Suisse: Caritas diffuse une étude sur les «Rapports de travail précaire en Suisse»

Un emploi sur dix considéré comme précaire: les femmes trinquent

Bernard Bovigny, de l’agence APIC

Lucerne, 6 novembre 2001 (APIC) Près de 10% des travailleurs en Suisse se trouvent dans un rapport de travail instable. Cette proportion touche davantage les femmes (17%) et le personnel non qualifié. Ces constatations ressortent d’une étude de Caritas Suisse intitulée «Rapports de travail précaire en Suisse» présentée à la presse le 6 novembre à Berne.

«Le nombre de salariés, en particulier les femmes, qui ne connaissent pas au début du mois leur nombre d’heures de travail, leurs horaires et leur salaire mensuel est en augmentation», a souligné Carlo Knöpfel, co-auteur de l’étude et collaborateur au secteur «Recherche et évaluation» de Caritas Suisse à Lucerne. Selon lui, l’emploi précaire représente le revers de la médaille de la flexibilité, notion en vogue dans le marché actuel de l’emploi.

Sur les quelque 4,2 millions d’actifs en Suisse, 430’650 travailleurs se trouvent dans une situation de rapport de travail précaire, révèle Caritas dans son étude. Ce qui représente près de 10% des travailleurs, indépendants compris. Ces derniers n’échappent pas à ce phénomène. Ils sont près de 94’200 travaillant en solo avec un revenu annuel brut inférieur à 36’000 francs. Nommés parfois les «nouveaux indépendants», ils peuvent se retrouver en situation de précarité si la décision de se mettre à leur compte résulte d’une mise au chômage ou d’un départ devant des conditions qu’ils ont jugées inacceptables. Enfin, les emplois à temps partiel avec un salaire annuel en dessous du seuil obligatoire pour la prévoyance professionnelle, à savoir 24’720 francs, se montent à près de 190’000 selon Caritas. Quant aux rapports de travail irréguliers, qui impliquent notamment les sans-papiers, ils seraient environ 100’000, selon une estimation qualifiée de «prudente».

Caritas définit comme précaires les rapports de travail instables, comme ceux qui sont liés à un contrat de durée déterminée, les emplois temporaires, le travail sur appel, le travail auxiliaire et occasionnel, de même que, dans certains cas, les charges de travail réduites, le travail minimal ou la mise à temps partiel contre le gré de l’employé.

Risques encourus par les travailleurs sur appel

Simone Prodolliet, co-auteur de l’étude et collaboratrice à Caritas Suisse, a insisté lors de la conférence de presse sur les risques encourus par les travailleurs sur appel. Ce type de rapport devient notamment critique lorsque les sollicitations interviennent à court terme, un dédommagement insuffisant est proposé pour l’état de disponibilité, le droit aux vacances ne peut pas être respecté, les repos nécessaires ne peuvent pas être planifiés ou le salaire annuel n’atteint pas le minimum obligatoire pour la prévoyance professionnelle.

«Nous ne rejetons pas en bloc la flexibilité des rapports de travail», tempère Jürg Krummenacher, directeur de Caritas Suisse, «car elle comporte également des avantages pour les employés. Elle permet à plus de femmes de devenir actives tout en s’occupant de leur famille». Mais, selon Caritas, les avantages de la flexibilisation ne profitent qu’à une petite partie des employés: ceux qui sont bien payés et possèdent de hautes qualifications. Pour les autres, un rapport de travail flexible équivaut surtout à l’insécurité ou à la précarité.

Dans son étude, Caritas propose plusieurs mesures pour enrayer le travail précaire. «Toutes les formes de rapports de travail doivent être réglées par les contrats ou les conventions collectives», préconise d’abord Carlo Knöpfel. «C’est justement dans les branches où l’on constate le plus grand nombre de situations de travail précaires que les contrats ou les conventions collectives sont le moins développés». Autre remède proposé par Caritas: la formation continue. «L’Etat est encore trop inactif dans ce domaine. C’est seulement lorsque les personnes concernées se retrouvent au chômage qu’une série de mesures destinées à les rendre plus aptes à réintégrer le marché de l’emploi leur est offerte», déplore Carlo Knöpfel, qui prône un concept de «formation continue tout au long de l’existence». Une telle tâche, estime Caritas, pourrait être confiée aux Offices régionaux de placement, à titre de prévention contre le chômage.

Combattre le travail au noir

Caritas attend également du Conseil fédéral qu’il combatte davantage le travail au noir et propose que la prévoyance professionnelle (LPP) enregistre également les bas revenus et les emplois à temps partiel. Comme le souligne l’étude, «il faut soutenir les propositions qui s’attachent à améliorer la situation d’un grand nombre d’assurés disposant de faibles revenus et d’emplois à temps partiel».

Les autres mesures touchent la sécurité sociale: prise en compte des rapports de travail flexibles, extension à la prévoyance professionnelle pour tous les travailleurs et mesures permettant aux bas salaires de pouvoir aussi bénéficier d’une retraite anticipée.

«Longtemps, les partenaires sociaux se sont occupés de l’élaboration de rapports de travail normaux. L’homme, unique soutien de la famille, était au centre des préoccupations. Ce n’est que récemment que des syndicats, surtout ceux qui sont actifs dans le domaine des services, s’intéressent à ces situations de travail atypiques et cherchent à cerner les problèmes qui leur sont liés», affirme Jürg Krummenacher. (apic/bb)

6 novembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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