Suisse: Danielle Mitterrand a présenté l’organisation «France-Libertés» à Fribourg
Soutenir ceux qui tiennent «un autre discours»
Par Bernard Bovigny, de l’agence APIC
Fribourg, 1er décembre 2000 (APIC) Danielle Mitterrand était invitée, jeudi soir à Fribourg par quatre organisations humanitaires, à présenter les activités de l’organisation «France-Libertés» qu’elle a fondé en 1986. Elle a partagé devant près de 600 participants ses convictions dans sa lutte pour le soutien de ceux qui tiennent «un autre discours» que celui des gouvernements.
La fondatrice de France-Libertés a accompli un véritable périple pour se trouver jeudi soir à l’Aula de l’Université à Fribourg: un avion retenu au sol par le brouillard et huit heures de train l’ont contrainte à débuter sa conférence avec une demi-heure de retard. Danielle Mitterrand a néanmoins répondu sans ambages, et avec spontanéité, notamment aux questions du journaliste-radio Patrick Ferla sur ses confrontations d’idées avec son mari. La conférence était organisée par les sections fribourgeoises d’Amnesty International et de l’’Action des Chrétiens pour l’abolition de la torture, par Pax Christi Suisse et par Musique Espérance.
Une autre mondialisation
France-Libertés est né en 1986 de la fusion de trois associations présidées alors par Danielle Mitterrand. Elle compte actuellement 35 permanents, salariés et bénévoles, et s’appuie en France et dans le monde dans plus de 60 pays sur un réseau de partenaires locaux. «Nous cherchons à construire une autre mondialisation, celle de la solidarité des peuples», souligne Danielle Mitterrand, qui utilise couramment le terme «autre» pour situer l’action de son organisation: Soutenir ceux qui tiennent un «autre discours» – susciter un «vivre autrement» – bâtir une «autre forme de pouvoir».
L’ONG France-Libertés dénonce en effet la mondialisation économique, qui est en train de soumettre tous les gouvernements aux lois de l’économie de marché, au détriment de politiques sociales et culturelles qui prendraient en compte une démocratie assurant à chaque femme, homme et enfant, non seulement les mêmes droits, mais encore les mêmes possibilités d’exercer ces droits dans tous les domaines de leur vie. «Nous avons repéré des personnes luttant pour la justice et la solidarité, ou qui soutiennent les exclus de la culture capitaliste», a affirmé Danielle Mitterrand dans sa conférence. France-Libertés a donc pris le parti de donner la parole à ceux qui ont «un autre discours, en favorisant les formes d’expressions adaptées à chaque culture.
«Nous soutenons des associations et des citoyens qui inventent des manières de s’organiser autrement pour répondre à des besoins qui ne sont pas dictés par les seules lois du marché mondial», souligne la conférencière qui cite, à titre d’exemple, la création de monnaies solidaires, de banques qui facilitent l’accès au crédit à des populations démunies, de luttes pour le droit à la terre ou le droit des femmes, et d’innovations dans l’organisation et la conception du travail.
Un contre-pouvoir au gouvernement
«Durant les années de présidence de votre mari, étiez-vous perçus comme une forme de contre-pouvoir?», interroge le journaliste Patrick Ferla. «Pour moi, non. Mais pour François, oui», répond sans ambages l’ex-première-dame de la France. «Mais lui-même estimait que tout pouvoir devait avoir un contre-pouvoir», précise-t-elle pour expliquer le soutien qu’elle recevait de lui. Madame Mitterrand était-elle toujours sur la même longueur d’ondes que son mari? «Avec François oui, bien sûr. Mais pas avec le président!» Et Danielle Mitterrand de rappeler que son défunt mari avait adressé un message aux Français en 1995, dans lequel il regrettait de n’avoir pas pu faire beaucoup plus pour eux. «Ses messages politiques étaient en avance sur leur temps et ne passaient pas toujours», regrette la fondatrice de France-Loisirs.
Une étiquette collante
L’étiquette d’»épouse du président» a collé à la peau de Danielle Mitterrand depuis l’accession aux plus hautes charges de la France par son mari, en 1981. C’est d’ailleurs suite au refus d’organisations humanitaires de s’appuyer sur elle, par crainte de récupération politique, que Danielle Mitterrand a pris la résolution de réaliser elle-même ses initiatives. Durant sa conférence, elle a rappelé qu’elle s’était engagée, durant la présidence de son mari, à accompagner un convoi humanitaire au Sahara Occidental, occupé par le Maroc. «Cette nouvelle avait fait la une des journaux durant plusieurs mois. Le roi du Maroc, avec qui j’avais un excellent contact, s’était alors mis à m’insulter. Il estimait que je ne devais pas m’ingérer dans ces affaires politiques». Constatant que le message était passé, «l’épouse du président» a alors renoncé à accompagner le convoi.
Au terme de la conférence, plusieurs participants, par leurs questions, ont contribué à confondre l’action de France-Libertés avec le pouvoir du gouvernement français: «Pourquoi avez-vous soutenu le pouvoir algérien, qui pratique la torture? – Fallait-il que l’OTAN attende si longtemps avant d’intervenir à Belgrade? – Qu’avez-vous fait pour soutenir le Sahara occidental?» Face à ce tour du monde des situations oppressives, Danielle Mitterrand a simplement invité chaque citoyen à s’engager, à titre personnel ou dans un organisme comme France-Libertés, pour bâtir un «autre monde». En conclusion de sa conférence, elle a insisté sur la lutte qu’elle considérait comme la plus importante actuellement, la dégradation de la planète. «Il ne faut pas que seuls les riches puissent boire de l’eau dans un proche avenir», a-t-elle lancé. (apic/bb)




