Enjeux de la crise financière pour les pays les plus pauvres

Suisse: Alliance Sud présente à la Conférence de l’ONU sur la crise économique à New York

Berne, 24 juin 2009 (Apic) Alliance Sud, la communauté de travail des œuvres suisses d’entraide (*), participe à la conférence de l’ONU sur la crise financière qui se tient à New York du 24 au 25 juin. Elle y notamment représentée au sein de la délégation officielle de la Suisse.

Les représentants de la communauté internationale y discutent notamment des conséquences de la crise financière pour les pays les plus pauvres. C’est la première fois que tous les pays ont ainsi l’occasion de s’exprimer, après les réunions du G20 réservées à un cercle exclusif.

La Suisse reste frileusement en retrait, déplore Alliance Sud

«Les pays pauvres sont innocents» en ce qui concerne la crise financière qui ravage l’économie de la planète, a déclaré la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque mondiale. Innocents, car le tsunami financier mondial a éclaté dans les pays riches. Mais pas épargnés pour autant, car ses effets socio-économiques les frappent aujourd’hui de plein fouet. Selon la Banque mondiale, leur déficit de financement pourrait atteindre 700 milliards de dollars. A cause de la crise, 65 à 90 millions d’individus vont tomber en 2009 au-dessous du seuil de pauvreté. Et 200 à 400’000 enfants supplémentaires devraient mourir chaque année jusqu’en 2015.

Les mesures de régulation adoptées jusqu’ici – en particulier par le G20 – n’ont pas vraiment pris en compte les préoccupations des pays pauvres, relève Michel Egger, responsable de politique de développement à Alliance Sud, dans un article publié par le quotidien économique «L’Agéfi» du 23 juin 2009. Ceux-ci espèrent donc beaucoup du Sommet de l’ONU sur la crise financière, qui se tient dès mercredi à New York. «Ils n’attendent pas un simple rapiéçage du système, mais une réforme en profondeur de l’architecture monétaire et financière globale. Vers plus de sécurité et de justice», relève Michel Egger.

Les débats ne se présentent pas sous les meilleurs augures

«L’issue des débats va notamment dépendre de l’attitude des pays riches. Les choses, hélas, ne se présentent pas sous les meilleurs augures. Plusieurs d’entre eux ont déjà manifesté leur opposition aux idées de la commission d’experts de l’ONU, présidée par le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. C’est notamment le cas de la Suisse, qui n’enverra pas de conseiller fédéral à New York. Un signe de sa position plutôt défensive et minimaliste», déplore-t-il.

Les enjeux de ce sommet sont triples. Un premier porte sur le rôle de l’ONU dans la future gouvernance économique planétaire. La commission Stiglitz a proposé l’établissement d’un Conseil économique mondial. «Un tel organe de coordination et de régulation constituerait une alternative démocratique au club fermé et peu légitime du G20», poursuit Michel Egger. Nombre de pays en développement y sont favorables, ainsi que l’Allemagne.

Poids disproportionné des pays industrialisés

«La Suisse, qui est exclue du G20, devrait l’être aussi. Or, elle se montre plutôt sceptique et peu favorable à la création de nouvelles structures. Elle soutient plutôt le renforcement des institutions existantes comme le Fonds monétaire international (FMI), où les nations industrialisées ont un poids disproportionné», toujours selon Michel Egger.

Un deuxième enjeu majeur est la lutte contre la crise au Sud. Alors que les pays du Nord ont investi jusqu’ici quelque 10’000 milliards de dollars pour leurs banques et plans de relance, les pays pauvres manquent totalement de moyens. Ils revendiquent donc un fonds spécial d’aide multilatérale, un moratoire immédiat sur leurs dettes, la création de nouvelles facilités de crédit libérées du joug du FMI. Mais les pays industrialisés bloquent. La Suisse veut s’en tenir aux institutions déjà établies de financement ainsi qu’à des contributions d’aide volontaires et bilatérales. Elle dit toujours non aux mécanismes de financement innovants du développement comme une taxe sur les transactions financières.

Troisième enjeu, la refonte du système financier international. Ici, les pays du Nord sont très en deçà des recommandations de la commission Stiglitz, qui prône notamment la création d’une nouvelle monnaie de réserve mondiale pour sortir de la dépendance envers le dollar. «Le Conseil fédéral juge cette proposition inutile. Il estime, d’une manière générale, que les actions doivent être prises avant tout à l’échelon national. Comme si la crise actuelle n’était pas un phénomène systémique et global, exigeant une réponse du même ordre…», insiste le représentant d’Alliance Sud.

Michel Egger voit mal, dans ces conditions, comment la Suisse pourrait montrer d’une manière crédible qu’elle «prend très au sérieux les préoccupations des pays en développement». Attachées au «business as usual», ses positions témoignent plutôt du contraire, de la volonté affirmée de «défendre en première ligne ses intérêts propres», comme l’a écrit le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz à Alliance Sud. «Au risque de faire obstacle aux mesures novatrices dont le monde a besoin pour sortir de la crise et éviter que de tels cataclysmes ne se reproduisent à l’avenir. Au risque également de donner raison aux voix qui l’ont récemment épinglée pour son égoïsme, sa myopie et son manque de justice dans le débat sur l’évasion fiscale internationale», conclut le responsable de politique de développement à Alliance Sud. JB

(*) Alliance Sud est la communauté de travail des six grandes organisations suisses d’entraide: Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas, Caritas et Entraide protestante (Eper). Cette communauté de travail a été crée en 1971. Le but d’Alliance Sud est d’influencer la politique de la Suisse en faveur des populations pauvres de la planète et privées de leurs droits fondamentaux. Elle agit notamment par des conférences et des interpellations politiques, des campagnes publiques et un travail d’information efficace. (apic/com/be)

24 juin 2009 | 16:17
par webmaster@kath.ch
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