L’injustice et les discriminations religieuses persistent

Soudan: Le cardinal Gabriel Zubeir Wako exprime des réserves sur les accords de paix

Khartoum, 17 décembre 2003 (Apic) «Les accords sont un fait important, mais il va être nécessaire de faire des pas concrets pour les mettre en pratique, ce qui pourrait créer de vraies difficultés». Telle est la position du cardinal soudanais Mgr Gabriel Zubeir Wako retranscrite dans une interview parue dans l’Avvenire du 17 décembre, suite à la prochaine signature d’un accord mettant fin à la guerre civile entre le nord et le sud du Soudan.

Si pour l’archevêque de Khartoum, les Soudanais sont «dans un temps d’espérance où il semble que cette guerre finisse par cesser», «il ne faut surtout pas laisser irrésolus certains noeuds qui pourraient être à l’origine d’une nouvelle guerre». En effet, le cardinal Zubeir Wako constate qu’au nord, «l’injustice et les discriminations, notamment religieuses, persistent». «Il n’y a pas de respect pour les personnes, pour ce qu’elles sont et ce qu’elles pensent, ni pour leur foi», a-t-il continué dans l’entretien.

Quant à la pression internationale sur le processus de paix, le cardinal soudanais a exprimé de sérieux doutes. En revanche, il a affirmé qu’il avait «l’impression que le gouvernement du nord ne cédait qu’en apparence, sachant très bien qu’il ne maintiendrait pas les promesses». D’après lui, les «médias gouvernementaux font de la propagande» alors que les opposants «sont réduits au silence». Mgr Zubeir Wako pense aussi que la paix ne peut être réelle et durable que si elle passe par la population, et par la prise en compte de son point de vue. Or, ceux qui ont signé l’accord ne forment qu’un «groupe restreint». Le prélat déplore notamment que les évêques n’aient pas pu participer au processus de paix.

Le pétrole ne peut «ni contribuer à la paix, ni au bien commun»

Concernant le pétrole, dont la répartition inégale en fait un sujet de tensions, le cardinal le considère comme une richesse, mais ne pouvant «ni contribuer à la paix, ni au bien commun». «Au Soudan, le sens du bien commun n’existe pas, et ce à aucun niveau», a-t-il du reste ajouté avec dureté. D’après lui, «le nord cédera une partie des gains au sud, mais ceux- ci pourraient finir dans la poche de petits groupes avec le risque de déclencher des luttes internes».

Sur la question de l’influence de l’islam du nord du pays dans les accords de paix, l’archevêque de Khartoum a expliqué que «la justice et l’éducation se fondent sur la religion et que la politique et la société en sont profondément imprégnées». «Le gouvernement concède aux chrétiens la possibilité de prier le dimanche et appellent cela liberté religieuse», lance-t-il. Pour lui, «l’intégralité du système doit donc être changée», car «la religion reste une cause de difficulté dans les relations entre les personnes». L’archevêque a déploré que l’Eglise catholique puisse si difficilement exprimer la vérité, et que ses «frères chrétiens du reste du monde» ne manifestent pas suffisamment leur soutien.

Pour le cardinal, l’invitation à la paix va bien sûr être prise au sérieux, mais il est nécessaire d’accepter le fait que tous les Soudanais doivent s’éduquer «à vivre une vie différente, une vie de paix», ce qui demande «un profond changement de mentalité passant par la diminution des armes». (apic/imedia/bb)

17 décembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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