Plus de 1’000 ans d’histoire accessibles dans le monde entier

St-Maurice: La plus ancienne abbaye d’occident veut ouvrir ses archives

St-Maurice, 23 novembre 2001 (APIC). L’Abbaye de St-Maurice veut ouvrir l’ensemble de ses archives au public. Pour assumer la double exigence de la sauvegarde des originaux et de la facilité d’accès, les documents seront numérisés au fur et à mesure de leur inventaire. Ils seront ainsi accessibles sur Internet. Plus de 3,5 millions de francs sont nécessaires à la réalisation de l’entreprise, a confirmé ce jeudi à l’APIC, le chanoine Olivier Roduit, coordinateur du projet.

L’abbaye de St-Maurice, fondée en 515 par le roi burgonde Sigismond, est la plus ancienne abbaye d’occident encore en activité. Elle dispose à ce titre d’une masse d’archives plus que millénaire. Les plus anciens originaux remontent au Xème siècle. La totalité des documents occupe plus de 162 mètres linéaires de rayonnage, dont 78 sont antérieurs aux XVIIIème siècle. C’est dire l’intérêt historique, mais aussi l’urgence d’une sauvegarde de ces archives. La salle où sont actuellement entreposés les documents ne dispose aujourd’hui d’aucun équipement de régulation de la température et de l’humidité.

Une entreprise exigeante et onéreuse

Etape essentielle de la publication, la restauration des documents exige toute une série de traitement spécifique, vaporisation, aplanissement, désacidification, renforcement… Une première estimation porte le budget de sauvegarde à 1’000’000 de francs.

Une telle masse d’informations exige la publication d’un inventaire complet. Cette démarche, expliquent les responsables du projet, est essentielle pour la consultation du grand public, comme de la communauté scientifique. Elle exige les compétences d’un archiviste paléographe. Des spécialistes dans le domaine de la saisie numérique sont requis pour constitution du site Web. Le budget de fonctionnement s’élève à 1’900’000 francs pour la période de réalisation, qui s’échelonnera jusqu’en 2005. Le budget d’investissement, concernant le les divers équipements pour le travail d’inventaire et le projet Web, s’élève à 400’000 francs. De plus, la rénovation d’une salle, en vue d’en faire un espace de consultation. est évaluée à 375’000 francs. Le chanoine O. Roduit estime, qu’en raison de la connaissance approximative de l’état des archives, un dépassement de budget est prévisible.

La communauté des chanoines de l’abbaye de Saint-Maurice ne peut pas, selon les propres termes du chanoine, assumer seule l’ensemble des charges, qui s’élève à plus de 3,5 millions. Elle espère trouver de larges appuis locaux, cantonaux et nationaux. Les 55 communes, dont les fonds médiévaux se trouvent dans les archives, les cantons de Valais et de Vaud, ainsi que l’Office fédéral de la protection des biens culturels, ont tous largement répondu à la demande de soutient de l’abbaye. Le financement 2001 et 2002 est d’ors et déjà assuré, assure le chanoine O. Roduit.

Création d’une fondation

Une «Fondation des archives historiques de l’Abbaye de St-Maurice» a vu le jour le 5 juin 2000. Elle est présidée par l’ancien ambassadeur Guy Ducret. Son but est de gérer ce travail de longue haleine, et de récolter des fonds complémentaires de privés, d’entreprises, et d’institutions à vocation culturelle. De plus, si la consultation du site Web est gratuite, un système de services supplémentaires, comme, par exemple des traductions, sera payant. Cette dernière source de revenu ne sera probablement qu’accessoire, estiment enfin les instigateurs.

Survol de près de 1500 ans d’histoire

Dans la seconde moitié du IVème siècle, l’évêque Théodore recueille les reliques de Maurice et de la légion thébaine et fait ériger une chapelle sur leurs tombes à Agaune. Dès le Vème siècle, il s’y développe l’un des lieux de culte chrétien parmi les plus importants de la Gaule et une église plus grande est édifiée. A la suite des dévastations causées par les Lombards (574) et les Sarrasins (940), les archives abbatiales ne conservent que de trop rares témoignages pour le premier millénaire. Les premiers originaux datent du Xème siècle. Un grand nombre d’actes du Xème au XIIème siècles ne sont connus que par une copie d’un cartulaire de l’abbaye rédigé au début du XIIIème siècle. Au cours du Moyen Age, les documents d’archives deviennent de plus en plus nombreux, mais ils ne semblent pas avoir fait l’objet d’inventaires à l’époque.

Ce n’est qu’au XVIIème siècle, lors de l’abandon du statut de collégiale à l’abbaye et du retour à la vie communautaire, que commence l’organisation des archives abbatiales. Les constitutions de 1637 prévoient la mise en commun de toutes les archives de l’abbé et des chanoines. Dès 1638-1639 une campagne de copie est mise en route: on confectionne alors onze cartulaires. Il faut attendre 1685 pour qu’un premier inventaire des actes soit dressé par Samuel Bolliet, selon un plan géographique et thématique. En 1693, l’incendie qui anéantit une bonne partie des bâtiments conventuels et de la ville de Saint-Maurice, épargne fort heureusement les archives.

Curieusement, seule une partie des parchemins et les papiers rédigés avant la seconde moitié du XVIIIème siècle fait l’objet d’une classification. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, le chanoine Joseph Hilaire Charles (1717-1782) rédige un nouvel inventaire, plus systématique que le précédent. Celui-ci est, aujourd’hui encore, la seule clef d’accès aux archives abbatiales.

A l’exception de divers registres de copies, analysés sommairement par le chanoine Pierre Bourban (1854-1920), les volumes de reconnaissances, les comptes, les plans, les minutaires et tous les fonds postérieurs à 1782 sont sans classement particulier; tout au plus, certaines parties sont rangées dans des tiroirs, d’autres sont disposées sur les rayons ou dans des armoires. La première vue d’ensemble des sources médiévales a été donnée en 1971 par Robert-Henri Bautier et Janine Sornay, sur la base de relevés sommaires. Elle ne permet cependant pas de retrouver aisément les documents qu’elle mentionne, car ils ne portent pas de cote. (apic/sh)

23 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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