Suisse: 254e Assemblée ordinaire de la Conférence des évêques
Création d’un «Groupe de travail islam» et vaste tour d’horizon
Berne, 6 décembre 2001 (APIC La Conférence des évêques suisses (CES) a siégé du 3 au 5 décembre 2001 Bad Schönbrunn, Edlibach (ZG). Elle a pris congé de Mgr Georg Holzherr, Abbé d’Einsiedeln, présent durant 32 ans au sein de la CES. La CES a par ailleurs accueilli en son sein son successeur, le Père Abbé Martin Werlen. Au cours de cette 254e assemblée ordinaire, les évêques suisses ont décidé de créer un «Groupe de travail Islam» et «Groupe de travail bio-éthique». Autres chapitres à l’ordre du jour: le rapport de la délégation de la CES qui s’est rendue récemment en Afrique du Sud, l’appel à la prière pour la paix dans le monde, lancé par le pape, le régime des délais et les sans-papiers. La CES s’exprime enfin en faveur de l’adhésion de la Suisse à l’ONU.
La CES a par ailleurs reçu la visite du Nonce apostolique, Mgr Pier Giacomo De Nicolò, ainsi que de l’administrateur apostolique d’Astana, au Kazakstan, Mgr Tomasz Peta, de passage en Suisse.
Appel à la prière pour la paix dans le monde
La situation mondiale actuelle – caractérisée par de multiples tensions et une insécurité accrue – a déstabilisé nombre de nos concitoyens. Comme ils l’ont déjà dit à plusieurs reprises depuis les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, et du 27 septembre à Zoug, les évêques sont convaincus que les événements de ces derniers mois ne doivent pas «nous figer dans le désarroi, mais aiguiser nos solidarités, mobiliser la prière de tous les croyants, afin que le bien triomphe de la haine».
En ce sens, la CES fait sienne la proposition du pape Jean Paul II d’une Journée de jeûne pour la paix, le 14 décembre prochain. Elle invite tous les catholiques de Suisse à y participer activement. Conformément au v?u du pape, les évêques invitent les fidèles à faire un don et à être le mettre à la disposition des pauvres, en particulier de ceux qui souffrent en ce moment des conséquences du terrorisme et de la guerre.
La CES transmettra ce même jour un message de l’Eglise catholique aux musulmans à l’occasion de la fin du Ramadan. Les évêques rappellent encore la Journée de prière des religions pour la paix, à l’occasion de la seconde réunion des responsables des religions à Assise, le 24 janvier. La première rencontre interreligieuse d’Assise s’était tenue il y a quinze ans à Assise, le 27 octobre 1986.
Les évêques invitent enfin, comme chaque année, toutes les paroisses et communautés à s’associer à la Journée mondiale de la paix, le 1er janvier. En cette période de Noël, ils tiennent à faire part de leur solidarité envers la population de Palestine, et particulièrement de Bethléem, qui vit des mois particulièrement difficiles au vu de la situation tragique en Terre-Sainte.
Encadré
Création d’un «Groupe de travail Islam» de la CES
La CES a décidé la création d’un «Groupe de travail Islam», comme un important instrument pour promouvoir le dialogue interreligieux dans notre pays. Le groupe sera chargé de poursuivre et approfondir le travail accompli pendant de nombreuses années par une commission de «migratio», notamment en ce qui concerne la connaissance de la foi islamique, de la culture islamique et des questions pratiques posées par l’Islam vécu dans la rencontre avec notre culture dans le quotidien. Le groupe de travail s’attachera à promouvoir le dialogue islamo-chrétien en Suisse, ainsi que la connaissance de l’Islam parmi les engagés en pastorale. Le contact devra en outre être assuré avec d’autres commissions de dialogue des Eglises chrétiennes, notamment avec la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). Les membres déjà nommés sont: Mgr Pierre Bürcher (Lausanne), Erwin Tanner (Fribourg), Francis Piccand (Berne), Farhad Afshar (Berne), Samuel Martin Beloul (Windisch/AG), le Père Raphaël Deillon PB (Fribourg), ainsi que l’abbé Agnell Rickenmann, secrétaire de la CES. Seront également invités un délégué de la FEPS en tant qu’observateur et plusieurs consultants extérieurs.
Encadré
Création d’un «Groupe de travail bio-éthique»
Les développements en matière de recherche médicale et de bio-éthique se suivent à un rythme de plus en plus accéléré. Rares sont les spécialistes qui peuvent donc se targuer de maîtriser les questions éthiques toujours plus complexes soulevées notamment par la recherche génétique, les cellules- souches embryonnaires ou le clonage.
C’est pourquoi la CES a décidé la création d’un «groupe de travail bio- éthique». Celui-ci aura pour mandat de rassembler et assimiler la connaissance dans le domaine (plusieurs conférences des évêques disposent déjà de commissions efficaces, de même que le Vatican, sans oublier les organismes de l’Etat). Le groupe sera ainsi à même de conseiller les évêques.
Vu la complexité de la question, le mandat de ce groupe devra être formulé de façon plus détaillée et sa composition sera annoncée ultérieurement.
Encadré
Solidarité avec les évêques d’Afrique du sud
La CES a accueilli avec grand intérêt le rapport de sa délégation qui s’est rendue en Afrique du sud du 25 septembre au 3 octobre 2001. Ce voyage a eu lieu sur invitation de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud. Trois membres de la CES y ont pris part : Mgr Ivo Fürer, évêque de St- Gall, emmenait la délégation, accompagné de Mgr Paul Vollmar, évêque auxiliaire de Coire, et de Mgr Joseph Roduit, Abbé de St-Maurice. Trois experts étaient également du voyage: Antonio Hautle, directeur de l’Action de Carême, Walter Ulmi, expert de l’Action de Carême pour l’Afrique australe, et Martin Bernet, secrétaire du Conseil Missionnaire Suisse.
Déjà du temps de l’apartheid, il y a eu des échanges assez fréquents entre la CES et la conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud. La visite de la délégation, cet automne, est un signe de la poursuite de ces liens étroits depuis l’abolition de l’apartheid, en 1994. Durant son séjour, la délégation a rencontré 13 évêques ; elle était accompagnée par le secrétaire de la Conférence des évêques catholiques d’Afrique du Sud et le responsable de Justice et Paix de ce pays. A plusieurs reprises, des rencontres conjointes ont eu lieu avec une délégation de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), qui séjournait en même temps en Afrique du Sud.
Des rencontres significatives ont eu lieu entre les délégués de la Conférence des évêques catholiques et de la Conférence des Eglises chrétiennes d’Afrique du Sud d’une part, et les membres des deux délégations suisses (catholique et protestante) d’autre part. Beaucoup d’informations ont été données sur l’attitude de la Suisse, en particulier des entreprises et des banques, durant les dernières années de l’apartheid. Ces fortes déclarations devront être examinées.
La CES salue les résultats des diverses commissions qui ont contribué, en Afrique du Sud et en Suisse, à faire la lumière et s’engage, pour sa part, éclairer les zones d’ombre qui subsistent. Elle a fait part de sa disponibilité à ouvrir ses propres archives. Pour clarifier les demandes provenant d’Afrique du Sud envers la Suisse et en mesurer la portée politique et éthique, la CES a chargé sa commission Justice et Paix de poursuivre ces travaux en dialogue avec la commission homologue d’Afrique du Sud.
Encadré
Régime des délais
La CES rappelle son rejet absolu du régime des délais, sur lequel le peuple suisse sera appelé à se prononcer le 2 juin prochain. En ce sens, elle a pris connaissance avec consternation de la prise de position récente de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), qui soutient ce régime. Pour les évêques, une bonne solution doit impérativement tenir compte de la protection de l’enfant dès sa conception.
Traditionnellement, la liturgie catholique célèbre le 28 décembre la Fête des Saints Innocents, massacrés par Hérode. Cette journée peut être mise profit aussi pour rappeler les innombrables vies qui chaque année ne peuvent voir le jour, victimes d’un avortement. Les évêques invitent les paroisses à prier particulièrement le 28 décembre pour le respect de la vie et encourage les catholiques à témoigner, ce jour-là, de leur solidarité envers le groupe le plus faible et le moins protégé de la population.
Encadré
Sans papiers: nouvel appel en faveur d’une solution catégorielle
Durant la troisième semaine de la session d’hiver, le Parlement abordera la question des sans-papiers. Les évêques tiennent à rappeler leur grande préoccupation face à ce problème, que beaucoup dans notre pays n’ont longtemps pas voulu reconnaître. Ils tiennent à souligner avec force que ceux et celles qui sont sans papiers ne sont pas pour autant sans droits. Le droit, notamment, d’être traités avec dignité. Ils demandent aux autorités politiques qu’elles continuent de considérer qu’il ne s’agit pas là de cas uniquement administratifs, mais de destinées humaines.
Concrètement, la CES préconise une démarche visant à englober toutes les dimensions du problème : juridique, humanitaire, de droit international, migratoire, politique, économique, culturelle et spirituelle. Les évêques réitèrent leur proposition d’une solution qui permette de bien distinguer entre les différentes catégories de sans-papiers et définissant rapidement pour chacun de ces groupes les mesures adéquates à adopter.
Encadré
Soutien à l’adhésion de la Suisse à l’Organisation des Nations Unies (ONU)
La CES réitère son soutien à l’adhésion de la Suisse à l’ONU, objet sur lequel le peuple suisse aura à se prononcer le 3 mars 2002. La mondialisation des relations économiques, sociales et culturelles demande une concertation toujours plus étroite entre les diverses nations qui composent la famille humaine. Quelles que soient les faiblesses de cette organisation, l’ONU est la seule instance mondiale réunissant tous les pays du monde en vue de traiter ensemble des problèmes qu’affronte l’humanité. Elle est donc, aux yeux de l’Eglise catholique, un instrument indispensable à la réalisation du bien commun à l’échelle planétaire.
La Suisse, relèvent les évêques, a des compétences à faire valoir dans le droit humanitaire, les négociations pour la paix, la protection de l’environnement. Sa pratique du fédéralisme et de la démocratie lui permet d’apporter une contribution importante à la compréhension entre les peuples et à la démocratisation des organisations internationales. Sa neutralité même y gagnera en reconnaissance. «La Suisse sera mieux à même d’offrir ses bons offices et de venir en aide aux victimes des guerres par sa participation pleine et entière aux Nations Unies. C’est pourquoi il serait incompréhensible que notre pays soit le seul à rester à l’écart».
Encadré
Rencontre des paroisses et mouvements à Baar (ZG)
A l’invitation de la CES s’est déroulée le 24 novembre à Baar (ZG) une journée de dialogue entre représentants des nouveaux mouvements ecclésiaux et des paroisses et diocèses de toute la Suisse. On a pu constater une nouvelle fois combien les paroisses et nouveaux mouvements sont dépendants les uns des autres et se complètent avantageusement. C’est pourquoi les évêques soutiennent tous les efforts pour un dialogue dans un esprit d’ouverture entre ces deux composantes de la vie ecclésiale, afin d’éliminer les préjugés et d’approfondir la collaboration.
Encadré
Départ de l’Abbé Georg Holzherr et nouvelle répartition des dicastères
La CES a pris congé de l’Abbé Georg Holzherr d’Einsiedeln, qui, au-delà de la direction de son Abbaye, s’est dépensé sans compter pour les dossiers qui lui ont été confiés par la CES. C’est ainsi qu’il a été responsable durant trois décennies du dicastère «Liturgie» de la CES. Les évêques remercient chaleureusement l’Abbé Holzherr pour tout ce qu’il a apporté à la conférence. Le dicastère «Liturgie» sera désormais dirigé par Mgr Paul Vollmar, évêque auxiliaire du diocèse de Coire et docteur en liturgie. Le nouveau membre de la CES, le Père Abbé Martin Werlen, spécialiste en pédagogie et en psychologie, reprend quant à lui la responsabilité de la Formation et des Ecoles, auparavant assurée par Mgr Vollmar.
Nominations
Chapitres nominations, par décision du Modérateur de l’Officialité Interdiocésaine Suisse, Mgr Amédée Grab, la CES a nommé les membres de l’Officialit Interdiocésaine Suisse pour une période de cinq ans partir du 1er janvier 2002. L’Officialité interdiocésaine est l’organe chargé de traiter les questions de droit ecclésiastique liées aux causes matrimoniales. Elle sert d’instance de recours suite aux décisions des tribunaux ecclésiastiques diocésains. La CES a par ailleurs nommé Verena Lenzen, professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Lucerne, comme membre catholique de la Commission de dialogue judéo/catholique- romaine. Née en 1957 en Allemagne, Verena Lenzen enseigne le judaïsme et le dialogue judéo-chrétien et dirige l’Institut de recherche judéo-chrétienne de l’Université de Lucerne. Enfin, suite à la démission de Hedi Jager de la présidence de la Commission nationale «Justice et Paix», la CES a nommé à ce poste Soeur Nadia Bühlmann (Baldegg/LU) pour la période 2002-2005. Elle a par ailleurs approuvé le programme annuel de la commission. La commission suisse assumera le Présidium de la Conférence des commissions « Justice et Paix » européennes pour la période 2002-2004. Cette conférence a élu à sa présidence Jeanine Kosch (Rüschlikon/ZH) et le secrétariat général sera occupé par Mme Sonja Kaufmann (Genève/Berne).
La CES s’est encore penchée sur la question des aumôneries militaires dans le cadre de la Réforme Armée XXI, et pris connaissance du rapport de Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion, concernant sa participation en tant que délégué de la CES au Synode des évêques, qui s’est déroulé en octobre Rome. (apic/com/pr)



