Empêchés de pêcher la nuit à cause de la guerre civile
Sri Lanka: Les pêcheurs tamouls pris entre le marteau et l’enclume
Potpathy, Sri Lanka, 20 juillet 2006 (Apic) Les pêcheurs des régions en proie au conflit interethnique au nord et à l’est du Sri Lanka ne peuvent plus exercer leur métier à cause d’une guerre civile qui n’en finit pas.
Selon un responsable religieux du Sri Lanka, certaines familles de pêcheurs se voient contraintes de se rendre illégalement par la mer en Inde, pays situé à quelques encablures de l’île. Le Sri Lanka, où les divisions ethniques sont de plus en plus exacerbées, sombre une fois de plus dans une guerre civile quiperdure, constate l’agence oecuménique ENI.
«A quoi bon aller pêcher dans un contexte comme celui-ci ? Mieux vaut faire autre chose», déclare un pêcheur de Potpathy, B. Gnanaselvem, dans son hameau situé à proximité de Point Pedro, l’extrémité nord du Sri Lanka, une région qui dépend essentiellement des ressources de la mer.
Suite à l’escalade récente de violence, les plages de la péninsule de Jaffna sont parsemées de bunkers de la marine et de l’armée afin de prévenir toute attaque des rebelles des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE).
Les forces de sécurité ont imposé de sévères restrictions aux déplacements des pêcheurs sur la côte et la pêche a été limitée. En conséquence, les familles de pêcheurs sont au bord de la famine, a déclaré au correspondant d’ENI l’évêque catholique romain Rayappu Joseph, de Mannar. Selon lui, certaines familles de pêcheurs vendent leur bateau et leurs filets afin d’obtenir l’argent qui leur permettra de gagner l’Inde illégalement puis d’obtenir le statut de réfugié.
La guerre des autonomistes dure depuis 23 ans
«Que peuvent-ils faire dans un tel contexte ?» s’ interroge l’évêque Joseph, à la tête du diocèse de Mannar, où la population est majoritairement tamoule. Depuis 1983, les rebelles tamouls, dans une guérilla violente, veulent aboutir à l’autonomie pour les zones majoritairement tamoules du nord et de l’est de l’île. Jusqu’au cessez-le-feu de 2002, une sanglante guerre civile a déjà causé la mort de près de 65 000 personnes et le déplacement de plus de 1,8 millions d’autres.
Le cessez-le-feu, négocié par la Norvège et qui a mis un frein à plusieurs années d’hostilités, est cependant aujourd’hui au bord de la rupture. Plus de 700 personnes, parmi lesquelles des civils, ont été tuées cette année dans le contexte de violence dans les zones du nord et de l’est, à majorité tamoule.
«Normalement, nos faisons de bonnes prises lorsque nous allons pêcher la nuit. Mais maintenant nous ne pouvons pêcher que pendant la journée et on n’attrape même pas assez de poisson pour payer le carburant qui fait tourner nos moteurs», témoigne le pêcheur de Pothpaty Un autre pêcheur ayant requis l’anonymat a déclaré au correspondant de l’agence ENI que le personnel de sécurité avait confisqué les bateaux équipés de gros moteurs qui permettent d’aller pêcher en haute mer, les forces de sécurité craignant que ces bateaux soient «utilisés à mauvais escient» par les Tigres tamouls pour organiser une attaque contre elles. (apic/eni/vb)



