Suisse: Armes légères: «Réseau Foi et Justice Afrique-Europe» interpelle le Conseil fédéral

Près de huit millions de victimes en dix ans sur le continent africain

Lausanne,

(APIC) Les armes légères saignent à blanc la jeune génération africaine. Elles ont fait près de 8 millions de victimes ces dix dernières années sur le continent noir. La Suisse doit jouer de toute son influence dans le cadre de la Conférence internationale sur le commerce illégal d’armes légères, qui se tiendra du 9 au 20 juillet à Nairobi, sous l’égide de l’ONU. Au nom de 21 Instituts et Congrégations religieuses helvétiques, «Réseau Foi et Justice Afrique-Europe» (RFJAE) interpelle le Conseil fédéral et les parlementaires suisses pour que les marchands d’armes soient soumis à une législation internationale.

500 millions d’armes légères circulent dans le monde, souvent en toute illégalité, pour un chiffre d’affaires de 12 milliards de dollars, révèle le Père Claude Maillard, de l’antenne suisse du RFJAE, dans la lettre que 21 instituts et congrégations religieuses suisses adressent aux conseillers fédéraux Joseph Deiss, Pascal Couchepin et Samuel Schmid, ainsi qu’à tous les parlementaires fédéraux. Si la Suisse n’est pas encore membre de l’ONU, elle peut tout de même faire pression en faveur d’une réglementation du commerce des armes légères: elle soutient en effet financièrement les organes de l’ONU et est présente dans les commissions.

Parmi les 64 pays qui fabriquent des armes (comme la France ou les Etats-Unis), les plus grands fournisseurs sont la Russie, la Chine, la Biélorussie, la Corée du Nord, la Roumanie, la Slovaquie et Israël. Ils opèrent par le biais d’entreprises privées, liés souvent à l’armée, de marchands d’armes de l’ancien bloc communiste et de réseaux d’espionnage démantelés. La mise en œuvre de contrôles stricts bute sur la corruption, l’absence d’administration efficace, le manque d’infrastructures et de moyens de communication, en un mot: sur la faiblesse de la société civile de nombreux Etats, écrit encore le RFJAE.

Génération africaine sacrifiée

Le Dr Sola Ogunbangwo, du groupe d’experts sur les armes légères institué par l’ONU, a déclaré le 21 janvier dernier à New-York que 7,8 millions de personnes, dont 2 millions d’enfants, étaient tombées sous les balles des armes légères en Afrique ces dix dernières années. Ce fléau qui a aussi engendré cinq millions d’infirmes fait grandir «la jeune génération de ce continent dans une culture de violence et de mort. Les enfants africains souffrent également de graves répercussions psychologiques», accuse le médecin.

C’est le commerce des armes légères qui rend possible l’engagement des enfants soldats, dénonce Sola Ogunbangwo. La Chine va même jusqu’à produire des armes légères spécialement conçues pour les enfants. Au cours des trente conflits enregistrés cette dernière décennie, 250’000 enfants ont été recrutés, souvent de force. Beaucoup d’enfants de la rue se sentent valorisés de posséder une arme, déplore le médecin de l’ONU.

Selon le RFJAE, pour enrayer contre cette tragédie, il faut obliger les fabricants à immatriculer chaque arme, afin d’en faciliter le traçage et de réduire le marché noir. De même, les courtiers en armes doivent travailler uniquement sous licence, y compris pour les exportations vers des pays tiers.

Mesures timides de l’Union Européenne

Au sein de l’Union Européenne, seules la Suède, la Grande Bretagne et la Belgique établissent un rapport sur leurs ventes d’armes, mais sans préciser les destinataires ni les transitaires. Aux Etats-Unis, les lobbies de l’industrie ont fait avorter au sénat un code de conduite national qui ne visait pourtant qu’à réglementer les transferts d’armes conventionnelles, poursuit le Père Maillard. Le père blanc avoue qu’il reste un long chemin à parcourir avant que la souffrance des 300’000 enfants soldats dans le monde ne prenne fin.

18 Prix Nobel de la Paix ont présenté un nouveau Code de conduite international et plus de 200 organisations non-gouvernementales ont lancé en 1999 un Réseau pour combattre ce fléau. En Autriche, l’association des congrégations religieuses féminines en appelle également au gouvernement pour qu’il soutienne des mesures internationales contre le commerce illégal des armes. Les ordres féminins autrichiens ont pris connaissance des rapports alarmants de leurs consœurs africaines, lors de leur dernière conférence à Vöcklbruck. Elles soulignent que la facilité avec laquelle on peut se procurer des armes légères dans le monde à des conséquences désastreuses pour les pays qui connaissent un climat latent de guerre civile. (apic/rfjae/kna/om/mjp)

5 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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