Strasbourg: Alexis II dénonce la «fracture funeste» entre droits de l’homme et morale
Mais fait silence à propos de la Tchétchénie
Strasbourg, 3 octobre 2007 (Apic) Le patriarche de Moscou Alexis II est intervenu le 2 octobre à midi devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, à Strasbourg. Selon le quotidien catholique «La Croix», le patriarche de Moscou a mis en cause la «fracture funeste» qu’il voit aujourd’hui dans la civilisation européenne entre droits de l’homme et morale. Le primat de l’Eglise orthodoxe russe n’a fait aucune mention de la Tchétchénie.
«Cela s’observe dans l’apparition d’une nouvelle génération de droits en contradiction avec la morale, de même que dans la justification d’actes amoraux avec l’aide des droits de l’homme», a-t-il déclaré, en russe, dans sa première allocution devant une organisation internationale.
Pour le quotidien catholique son intervention était placée donc sous le signe de la morale chrétienne et des droits de l’homme. Le primat orthodoxe russe a souligné qu’ils «se sont développés dès leur genèse sur le terrain de la morale chrétienne et en quelque sorte formaient avec elle un tandem». Il a ainsi rappelé que la Convention européenne des droits de l’homme incluait un appel à la morale, que les rédacteurs du texte voyaient «non comme une vague notion, mais comme un élément bien déterminé de tout le système des droits de l’homme». «Si nous ne faisons pas cas de la morale, en définitive nous ne faisons pas cas de la liberté», a ajouté Alexis II, cité par «La Croix». Et d’ajouter: «Je suis convaincu qu’aucun État ne doit se mêler de la vie privée de l’homme».
Silence gênant
Prêtre orthodoxe d’origine russe en charge des relations oecuméniques pour l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, le Père Michel Evdokimov a un regard critique pour celui qui s’est adressé mardi à Strasbourg, et notamment pour le silence de l’Eglise orthodoxe russe, donc d’Alexis II, sur la situation des droits de l’homme, justement, en Tchétchénie.
«La reprise en main très autoritaire du pouvoir par Wladimir Poutine s’accompagne le plus souvent d’un silence bien gênant, et peu courageux, de l’Eglise orthodoxe alors même qu’elle devrait s’exprimer pour dire, au nom de l’Evangile, le droit et la justice. Un exemple? Aucun hiérarque n’a dénoncé l’attitude complaisante du pouvoir russe vis-à-vis de la junte militaire birmane. Pourquoi la Chine et la Russie s’opposent-elles à l’intervention de l’ONU dans ce pays? Parce que ces deux puissances veulent qu’on les laisse faire leurs basses besognes, l’une au Tibet, l’autre en Tchétchénie», a rappelé le Père Evdokimo dans une interview à l’Apic. (apic/cx/jcn/pr)



