Sri Lanka: «Qu’attend la communauté internationale pour intervenir»? lance un évêque

La colère de Mgr Joseph Kingsley Swampillai

Colombo, 18 août 2006 (Apic) L’évêque de Trincomalee-Batticaloa, au Sri Lanka, Mgr Joseph Kingsley Swampillai, lance une violente critique à l’adresse de la communauté internationale: «Qu’attend-elle pour intervenir» au Sri Lanka? s’interroge-t-il,

«Même en ce moment, l’armée tire des coups d’artillerie du centre ville en direction des districts méridionaux; depuis plusieurs semaines, on n’entend chaque jour des coups d’armes et des rafales de balles. Les rebelles répondent de la même façon, en tirant vers la ville et le port», témoigna pour Misna l’évêque de Trincomalee-Batticaloa, Mgr Joseph Kingsley Swampillai, contacté par téléphone dans le ville portuaire du nord-ouest du Sri Lanka.

«Ces combats sont différents par rapport à ceux que j’ai connu dans le passé» commente Mgr Swampillai, responsable du diocèse de Trincomalee-Batticaloa (qui comprend les territoires nord orientaux revendiqués par les rebelles tamouls) depuis 1983, année du début du conflit ethnique.

«Les armes utilisées à présent sont bien plus puissantes et dangereuses. Les rebelles semblent eux aussi en posséder en grande quantité. Bien entendu l’armée a l’avantage de l’aviation, qui ne fait que bombarder comme si elle souhaitait tout détruire» dit encore à la MISNA l’interlocuteur en soulignant que ces dernières semaines les rebelles comme les forces gouvernementales ont violé toutes les règles du droit humanitaire. «Ecoles, hôpitaux, lieux de culte et convois de civils ont été pris pour cible par les deux camps. Qu’attend donc la communauté internationale pour intervenir ?» se demande l’évêque.

Mgr Swampillai craint toutefois que plusieurs semaines doivent encore s’écouler avant que la communauté internationale «ne se réveille, regarde aussi dans ce coin du monde» et fasse pression sur le gouvernement comme sur les rebelles pour cesser les hostilités. Le dernier bilan officiel en date fourni par l’armée, relatif aux combats d’aujourd’hui dans la péninsule de Jaffna, dans l’extrême nord du pays, fait état d’au moins 98 morts et une centaine de blessés, dont 6 militaires tués et 60 blessés.

Urgence des réfugiés

Entre temps Trincomalee doit faire face à l’urgence réfugiés; Mgr Swampillai a visité quelques écoles et églises où la Caritas prête assistance à 2’500 personnes d’ethnie tamoul, ayant fui il y a deux semaines de Muttur, localité située à proximité de Trincomalee, qui a récemment fait l’objet d’intenses combats. Les centres d’accueil se trouvent tous en ville, dans les mêmes zones que les positions militaires. «C’est la seule zone que l’on peut approvisionner en nourriture et médicaments; transférer ces personnes dans des zones plus isolées rendrait les choses plus compliquées pour leur venir en aide sans que leur sécurité soit davantage garantie» explique encore l’évêque. «Je ne peux pas vous fournir de chiffres précis, mais je pense qu’au moins 10’000 réfugiés se trouvent à Trincomalee, pris en charge par des organisations non gouvernementales, y compris la Caritas». Le prélat conclut en disant que le gouvernement a donné son autorisation pour envoyer des aides aux réfugiés, mais tant que le ministère compétent ne débloquera pas les ressources nécessaires, ce sont les organisations non gouvernementales qui les prennent en charge, faisant l’avance de tous les frais avec les prêts accordés par les banques.

Massacres

De décembre dernier à ce jour, plus de 1’400 victimes ont été recensées et 135’000 civils ont pris la fuite à cause des combats et des violations répétées du cessez-le-feu de février 2002 qui, selon les observateurs de la Mission de monitorage de la trêve (Sllm), «n’est désormais que théorique».

Sur le terrain, près de 70 jeunes filles sont mortes dans un orphelinat, victimes des bombardements des troupes gouvernementales au nord-est du Sri Lanka.

Les rebelles tamouls ont lancé une offensive nocturne dans la péninsule septentrionale de Jaffna perdant plus de 98 hommes dans des combats au corps à corps avec l’armée sri-lankaise, a affirmé jeudi Colombo qui s’est redit prêt à négocier après trois semaines d’affrontements.

Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE, séparatistes) ont en outre lancé une attaque maritime contre des positions de l’armée à Kilali, à la pointe sud-ouest de la péninsule, et les combats se sont poursuivis au corps à corps jusqu’à l’aube, a affirmé le porte-parole du ministère de la Défense Upali Rajapakse. (apic/misna/ag/pr)

18 août 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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