Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse, tire la sonnette d’alarme

Suisse: Développement dramatique de la pauvreté suite à la crise du système financier

Lausanne, 28 avril 2009 (Apic) La pauvreté en Suisse connaît un développement dramatique suite à la crise du système financier qui atteint désormais l’économie réelle. La situation économique va encore se détériorer et le chômage devrait atteindre à la fin de l’année jusqu’à 250’000 personnes, a lancé mardi 28 avril à Lausanne Hugo Fasel, directeur de Caritas Suisse.

«En quelques mois, la haute conjoncture a brutalement fait place à une crise profonde, la plus importante baisse économique depuis les années 30 et la Suisse n’y est pas préparée!». Pour l’ancien syndicaliste et parlementaire fédéral chrétien social, c’est une nécessité urgente pour Caritas Suisse d’avertir à temps des problèmes sociaux qui vont toucher le pays sous peu et d’inciter les pouvoirs publics à s’engager davantage.

Intervenant lors de la conférence de presse du Réseau Caritas romand à Lausanne, Hugo Fasel a également attiré l’attention sur le manque de places d’apprentissage et de formation pour les jeunes. «Alors qu’ils ont accepté de se former aux exigences du marché, ils connaissent une amertume et une frustration terribles quand ils voient qu’il n’ont rien à la fin!» Les entreprises sont réticentes à engager des jeunes, et les élèves qui ont un faible niveau sont les plus touchés. Ils seront de plus en plus nombreux à venir solliciter l’aide sociale. De plus, relève-t-il, le chemin pour sortir de l’aide sociale est coûteux et pénible, et le chômage de longue durée laisse des traces durables sur les personnes.

Le directeur de Caritas Suisse ne se fait pas d’illusion: le nombre de personnes à l’aide sociale va augmenter significativement. «Comme l’expérience des années 90 le montre, il faudra compter dans les deux à trois années à venir sur une augmentation de 50% de personnes à l’aide sociale, et le nombre de personnes touchées avec leur famille va atteindre plus de 300’000 personnes, voire 350’000».

Berne n’a pas encore pris conscience de l’ampleur du problème

Hugo Fasel, qui a gardé son réseau d’influence sous la coupole fédérale, tire la sonnette d’alarme: alors que la situation se dégrade très rapidement, le Parlement à Berne discute du secret bancaire et de l’imposition de la fortune des riches étrangers vivant en Suisse… «On s’engage pour l’UBS, mais on oublie les chômeurs qui sont de plus en plus nombreux; les banques dominent encore la scène politique et au Palais fédéral, on a de la difficulté à saisir ce qui se passe sur le terrain; le milieu politique n’a pas encore vraiment pris la mesure de l’ampleur de la crise!»

Selon les relevés du Secrétariat d’Etat à l’économie (seco), à fin mars 2009, 134’713 personnes étaient inscrites au chômage auprès des offices régionaux de placement (ORP). Le taux de chômage est cependant resté à 3,4%. «Mais le seco ne nous dit pas que des dizaines de milliers de chômeurs partiels risquent de perdre définitivement leur emploi d’ici la fin de l’année».

Le directeur de Caritas Suisse relève encore la difficulté de ceux qui perdent leur travail après 60 ans: «ils ont peu de chance de retrouver une nouvelle place de travail, et dans le contexte de réduction des indemnités de l’assurance chômage, ils font face à un risque élevé de pauvreté». Face à l’ampleur du problème, des mesures politiques «fortes» sont requises, lance-t-il, notamment des efforts accrus dans le domaine des programmes anticycliques lancés par la Confédération et les cantons. «Les deux paquets conjoncturels décidés jusqu’ici par la Confédération ne suffiront pas, d’autres paquets doivent être ficelés». Et de mentionner des projets d’infrastructures ferroviaires, des programmes d’énergies alternatives, de formation continue, etc. Il ne faut pas hésiter également à aider financièrement les entreprises afin qu’elles embauchent des apprentis supplémentaires. «Pour toutes ces mesures, plusieurs milliards de francs sont nécessaires!».

Non aux réductions de prestations de l’assurance-chômage et de l’AI

Hugo Fasel s’oppose également aux réductions de prestations de l’assurance-chômage et de l’assurance-invalidité (AI), qui doit être absolument assainie. «Depuis des années, les politiques ne pensent, pour faire face aux dix milliards de déficit de l’AI, qu’à un réduction des prestations… Les propositions pour assurer le financement de l’AI, qui seront votées par le peuple en automne, doivent trouver une majorité et Caritas s’engage pour cela».

Pour assurer les prestations de l’assurance-chômage, qui ne doivent surtout pas être réduites en temps de crise, Hugo Fasel n’hésite pas à demander une augmentation des contributions – il en va de la solidarité entre ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas – ainsi que de la TVA. «C’est là une contribution essentielle dans le sens de la solidarité entre les générations». Finalement, Hugo Fasel demande aux autorités, notamment au Conseil fédéral, de s’engager plus fermement contre la xénophobie, la crise faisant des étrangers de faciles boucs émissaires pour les milieux qui embouchent de telles trompettes. Il souhaite une large campagne contre la marginalisation et la diabolisation des étrangers. JB

Encadré

Les effets de la crise sont là, relève J.-N. Maillard, de la Conférence des Caritas romandes

Les effets de la crise sont déjà là, relève Jean-Noël Maillard, directeur de Caritas Jura et président de la Conférence des Caritas régionales de Suisse romande. Certaines régions sont très touchées, comme la Chaux-de-Fonds, qui connaît actuellement un taux de chômage de plus de 6%. Pour les Caritas régionales, cela se manifeste aussi par une baisse abrupte des carnets de commandes des travaux confiés à leurs ateliers. Entre octobre 2008 et février 2009, Caritas Jura a vu ses travaux de sous-traitance diminuer de 50%!

En outre, un indicateur de la pauvreté croissante ne trompe pas: comparativement au premier trimestre de l’année passée, les trois premiers mois de 2009 ont vu une augmentation de plus de 21% du chiffre d’affaires des Epiceries Caritas, où viennent s’approvisionner nombre de personnes touchées par la crise. Pour la Suisse romande, entre le mois de janvier et le mois de mars, ce sont plus de 3’600 nouveaux clients qui ont eu recours aux Epiceries Caritas, soit une hausse de 23%. A noter aussi que pour la majeure partie des personnes actuellement en projet d’insertion, le marché est désormais bouché.

Elaborée en période de haute conjoncture, la nouvelle loi sur l’assurance-chômage (LACI) diminue le nombre des prestations au moment où les gens seront durablement sans emploi, a déploré Jean-Noël Maillard. «Mais espérons que la conseillère fédérale Doris Leuthard aura la sagesse de décaler son entrée en vigueur!» Comment également mettre pleinement en vigueur la 5ème loi fédérale sur l’assurance-invalidité (LAI) qui prône l’insertion plutôt que la rente, «s’il n’y a déjà plus de place sur le marché du travail pour les pleinement valides», s’est-il demandé. Pour illustrer la profondeur de la crise, le président de la Conférence des Caritas régionales de Suisse romande a révélé que des entreprises à Genève ont interpellé le service de désendettement de Caritas pour venir en aide à des personnes bénéficiant de hauts salaires, dans le but de gérer le surendettement de certains qui n’ont pas vu venir la crise et qui avaient spéculé sur des augmentations irréalistes de leurs revenus.

Jean-Noël Maillard a mentionné toutes les actions qu’entreprend le Réseau Caritas en Suisse romande. Notons qu’en janvier 2010, ce sera à Fribourg et à son agglomération d’inaugurer pour la Suisse romande le projet de «carte culture» qui permettra aux personnes aidées de bénéficier de réductions importantes notamment pour les cinémas, les musées et les manifestations sportives. (apic/be)

28 avril 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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