Biocarburants: la Suisse doit défendre le droit à la nourriture
Suisse: 18 ONG interpellent la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey
Berne, 3 mars 2008 (Apic) 18 organisations non gouvernementales (ONG) ont interpellé la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey pour que la Suisse s’engage, au sein du Conseil des droits de l’homme, en faveur de la priorité du droit à la nourriture. Ce droit entre en nette concurrence avec la culture des biocarburants.
Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies se réunit à Genève du 3 au 28 mars. Jean Ziegler, rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation, présentera à cette occasion son rapport 2008. Dans ce document, il souligne que la culture massive d’agrocarburants (ou biocarburants), tirés de la fermentation de sucres (canne, maïs, blé.) ou fabriqués avec des huiles (palme, soja, colza, tournesol, etc.), porte atteinte au droit à la nourriture.
Les biocarburants représentent également une grave menace contre le droit à la terre de centaines de milliers de familles paysannes dans les pays en développement. Outre des conséquences écologiques et sociales immenses, ces cultures désormais convoitées renforcent également le problème de la famine et augmentent la pauvreté. Notons que le Brésil, par exemple, compte déjà des millions de voitures roulant au bioéthanol, les banques y ont déjà consacré de nombreux fonds de placement. Le président Lula veut faire du Brésil la plus grande puissance énergétique de la planète grâce au biodiesel, mais les défenseurs des petits paysans sont beaucoup moins enthousiastes !
Demande de soutenir Jean Ziegler
Dans une lettre adressée à la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, les organisations – dont le regroupement d’ONG pour le développement Alliance Sud à Berne – demandent que la délégation suisse au Conseil des droits de l’homme adopte «une position claire, exprime son inquiétude au sujet des conséquences négatives de la production industrielle d’agrocarburants et soutienne l’orientation proposée par le rapporteur spécial».
Jean Ziegler réclame en particulier un moratoire pour la culture de plantes à carburants jusqu’à ce qu’une «deuxième génération», moins problématique, soit développée. Concrètement, les organisations souhaitent que la Suisse propose une clause dans la Résolution du Conseil des droits de l’homme qui stipule que «les agrocarburants ne doivent pas violer le droit à la nourriture».
Les organisations qui ont signé la lettre sont les suivantes: Alliance Sud, Alliance contre la faim, Arbeitsgruppe Schweiz-Kolumbien, Médecins en faveur de l’environnement, Basler Appell gegen Gentechnologie, Bio Suisse, Bioforum Schweiz, Pain pour le Prochain, Caritas Suisse, Déclaration de Berne, Action de Carême, Fian Suisse, Eper, Plateforme pour une agriculture socialement durable, Eglises réformées Berne-Jura-Soleure (Terres Nouvelles), Association suisse pour la défense des petits et moyens paysans (VKMB), Solifonds, Swissaid. JB
Encadré
Les effets pervers des biocarburants
L’énergie «verte» plaît davantage aux grandes compagnies de l’industrie pétrolière qu’aux milieux écologistes et aux paysans du tiers monde, note Alliance Sud. Si les premières y trouvent un palliatif lucratif à la prochaine pénurie de pétrole, les deuxièmes y voient, à juste titre, un grave danger, tant pour l’environnement que pour l’alimentation.
La culture intensive de céréales (pour le bioéthanol) et d’oléagineux (pour les huiles) nécessite d’immenses surfaces agricoles, menaçant directement l’agriculture «alimentaire» traditionnelle et détruisant les forêts d’Amazonie pour la culture du soja et celles d’Indonésie pour l’huile de palme. A cet impact écologique déjà considérable s’ajoutent l’emploi massif de pesticides, la consommation d’eau, la surexploitation des sols (utilisation des terres en jachère), la consommation importante d’énergie (production, transformation, exportation.) et les expulsions de petits paysans. (apic/com/be)



