Pour l’évêque d’El Obeid, Khartoum promet mais ne tient pas parole

Soudan: Les pressions internationales sur Khartoum doivent s’accentuer

El Obeid, 28 juillet 2004 (Apic) Mgr Antonio Menegazzo, évêque et administrateur apostolique d’El Obeid, capitale de l’Etat du Nord Kordofan, diocèse soudanais comprenant la région occidentale du Darfour, estime que les pressions exercées sur le Soudan en vue de parvenir à une solution au Darfour doivent êtres plus fortes.

«La communauté internationale doit appuyer ses pressions parce que le gouvernement de Khartoum continue à promettre sans tenir sa parole» a déclaré à l’Agence Misna Mgr Menegazzo.

«La situation s’aggrave sans cesse» a poursuivi le prélat, contacté par téléphone à El Obeid, «les milices janjawid attaquent les villages, incendient les habitations, pillent les biens de la population noire et musulmane. Ces bandes armées sont essentiellement formées d’éleveurs islamiques qui ont besoin de terres où faire paître leur bétail».

Selon Mgr Menegazzo, «le gouvernement insiste afin que les déplacés rentrent chez eux, mais les conditions ne sont pas réunies». Le prélat reçoit des nouvelles du terrain depuis les paroisses de Nyala (capitale du Sud Darfour) et d’El Fasher (chef-lieu du Nord Darfour), disséminées dans des zones du vaste diocèse (900’000 kilomètres carrés) où vivent environ 8 millions de Soudanais, dont 130’000 à 150’000 catholiques.

«Hier, le gouvernement de Khartoum a demandé plus de temps pour désarmer les miliciens» a ajouté le l’évêque combonien, qui oeuvre au Soudan depuis plus de 45 ans. «Entre temps, les autorités locales sont en train de démontrer qu’elles n’apprécient pas les visites des délégations internationales et ne coopèrent pas pour montrer les conditions de vie des déplacés dans les camps».

Ces difficultés, souligne Mgr Menegazzo, ont également été rencontrées par l’émissaire du pape, Mgr Josef Cordes, président du Conseil pontifical Cor Unum, récemment en visite au Soudan, accompagné du nonce apostolique. «L’Eglise catholique oeuvre en collaboration avec les Eglises protestantes pour garantir les aides humanitaires» assure l’interlocuteur «parce qu’elle est considérée comme une organisation locale et a moins de problèmes d’ordre bureaucratique que les organisations internationales».

Mgr Menegazzo ajoute que la visite de Mgr Cordes a eu une conséquence positive sur le plan pratique. «Les responsables de la paroisse de Nyala m’ont dit avoir distribué plus facilement les aides humanitaires, tentes, savon, vêtements, nourriture, dans les camps, où les militaires empêchent généralement l’accès».

Témoignages

Les observateurs de l’Union Africaine se trouvant au Darfour confirment que les violences se poursuivent. Dans un communiqué diffusé mercredi matin, ils constatent qu’en début juillet, au village de Suleia, «des miliciens appartenant probablement aux janjawid ont pillé le marché et tué des civils, certains ayant été enchaînés et brûlés vifs».

Selon les Nations Unies, la crise au Darour est la plus grave urgence humanitaire de la planète: plus d’un million de déplacés, environ 160’000 réfugiés au Tchad et au moins 30’000 morts depuis l’explosion du conflit, en février 2003.

L’appel de l’évêque d’El Obeid intervient alors que l’Union africaine (UA) annonce mercredi étudier «la possibilité» de transformer sa force de protection, chargée d’assurer la sécurité de ses observateurs déployés au Darfour, dans l’ouest du Soudan, en force de maintien de la paix. (apic/misna/pr)

28 juillet 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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