Satisfaction côté juif et réactions positives en général dans le pays

Suède: Les luthériens de Suède suppriment les remarques antisémites de leurs prières

Stockholm, 30 avril 2000 (APIC) L’Eglise (luthérienne) de Suède, à laquelle adhère la majorité de la population, a décidé de changer certains termes dans ses prières officielles et d’omettre des passages des livres de cantiques afin de faire disparaître toute trace d’antisémitisme.

Ces changements font suite à la publication d’un nouveau rapport sur les relations entre chrétiens et juifs après la mise en place, il y a cinq ans, d’une commission chargée de se pencher sur ce problème. Ce rapport critique fortement certaines déclarations antisémites d’une grande figure de la Réforme, Martin Luther.

La commission d’études, nommée en 1995, 50 ans après la seconde guerre mondiale, a été chargée d’examiner les relations de l’Eglise avec la foi et le peuple juifs.

Ce rapport – «Les chemins de Dieu: un document de dialogue entre religions» – sera débattu au sein de l’Eglise les 12 prochains mois, et un grand nombre de Suédois espèrent qu’il sera accepté comme déclaration officielle.

Selon le rapport, «l’antisémitisme se retrouve dans les paroles et les actions en plusieurs occasions de l’histoire de l’Eglise». La discussion du rapport a déjà entraîné des changements dans les prières et les cantiques, a précisé Maria Klasson Sundin, chargée de la mission auprès du département international de l’Eglise de Suède, et membre du groupe d’étude. Elle se référait notamment à un cantique spécial de Pâques dans lequel les juifs sont rendus responsables de la crucifixion de Jésus, référence qui a été supprimée.

Maria Klasson Sundin a rappelé que la commission avait été mise en place en partie pour répondre au sentiment que l’Eglise avait manqué à son devoir envers les juifs en une période récente, notamment durant la seconde guerre mondiale et la Shoah.

Le rapport se distancie des écrits «anti-juifs» de Luther, soulignant que même si les luthériens «ont adopté le nom et une grande partie de la conception de la foi chrétienne de Martin Luther … nous ne pouvons accepter les attaques violentes faites par le réformateur contre les juifs».

L’écrit de Luther

Dans un de ses ouvrages, «Les Juifs et leurs mensonges», Luther rend en effet les juifs responsables de la crucifixion et il adresse des conseils aux chrétiens: «Qu’on brûle leurs synagogues et leurs écoles! Qu’on leur enlève tous leurs livres de prière et leurs Talmuds! Qu’on interdise à leurs rabbins, sous peine de mort, de faire entendre leur enseignement! Qu’on refuse aux juifs tout droit d’escorte et de protection publique! Qu’on leur interdise de faire du commerce! Qu’on leur confisque leurs économies, leurs bijoux, leur or, leur argent!».

Selon l’évêque Bjorn Fjarstedt, qui a rédigé une grand partie de ce rapport, «la question du peuple juif tuant Jésus est fondamentalement un problème théologique, mais elle a eu un effet énorme hors de l’Eglise».

Le rapport indique qu’il existe en fait une relation spéciale entre le christianisme et la foi juive: «Les lignes de division entre les deux traditions sont clairement tracées, et pourtant il est évident que dans un large mesure elles puisent l’eau dans le même puits. Ceci signifie que le christianisme, historiquement et théologiquement, a une relation avec la foi juive qui est unique… En conséquence il est impossible pour nous, chrétiens, de condamner la foi dans laquelle Jésus a vécu et est mort».

Réactions positives

La grande majorité des réactions au rapport ont été positives, a déclaré Maria Klasson Sundin, même s’il y a eu quelques remarques négatives émanant de l’aile conservatrice de l’Eglise. Certains membres de celle-ci craignent en effet que la vie et la mort de Jésus ne perdent leur caractère unique si l’existence d’un lien spécial entre les deux religions est acceptée.

La communauté juive de Suède a accueilli avec satisfaction ce rapport – et son suivi – comme un grand pas en avant. La Suède compte environ 20’000 juifs sur une population de 8,5 millions d’habitants. (apic/eni/pr)

30 avril 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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