abord les traits de l’islamisation: les fondamentalistes tenter de forcer des chrétiens à devenir musulmans en jouant sur diverses motivations, négatives et positives, constate Mgr Lukudu. Par exemple, les fondamentalistes font miroiter de plus grandes facilités d’accès à l’emploi, aux soins de santé et à l’éducation pour les musulmans, sans oublier un contexte légal islamique.
200 prêtres et 240 séminaristes
«Pourtant, malgré la guerre civile et malgré le régime islamique, l’Eglise catholique est en croissance» au Soudan, souligne le rapport épiscopal présenté à Nairobi. Le nombre des catholiques est estimé à 3,3 millions sur une population totale de 28 millions. Le nombre annuel de baptêmes d’adultes en est un bon indice: 10’000 dans le Sud et 9’000 dans le Nord. Les prêtres autochtones, qui n’étaient que 60 il y a vingt ans sont aujourd’hui plus de 200 et 240 candidats se préparent à la prêtrise. Le nombre des catéchistes continue lui aussi à augmenter.
En dépit des difficultés faites aux institutions catholiques, l’Eglise gère 250 écoles primaires dans le Nord et 40 au Sud; ces écoles touchent respectivement 75’000 et 22’000 enfants. En revanche, il y a que trois écoles secondaires prises en charge par un diocèse dans le Sud, et quelques rares écoles secondaires animées par des religieux comboniens dans les régions contrôlées par le gouvernement à Khartoum, El Obeid, Juba.
Cinq ans après le Synode des évêques pour l’Afrique, les évêques du Soudan ont tiré parti de l’exhortation post-synodale «Ecclesia in Africa» pour réfléchir à l’évolution de l’Eglise et encourager les diocèses à se concerter davantage. Les évêques ont notamment veillé à promouvoir des traductions en arabe (tant pour la Bible que pour des documents majeurs de l’Eglise), à intensifier la collaboration sur le terrain de l’oecuménisme et à encourager les laïcs à devenir des artisans de paix, spécialement quand il s’agit de résoudre des conflits ethniques. La Conférence épiscopale reste par ailleurs attentive à la multiplication de supports médiatiques tels que les cassettes audio et vidéo pour promouvoir des informations et des sensibilisations libres par rapport aux médias contrôlés par Khartoum.
Les évêques du Soudan invitent aussi leurs confrères à leur rendre des «visites de solidarité», dont ils espèrent des résultats positifs auprès du gouvernement de Khartoum comme auprès de l’Armée Populaire de Libération qui contrôle le Sud du pays. (apic/cip/amecea/mp)



