Les étrangers coûtent-ils trop cher à la Suisse ?
Suisse: Assemblée annuelle de la Commission catholique suisse pour les migrants (SKAF)
Berne, 22 mai 1997 (APIC) La crise économique frappe deux fois plus durement les immigrés que les Suisses. Tel est le constat dressé par la Commission catholique suisse pour les migrants (SKAF) qui tenait son assemblée annuelle jeudi à Berne. L’économiste valaisan Jean Vallat, ancien professeur à l’EPFL, a rappelé combien la migration est une composante essentielle de l’économie suisse.
La situation économique actuelle en Suisse a une double répercussion sur les immigrants. Le pourcentage des chômeurs chez les migrants est environ deux fois plus élevé que chez les autochtones. Il leur est en outre nettement plus difficile de retrouver un emploi. Leur formation professionnelle souvent minime et le manque de connaissances linguistiques leur rendent l’accès aux programmes de formation plus difficiles. La SKAF demande aux paroisses de fournir une aide concrète à ces personnes et à ces familles marginalisées à plusieurs titres.
Jean Vallat a placé son exposé sous le précepte biblique: «Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte.» Face à la tentation bien réelle lors des crises économiques de faire de l’étranger un bouc émissaire, il est légitime de se poser la question : «Les étrangers nous coûtent-il vraiment si cher que nous ne puissions les supporter ?»
Le cas des requérants d’asile est parfaitement typique, relève le professeur Vallat. Dans ce cas, les pouvoirs publics sont fortement mis à contribution puisque les requérants dépendent presque exclusivement de leurs prestations pour le logement, la nourriture et l’argent de poche. Mais il faut se demander où va cet argent. On est alors obligé de reconnaître qu’il reste dans les circuits de l’économie suisse puisqu’il sert à payer les personnes chargées de l’accueil, à louer des locaux d’hébergement, à acheter de la nourriture. Vu sous l’angle global, le coût est véritablement nul pour l’économie suisse.
Dans le cas des saisonniers qui, estime-t-on, envoient à l’étranger environ un tiers de leur revenu, de permettre le regroupement familial et de supprimer leur statut pour que cet argent reste en Suisse.
Pour les étrangers séjournant à l’année ou disposant d’un permis d’établissement, leur mode de vie et de consommation ne diffère guère de celui des Suisses. Il faut rappeler ici que la dernière catégorie regroupe 72% des étrangers. Pour Jean Vallat, il est donc, sur le plan économique, totalement faux de prétendre que les étrangers nous coûtent. Il faut plutôt admettre qu’ils contribuent de manière importante au financement de nos assurances sociales. Si la pauvreté s’accroît en Suisse, il ne faut pas en rendre responsables les étrangers.
800’000 étrangers catholiques en Suisse
Sur le plan ecclésial, la Suisse compte actuellement environ 800’000 immigrants catholiques. Leur pastorale est assurée en 18 langues, par 177 prêtres, 2 diacres et 25 assistants pastoraux. La Conférence des évêques suisses a publié au printemps 1996 un document sur la pastorale des migrants. Ce texte apporte une importance particulière à la collaboration entre les paroisses et les missions linguistiques. Il serait très dommageable qu’à cause de la baisse des revenus les Eglises cantonales ou les paroisses cherchent à réduire le financement des missions linguistiques, avertit la SKAF. Ce d’autant plus que les communautés étrangères ont souvent que peu de moyens pour se défendre.
La SKAF apporte aussi une attention particulière aux immigrants d’autres religions, en particulier les quelque 300’000 musulmans. Un groupe de travail se penche sur leurs préoccupations et cherche des voies de dialogue.
Au chapitre statutaire, les 70 délégués présents ont prolongé pour un an le mandat du président Walter Gut afin de pouvoir résoudre le problème de la succession. (apic/wm/mp)



