L’Eglise accusée de complicité avec le LTTE, les évêques ripostent

Sri Lanka: La statue du sanctuaire marial de Madhu mise à l’abri en raison des combats

Colombo, 23 avril 2008 (Apic) La statue du sanctuaire marial de Madhu, au Sri Lanka, a été mise à l’abri en raison des combats qui opposent l’armée sri-lankaise aux rebelles des LTTE (Tigres de libération de l’Eelam tamoul). La Conférence des évêques catholiques du Sri Lanka a vivement réagi aux accusations selon lesquelles elle avait décidé ce transfert pour complaire aux Tigres tamouls.

«Les prêtres du sanctuaire de Madhu ont décidé, en accord avec l’évêque de Mannar, d’emporter la statue de la Vierge avec eux afin de la mettre à l’abri dans l’église la plus proche, celle de Theavanpiddi en l’occurrence», peut-on lire dans le communiqué rédigé par les évêques du Sri Lanka, réunis en session il y a dix jours dans la ville de Kandy, dans les hautes terres du centre de l’île.

Madhu, un centre de pèlerinage fréquenté aussi par les hindous et les bouddhistes

Les prêtres du sanctuaire marial ont agi de la sorte «de leur plein gré et non sous la menace ou à la demande du LTTE ou de toute autre partie, ainsi que cela a été rapporté avec malice dans certains médias», écrivent encore les évêques. Ils insistent pour dire que la statue a été retirée «à titre temporaire» du sanctuaire et y retournera à la première occasion lorsque la sécurité du lieu sera rétablie.

Le sanctuaire de Madhu, situé dans la partie du nord du pays, est un centre de pèlerinage fort connu au Sri Lanka. Fréquenté en temps de paix par des catholiques aussi bien que par des hindous et des bouddhistes, qu’ils soient tamouls ou cinghalais, il a dernièrement été la cible de tirs croisés, la région où il est situé se trouvant au point de contact de zones contrôlées par les Tigres tamouls et les forces gouvernementales.

Le point qui a amené les évêques à rédiger le communiqué est que Theavanpiddi, le village côtier majoritairement catholique où la statue de la Vierge a trouvé refuge, est un village situé en zone contrôlée par le LTTE, rapporte le 22 avril «Eglises d’Asie» (EDA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).

Le 9 avril dernier, sur le site internet du ministère de la Défense (www.defence.lk), on pouvait lire le commentaire suivant: «Le LTTE a fait preuve d’un cynisme manipulateur au sanctuaire de Madhu, qui a abouti à ce que les prêtres évacuent le périmètre de l’église, emportant la statue sacrée de Notre Dame de Madhu avec eux. On peut se poser la question de savoir s’il était impérieux de déménager la statue vers un lieu situé loin en profondeur dans une zone incertaine, alors qu’il aurait été logique de l’emmener à Mannar, sous la garde de l’évêque de ce diocèse».

Le lendemain, poursuit EDA, le Jathika Hela Urumaya (JHU), parti formé de moines bouddhistes connus pour leur extrémisme politique et leur soutien à une solution militaire à la guerre civile qui déchire le pays depuis 1983, a critiqué le transfert de la statue d’une zone considérée comme neutre à une zone contrôlée par le LTTE.

Dans un texte rédigé en cinghalais, le secrétaire général du JHU, le vénérable Omalpe Sobitha Thero, rend l’évêque de Mannar responsable de ce qui pourrait arriver au sanctuaire marial de Madhu: «Maintenant que les cadres du LTTE sont au sanctuaire, l’évêque devra répondre des éventuels dommages qui pourront être causés au sanctuaire». En retirant la statue, «le LTTE tente de gagner le soutien de la communauté catholique dans le monde en donnant l’impression que c’est lui qui protège la statue; de plus, désormais, le LTTE peut utiliser le sanctuaire à sa guise dans sa stratégie guerrière», ajoute le moine.

A Colombo, un prêtre catholique – qui requiert l’anonymat pour commenter les réactions du JHU (*) – estime que ce parti extrémiste utilise cette affaire comme prétexte afin d’attaquer l’Eglise. «Sont-ils allés sur place avant de se permettre des déclarations irresponsables et causes de division entre les croyants ?», interroge-t-il. Le 16 avril, dans le Daily Mirror, un quotidien de référence au Sri Lanka, un catholique, Ruki Fernando, coordinateur de Law and Society Trust, une ONG de défense des droits de l’homme, a appelé tant le LTTE que les forces gouvernementales à rester à l’écart du sanctuaire de Madhu, un territoire qui, selon les voeux exprimés à plusieurs reprises par l’Eglise, devrait être considéré comme une «zone de paix». EDA/JB

(*) EDA note que les nationalistes bouddhistes du Jathika Hela Urumaya (JHU, Héritage national cinghalais) font partie de la coalition soutenant le président Mahinda Rajapakse, favorable à une solution militaire à la rébellion tamoule. (apic/eda/be)

23 avril 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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