1er février: Journée de prière pour l’harmonie entre les religions
Sri Lanka: Gardes armés devant les églises chrétiennes après une série d’attaques
Colombo, 30 janvier 2004 (Apic) Des gardes armés ont été placés devant certaines églises chrétiennes du Sri Lanka, cibles depuis quelques mois de nombreuses agressions de militants anti-chrétiens. Le clergé bouddhiste dénonce le prosélytisme religieux agressif de sectes évangéliques, mais les attaques visent désormais les Eglises traditionnelles, notamment les catholiques. L’Eglise catholique de l’île a décrété le dimanche 1er février journée de jeûne et de prière pour l’harmonie entre les communautés religieuses.
Le gouvernement srilankais a admis plus d’une trentaine d’attaques contre des lieux de culte chrétiens depuis novembre dernier, mais les milieux chrétiens estiment à plus du double ces actes hostiles encouragés par des membres du clergé bouddhiste. Ces derniers accusent des groupes chrétiens de mener des campagnes de conversions «frauduleuses» et contraires à l’éthique, en donnant de l’argent à des pauvres. Ce sont notamment les services socio-caritatifs des Eglises aidant sans distinctions religieuses qui sont accusés.
Les services socio-caritatifs des Eglises accusés de prosélytisme
Les Eglises ont réfuté ces accusations, mais Mgr Oswald Gomis Thomas Colman, archevêque de Colombo et président de la Conférence des évêques catholiques du Sri Lanka, a admis que ces attaques sont une réaction aux campagnes de conversions des sectes évangéliques. Ces mouvements mettent en danger l’équilibre séculaire entre les communautés religieuses de l’île. Quelque 7,5% des Srilankais sont chrétiens et 70% sont d’obédience bouddhiste.
L’archevêque de Colombo s’inquiète du projet de loi anticonversion présenté au parlement et soutenu par des courants bouddhistes fondamentalistes. Une loi interdisant les conversions représenterait à ses yeux un grave recul et provoquerait encore davantage de polarisation, car le fondamentalisme gagne du terrain non seulement parmi les bouddhistes, mais également dans les milieux chrétiens.
Mgr Oswald Gomis propose par contre la mise sur pied d’un comité mixte regroupant des représentants du gouvernement et des diverses communautés religieuses. Les responsables de l’Eglise catholique ont tenté à plusieurs reprises de mettre en garde les sectes protestantes, mais celles-ci «ne veulent pas nous écouter».
De bons rapports avec les dirigeants bouddhistes
«Avec les dirigeants bouddhistes, j’ai toujours eu de bons rapports, obscurcis à présent par ces incidents. Mes ces violences sont le fait d’extrémistes, bouddhistes et chrétiens. Nous ne devons pas permettre qu’ils ruinent nos relations», confie Mgr Oswald Gomis.
Les évêques du Sri Lanka ont condamné le prosélytisme dans un communiqué officiel, mais ont défendu le choix personnel de conscience de chaque personne de pouvoir changer de religion.
La vague de violence anti-chrétienne a été exacerbée par la mort le mois dernier, lors d’un voyage en Russie, d’un moine bouddhiste haut placé, le Vénérable Gangodawila Soma Thera, fer de lance du nationalisme bouddhiste et du mouvement anticonversion. Le Vénérable a fondé un groupe bouddhiste, la «Sasana Sevaka Sangamya», qui prétend que les organisations caritatives catholiques sont «l’instrument d’un pouvoir diabolique pour convertir les bouddhistes cingalais au christianisme», rapporte l’agence d’information vaticane Fides.
Le décès d’un moine nationaliste au coeur des violences
Malgré une autopsie qui a confirmé un décès par crise cardiaque, l’accusation de son assassinat par des chrétiens a jeté de l’huile sur le feu. Ces derniers mois, des groupes organisés ont lancé de nuit des pierres contre des maisons de pasteurs, agressé des collaborateurs pastoraux, envoyé des menaces de mort et exercé des pressions pour obtenir la fermeture de lieux de culte chrétiens. Des affiches accusent les chrétiens d’être des sympathisants de la guérilla des Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (LTT).
La présidente srilankaise Chandrika Kumaratunga a mis en garde quiconque qui serait tenté de fomenter des tensions interreligieuses, les menaçant des sanctions sévères. Elle a reconnu que la police avait fermé les yeux dans certains cas.
La dernière attaque a eu lieu lundi 26 janvier, quand un groupe d’une vingtaine d’hommes a fait irruption dans le village de Mathegoda, à l’est de Colombo, où ils ont d’abord saccagé l’église, en brisant les statues et les objets, avant d’arroser l’édifice d’essence et de lui mettre le feu. Tout a été détruit, mais l’attaque n’a fait aucun blessé. Les agresseurs se sont enfuis et n’ont pas encore été identifiés.
Il s’agissait de la troisième attaque contre une église catholique en quelques jours. Deux autres ont été récemment la cible de fanatiques: le 18 janvier l’église de saint Antoine dans le village de Pannipitiya, et le 15 janvier celle de saint Michel, à Homagama. A noter que le 28 décembre, l’église catholique de Notre-Dame de Lourdes était également visée. Une vingtaine d’agressions ont eu lieu dans la période de Noël, faisant 15 blessés. Pour isoler les groupes fondamentalistes, les catholiques cherchent à renforcer leurs bonnes relations avec les bouddhistes dans les villages, en expliquant la vérité des faits, a révélé à Fides le Père Damien Fernando, directeur de la Caritas du Sri Lanka. (apic/kna/fides/bbc/be)



