Début mercredi de la Campagne de Carême 2008

Suisse : Droit à l’alimentation: la volonté politique de la Suisse à l’épreuve

Lausanne, 6 février 2008 (Apic) Le droit à l’alimentation est avant tout une question de volonté politique, estiment Pain pour le prochain et Action de Carême dans leur message en lançant mercredi leur campagne de Carême 2008.

Les eux oeuvres d’entraide, catholique et protestante, rappellent que ce ne sont pas seulement les catastrophes naturelles ou les guerres qui provoquent la faim, mais aussi et surtout l’iniquité dans l’accès aux ressources et l’exclusion sociale. Le droit à l’alimentation doit donc être défendu, disent-elles, affirmant que la Suisse affiche cette semaine une position ambiguë sur cette question dans une enceinte des Nations Unies.

Plus de 850 millions d’être humains souffrent de la faim dans le monde alors que la production alimentaire mondiale pourrait nourrir 12 milliards de personnes. Paradoxalement, 70% des personnes qui souffrent de la faim vivent dans des régions rurales ou sont des paysans sans terre. Comme l’écrivait Josué de Castro, sociologue brésilien : «La faim, c’est l’exclusion. Exclusion de la terre, du revenu, du travail, du salaire, de la vie et de la citoyenneté. C’est une forme moderne d’exil. C’est la mort dans la vie.»

En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 25) reconnaissait pour la première fois le fait de manger à sa faim comme étant un droit humain: «Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation». Depuis, estiment-les deux oeuvres, même si ce droit a acquis une portée juridique – notamment dans le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels en 1966 – force est de constater que peu d’actions concrètes ont suivi sur le plan politique.

Ambiguïté suisse

Pain pour le prochain et Action de Carême appellent les gouvernements à respecter leurs engagements afin que ce droit à l’alimentation devienne réalité pour chacun et chacune. Elles demandent aussi à la Suisse une politique cohérente en la matière. « Alors qu’elle défend le droit à l’alimentation au sein de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), elle s’apprête, cette semaine, à prendre au sein d’un groupe de travail du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) une position ambiguë en demandant que les Etats choisissent quels droits humains inscrits dans le pacte sur les droits économiques et sociaux peuvent faire l’objet d’une plainte sur le plan international en cas de violation ».

La campagne de Carême 2008 vient aussi appuyer les revendications de la pétition « 0,7% – Ensemble contre la pauvreté » lancée au printemps 2007 par une coalition de soixante ONG suisses. La pétition demande aux instances fédérales de respecter notamment l’engagement qu’elle a pris d’augmenter l’aide publique au développement à 0.7% du produit national brut pour réduire la faim dans le monde. Les drapeaux blancs qui flotteront sur les clocher des églises de Suisse le 10 février symboliseront le soutien des milieux ecclésiastiques à cette pétition.

Divers événements et animations marqueront la campagne jusqu’à Pâques: débat à l’Espace Culturel des Terreaux le jeudi 7 février, vente du « Pain du partage » en collaboration avec l’Association suisse des patrons boulangers-pâtissier, tournée en Suisse romande de Thierno Ba, agro-sociologue engagé dans la lutte contre la faim au Sénégal, vente de 150’000 roses certifiées Max Havelaar, une trentaine de groupes de jeûneurs en Suisse romande.

La volonté politique manque

Pour les deux oeuvres d’entraide suisses, il y a urgence. Et de rappeler qu’en 1996 au Sommet mondial de l’alimentation, les chefs d’Etat s’étaient engagés à réduire de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation dans le monde. Depuis, les progrès sont minimes. Le constat est amère : la volonté politique manque. Et chaque jour, ce sont 845 millions d’êtres humains qui souffrent de la faim dans le monde, dont 823 millions dans les pays en développement.

Le 10 février prochain, des centaines de paroisses dans toute la Suisse vont orner les clochers de leurs églises d’un drapeau blanc. Cet acte symbolique fera ainsi le lien entre la campagne oecuménique de carême et la campagne nationale « 0,7% – ensemble contre la pauvreté ». A ce jour, 120’000 personnes ont déjà signé la pétition, dont un quart en Suisse romande. (apic/com/pr)

6 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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