Tragédie humanitaire: les civils paient le prix fort
Sri Lanka: L’Eglise catholique et l’ONU demandent l’arrêt des combats dans le nord du pays
Colombo, 22 janvier 2009 (Apic) L’Eglise catholique du Sri Lanka et les Nations Unies demandent l’arrêt des combats dans le nord du pays où se déroule une « tragédie humanitaire ».
Prises sous le feu des armées gouvernementales qui tentent de vaincre les dernières résistances des Tigres tamouls dans le nord du pays, les populations civiles ne peuvent quitter les zones de combat. Les responsables de l’Eglise catholique, les organismes humanitaires et les Nations Unies (ONU), tirent la sonnette d’alarme, indique jeudi Eglises d’Asie.
Depuis septembre dernier, Colombo a lancé une offensive qui se veut définitive pour vaincre la guérilla tamoule séparatiste, qu’il affronte depuis plus de vingt ans. Après avoir conquis Kilinochchi puis la stratégique Passe de l’Eléphant, les armées du gouvernement poursuivent actuellement leur avancée vers la péninsule de Jaffa, afin de relier l’enclave au reste des territoires récupérés sur les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). L’armée tente depuis quelques jours de prendre le port de Mullaittivu, qui constitue un point essentiel de ravitaillement en armes du LTTE, dans la région de Vanni, au nord-est de l’île. Au fur et à mesure que l’étau se resserre autour des Tigres tamouls, les civils se retrouvent piégés dans la zone de conflit.
Les bombardements, intenses, sur ces régions très peuplées ont augmenté ces dernières semaines. Certains civils tenteraient actuellement de gagner la péninsule de Jaffna, tandis que d’autres se seraient réfugiés dans les territoires contrôlés par le gouvernement, mais la plupart n’auraient pas réussi à franchir la ligne des combats.
La Croix-Rouge Internationale (CICR) est la seule organisation humanitaire encore sur place depuis que les ONG ont été priées par le gouvernement d’évacuer le nord du Sri Lanka à l’automne dernier, avant la grande offensive contre les derniers bastions du LTTE.
L’organisme international, qui négocie chaque jour avec les deux parties, peine à maintenir un couloir humanitaire pour acheminer les vivres et les médicaments dans les zones non-contrôlées par l’Etat, ainsi que pour évacuer les blessés civils. Le dernier convoi, jugé largement insuffisant pour répondre aux besoins des victimes selon la Croix-Rouge, a été acheminé le 19 janvier après cinq jours de tractations.
Des centaines de milliers de déplacés
Selon des sources religieuses locales, plus de 490’000 personnes, surtout dans la région de Vanni, ont été déplacées par les bombardements aériens et les tirs d’artillerie. Les fortes pluies des derniers mois ont balayé les routes, les abris précaires et ont provoqué une recrudescence de la malaria dans une région où la jungle domine. Dans les quelques camps de réfugiés qui ont pu accueillir une partie de ces populations, les conditions sanitaires ne cessent de s’aggraver.
L’évêque de Jaffna, Mgr Thomas Savundaranayagam, a demandé instamment, dans une lettre datée du 15 janvier, adressée au président sri-lankais, aux Nations Unies et au CICR, la mise en place de couloirs humanitaires afin de permettre d’évacuer ces milliers de civils bloqués dans les zones de combats. Il a également « exigé du gouvernement de cesser de bombarder les lieux de culte et les lieux d’habitation des civils ».
Le 13 janvier, dans une lettre intitulée « SOS- Cri d’agonie de la population de Vanni », le P. James Pathinathar, curé de l’église St Pierre à Mullaittivu, avait déjà demandé l’intervention de l’ONU pour les civils de Vanni, pris sous le feu de l’armée.
Colombo a pour sa part annoncé mercredi 20 janvier que des avions militaires avaient largué des tracts dans la région des combats, appelant les civils à se rendre en « zone de sûreté », un espace de 35 km2 qui vient d’être établi par l’armée. Le gouvernement a assuré que les réfugiés seront alors transférés dans des territoires contrôlés par les militaires. (apic/eda/pr)



